‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 32 sur 218 · WuNDT, Lgco cit., p. 9,3 et · texte numérisé non relu

WuNDT, Lgco cit., p. 9,3 et

tions qui ont un caractère déterminé et en corrélation avec la suggestion à provoquer. » Et il conclut nettement : a il faut tout d'abord distinguer celle-ci (l'hypnose) du sommeil, conformément à la différence qui se manifeste entre la nature des suggestions hypnotiques et les représentations du rêve. »

Je crois avoir assez développé cette idée pour n'avoir pas besoin d'insister davantage : pour moi, l'hypnose ou état de suggestibilité n'est pas un phénomène physiologique et ne peut pas être identifié au sommeil naturel ; tout le monde dort et tout le monde ne peut pas être mis en hypnose.

De plus, nous verrons dans le chapitre suivant que, dans certains cas, la suggestion est possible à l'état de veille, c'est-à-dire que l'état de suggestibilité ou une certaine forme d'hypnose peut se développer sans aucun des caractères du sommeil naturel, le sujet présentant au contraire tous les signes de l'état de veille. Donc, l'hypnose ne peut pas être confondue avec le sommeil naturel.

L'hypnose ne peut pas davantage être confondue avec l'hystérie, le somnambulisme, la catalepsie et en général avec les névroses connues et décrites.

« Les sujets hystériques sont seuls hypnotisables, dit Paul Magnin^ exposant la doctrine de la Salpêtrière. Entre la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme hypnotique et les états de même nom appar-

j, Paul Magmi^-. Revue de l'hrpnot., juillet 1901, p. 3.

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tenant à l'hystérie, il n'existe pour M. Gilles de la. TouRETTE que cette différence, à savoir que les premiers états sont provoqués, les autres spontanés^.. Une seconde raison réside pour le P'' Pitres^ dans ce fait que tous les symptômes que l'on observe chez les sujets hypnotisés peuvent se rencontrer sur des hystériques à l'état de veille et font éventuellement partie du cortège des symptômes de l'hystérie... Or, si, dit le P"" Pitres, chacun d'eux peut exister isolément chez des hystériques en dehors de l'état d'hypnose provoquée, n'est-on pas en droit de les considérer comme des accidents de nature hystérique, quand ils se montrent réunis à la suite de manœuvres expérimentales... ))

(( Entre l'hypnose provoquée et l'hypnose spontanée, conclut Pitres, il n'y a aucune différence de nature. Hypnotiser un sujet, c'est lui donner artificiellement une attaque de sommeil ; le réveiller, c'est faire cesser cette attaque par des manœuvres expérimentales. Or, nous avons vu précédemment que l'attaque de sommeil n'est qu'un fragment détaché ou tout au moins un équivalent clinique de

kla grande attaque complète et régulière de l'hystérie. Nous sommes donc amenés à conclure que l'hypnose artificielle a la même signification nosographique. Elle est une des manifestations de la diathèse névropathique, un des symptômes hystériques qui peuvent être provoqués ou arrêtés par des excitations expérimentales. »

1. Gilles de la. Tourette. Traité clin, et thérap. de l'hystérie, t. I, p. 298.

2. Pitres. Leç. ciin. sur l'hyst. et Vhypnot., t. 11, p. 346.

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Je demande la division de l'article avant de le voter.

J'accepte absolument, avec mon éminent collègue de Bordeaux,' que l'hypnose est « une des manifes- .tations de la diathèse névropathique » ; c'est une idée que nous retrouverons et appliquerons dans le prochain chapitre.

Mais l'hystérie ne contient pas toute la diathèse neuropathique^ et je ne crois pas qu'on puisse identifier l'hystérie et l'hypnose.

Le grand argument de Gilles de la Tourette et de Pitres est que ces deux états nerveux (hystérie et hypnose) sont faits des mêmes symptômes. Rien de plus juste ; mais cela ne prouve en rien l'identité des deux états.

Gharcot a, depuis longtemps, rappelé, à propos de la neuropathologie, qu'avec les mêmes vingt-quatre lettres on fait un nombre infini de mots différents. Et l'Ecole de la Salpêtrière a, mieux que tout autre, montré que l'hystérie ne doit pas être confondue avec tous les états morbides qu'elle peut simuler.

Gertes, les hystériques sont très souvent hypnotisables et les hypnotisables sont souvent hystériques ; mais on ne peut pas dire toujours pour aucune de ces propositions.

Il y a des hystériques qui ne sont pas hypnotisables et il y a surtout bien des sujets hypnotisables chez lesquels on ne trouve pas ces caractères spéci-

I. Pitres dit très bien (loco cit., t. Il, p. SSg) : il y a « les prédisposés, les simples névropathes qui doivent fournir un très fort contingent à la clientèle des hypnotiseurs ». C'est parfait. Mais les « prédisposés » et les « simples névropathes » ne sont pas des hystériques, au sens vrai et scientifique du mot.

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fiques de Thystérie, que Gharcot et ses élèves ont si magislralement établis.

De même, il y a des hypnotisables qui ne sont ni des somnambules ni des cataleptiques spontanés et il y a des somnambules et des cataleptiques qui ne présentent aucune suggestibilité.

Babinsri, qui avait déjà énoncé et développé cette pensée que « l'hypnotisme... se manifeste par des phénomènes... qui sont identiques aux accidents hystériques » vient de revenir sur la question et a développé une conception générale de l'hystérie, qui identifie toujours l'hypnose et cette névrose.

Yoici son principal argument :

(( Ce qui caractérise, dit-il^, les troubles primitifs (de l'hystérie), c'est qu'il est possible de les reproduire par suggestion avec une exactitude rigoureuse chez certains sujets et de les faire disparaître sous l'influence exclusive de la persuasion... Au contraire, aucune des affections actuellement bien classées hors du cadre de l'hystérie ne peut être reproduite par suggestion ; il est tout au plus possible d'en obtenir par ce moyen une imitation très imparfaite, qu'il est facile de distinguer de l'original ". Que l'on essaie par exemple de reproduire chez un grand hypnotique l'hémiplégie faciale périphérique, la paralysie radiale vulgaire, le sujet en expérience, quelle que soit sa

1. Babinski. Définition de l'hystérie. Soc. de neurol. de Paris, 7 nov. 1901. Res>ue de Vliypnot., janvier 1902 2, p. 198 et 19G.

2. « J'ai déjà développé cette idée dans mon travail sur la migraine ophtalmique hystérique, paru en 1891 dans les Arch, de neurol. « (Babinski).

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suggestibilité et quelle que soit la patience de Texpérimentateur, ne parviendra jamais au but qu'on se propose de lui faire atteindre... » De même, si toutes les manifestations de l'hystérie peuvent disparaître (( sous l'influence décisive de la persuasion » on est au contraire « surpris des échecs que l'on essuie quand on cherche à guérir par persuasion certains malades (non hystériques) sur lesquels ce moyen semble à priori devoir agir efficacement » ; tels, des sujets atteints de la maladie du doute, tourmentés par des phobies diverses, des neurasthéniques, alarmés de leur affaiblissement central, avec de sombres pensées et des idées hypocondriaques... La psychothérapie pourra les améliorer, les empêcher de s'aggraver ; mais, dans aucun cas, elle ne sera « le seul agent delà guérison )), qui nécessitera (( l'adjonction d'autres moyens, en particulier d'un repos cérébral plus ou moins prolongé )).

Une discussion complète de ce travail remarquable de Babinski ne serait pas ici à sa place et nous entraînerait trop loin.

Je ferai seulement remarquer que si l'hypnotisme ne peut simuler aucun état organique du système nerveux et ne peut reproduire la symptomatologie d'aucun (ce qui est peut-être discutable), il peut du moins simuler des névroses, comme la chorée ou la neurasthénie, qui ne sont pas l'hystérie. Et d'autre part s'il est impossible de guérir certains neurasthéniques par le seul hypnotisme, il est souvent difficile de guérir certains hystériques par le même moyen.

D'ailleurs, dans le même travail, Babosri envisage l'hypothèse de certains neurasthéniques hypnoti-

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sables (p. 197). Donc, l'clat do suggeslibilitc et riiystérie ne doivent pas être identifiés.

Je me crois donc autorisé à conclure ce chapitre par les propositions suivantes :

La caractéristique de Vhypnose n'est ni dans l'état de la motilité, ni dans l'état delà sensibilité, ni dans le degré de profondeur du sommeil, ni dans l'état de la mémoire ou de la conscience — mais uniquement dans Vétat de suggestibilité.

La suggestion est un phénomène morbide ou au moins extraphysiologiqiie qu'il faut bien distinguer de V influence physiologique à ses divers degrés et qui ne s'observe pas chez tout le monde.

L'état de suggestibilité est caractérisé par la désagrégation suspolygonale, l'activité ou même l'hyperactivité polygonale et la sujétion complète du polygone au centre 0 de l'hypnotiseur (état de malléabilité du polygone) : c^est un polygone émancipé de son propre centre 0 et obéissant à un centre 0 étranger.

Il faut rapprocher, mais distinguer, l'hypnose ou état de suggestibilité des états suivants : distraction, sommeil naturel, cumberlandisme, tables tournantes, spiritisme, hystérie, somnambulisme et catalepsie spontanés, automatisme ambulatoire...

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