Voir Pierre Janet. L'automat. psychol., p. 4o
5o4 HYPNOTISME ET SUGGESTION
Mais il y a aussi des différences qui séparent bien les deux états : on peut provoquer la transe du médium ; mais on ne prend ensuite aucune direction de son activité polygonale, aucune autorité sur son polygone..
Le médium est en désagrégation suspolygonale, comme l'hypnotisé. Mais sa spontanéité polygonale prend ensuite le dessus. On peut bien la diriger un peu, mais très peu (comme on dirige le rêve). Mais rinitiative reste au sujet qui, avec sa mémoire et son imagination polygonales, fait tous les frais des scènes qui se déroulent devant les spectateurs passifs.
On voit la différence fondamentale que ces caractères entraînent entre les deux états, notamment au point de vue médicolégal . Il n'y a pour ainsi dire aucune étude médicolégale à faire du médium, tandis que nous avons vu l'importance de celle de l'hypnotisé.
La sujétion de l'hypnotisé n'existe pas chez le médium ; aussi les séances de spiritisme sont-elles bien plus curieuses et plus neuves que les expériences d'hypnose. Jamais hypnotisé n'a créé et vécu pendant des mois un personnage comme Hélène Smith dans son cycle royal, quand elle incarnait Marie- Antoinette.
C'est pour ces motifs que nous n'avons pas étudié, dans l'hypnotisme, les hallucinations autoscopiques ^ ou spontanées ni la cristallomancie", qui appartiennent plutôt au spiritisme scientifique.
1. Voir Lemaitke. Hallucinations autoscopiques et automatismes divers chez des écoliers. Arch. de psychol., t. I, 1902, P- 357.
2. Voir, sur la Cristallomancie : P. Janet. Névroses et idées fixes, t. I, p. 407 et mes Leçons citées sur le spiritisme scientifique.
LES LIMITKS DE l'i1\ l'.NOTISME 5o5
4. A ce chapitre appartient enfin Fétude des rapports de riiypnotisme avec la Psychologie et avec la Métaphysique.
a. Il y a 5o ans, Durand de Gros écrivait déjà : « l'hypnotisme est un instrument d'analyse inespéré pour les phénomènes psychologiques ; ... il nous donne le moyen de faire fonctionner séparément les divers rouages de la pensée, d'en ramener l'exercice à ses opérations élémentaires et de déterminer ces éléments à se prêter à toutes les combinaisons désirables ; . . . il nous apprend à tirer de leur latence une classe entière de manières d'être ; . . . il fournit une base expérimentale à la psychologie qui, dès lors, devient science positive et qui, grâce à lui, réalisera tous les progrès auxquels la science du corps humain est parvenue avec l'aide du microscope... l'hypnotisme crée de toutes pièces une science nouvelle, la psychologie expérimentale. ^ »
La nouveauté et l'importance de la déclaration expliquent Texagération dont elle est imprégnée : en tous cas, elle est à retenir historiquement.
En fait, ce sont les travaux de Pierre Janet qui ont montré la valeur de l'hypnotisme dans l'étude psychologique; c'est à lui qu'il faut revenir pour bien préciser la portée et les limites de cette contribution.
On peut dire que l'hypnotisme est un merveilleux moyen d'étudier le psychisme inférieur et le fonc-
I. Durand de Gros. Cit. Paul Farez. //e Congrès iatevn. de Vhypnot., 1900, p. 76.
Grasset. (2* cd.) 29
5o6 HYPNOTISME ET SUGGESTION
tionnement du polygone, à la fois par l'observation et par l'expérimentation.
A l'état normal et physiologique, la collaboration des deux ordres de centres psychiques est tellement intime, leur union tellement inextricable qu'il est impossible d'analyser et d'étudier séparément l'activité du psychisme inférieur ou polygonal*.
Dans l'hypnose il y a au contraire désagrégation suspolygonale et alors on peut étudier parfaitement les caractères, l'étendue et les limites de ce psychisme automatique, sa mémoire, son imagination.
Il ne faudrait pas dire que c'est le seul moyen, mis à notre disposition, pour étudier ce psychisme inférieur. Il y en a d'autres, physiologiques (comme la distraction et le sommeil) ou pathologiques (comme l'hystérie, le somnambulisme, le spiritisme scientifique et même certaines lésions organiques)^.
Mais on peut dire que dans le groupe de ces moyens d'investigation l'hypnotisme doit occuper et occupe aujourd'hui une place large et légitime.
I, Voir le Rapport de Paul Farez au //^ Congrès internai, de l'hypnot., 1900, p. 76.
•2. A propos de cette « vivisection mentale )> Duprat dit : « ... il est des fonctions psychologiques plus complexes dont la condition nécessaire est l'existence d'autres fonctions plus simples ; d'autre part, la psychopathologie nous fait voir que la disparition de la puissance volontaire entraîne l'apparition d'une existence psychique dans laquelle les fonctions inférieures (à l'état normal subordonnées au caractère, aux tendances dominatrices stables), n'ayant plus leur contrepoids habituel, s'exagèrent, prennent une importance extraordinaire et jouent un rôle pour lequel elles ne sont pas faites. C'est là ce qu'on peut appeler un grossissement... » ÇLoco cit., p. 269.)
LES LIMITES DE l'hYPISOTISME 607
On trouvera notamment dans le Rapport de Vogt au deuxième Congrès international de Thypnotisme des faits intéressants montrant combien l'hypnotisme permet de saisir et d'analyser le mécanisme des raisonnements et des associations qui se font dans le polygone ^
Mais je limite ces services de l'hypnotisme à l'étude psychologique du seul polygone. Dès qu'il s'agit d'étudier le psychisme entier, psychisme supérieur et inférieur réunis, ou le psychisme supérieur seul, l'hypnotisme ne sert plus.
Et je ne me range pas à la manière de voir de VoGT quand il voit dans l'hypnotisme un moyen de développer l'introspection critique. Dans ce dernier cas, c'est 0 du sujet qui intervient, qui concentre toute son attention sur l'observation de sa vie psychique ; donc ce n'est pas de l'hypnose avec désagrégation suspolygonale.
A l'appui de son opinion, Vogt cite l'exemple de Kant qui (( raconte lui-même qu'il était capable de se plonger dans une sorte d'autohypnose dans laquelle il pouvait chasser certains malaises. Or, pour arriver à une telle autohypnose, Kant devait être doué d'une susceptibilité supérieure à la moyenne et je crois que personne ne contestera pour cela le sens critique de Kant ».
Soit, mais ici l'autohypnose n'agissait nullement comme procédé d'investigation psychologique ; elle arrivait comme moyen thérapeutique vulgaire, débar-