Voir aussi: Wynaendts Fkancken, de la Haye, ibidem, t
XVII, 1903, p. 7/i.
4. WuNDT est aussi d'un avis analogue à celui de Bernheim. Pour produire les états hypnotiques, dit-il (/oc, cit., p. 23),
L ne précision est ici, tout d'abord, nécessaire: appliquant la large définition de Ber>heim, beaucoup d'auteurs comprennent sous le nom de suggestion à l'état de veille tous les faits dans lesquels l'homme éveillé est fortement influencé par un autre et spécialement les faits â' entraînement rjréfjaire.
C'est de cette manière que le mot de suggestion est entré dans la Sociologie et dans la Psychologie des foules * avec Bordier-, Paul Copin ", Max Nordau*, Regismanset '\..
Avec la conception beaucoup plus étroite de la
« l'action d'autres influences, comme la fixation de l'attention sur un objet déterminé, notamment la fixité du regard braqué sur un objet, paraît se réduire a ce fait qu'elles facilitent la suggestion en [)rovoquant un état de conscience apte à la recevoir, ou qu'elles constituent elles-mêmes une pratique suggestive, dans ce sens qu'elles engendrent l'idée d'un sommeil hypnotique ». Cela paraît difficilement applicable aux animaux,
1. Sur la Psychologie des foules, voir: SciPio Sighele. Psychol. des sectes, trad. franc. Louis Bkanimn. Bil)lioth. sociolog. inlernat., 1898 et La foule criminelle. Essai de psychologie collective. Biblioth. de philos, contempov., 2^ édit., 1901 ; Gustave Le Box. Psychologie des foules. Bihl. de philos, contenip., 5*^ édit., 1900; Takde. L'opinion et la foule. Biblioth. de philos, contempor., 1901 ; Niceforo, de Lausanne. La sociologie criminelle. Revue de ihypnot., t. XVI, 1902, p. 32 1 et 353.
2. BoRDiER. La vie des sociétés, avec un chapitre spécial consacré à la suggestion.
3. Paul Coimn. La suggestion des milieux sociaux. Ilcvue de l'hypnot., t. H, 1888, p. 70.
[\. Max NoRDAl^ La suggestion collective, /hid., t. XI, 1897, p. 359. Cf. Félix liEG>'AULT. Ibid., t. XIL 1898, p. 83.
5. Regismanset. La suggestion ; son rôle social, /bid., t. XIII, 1899, p. 270.
KTIÔLOGIE DE L ETAT DE SLGGESTIIULITE 120
suggestion que nous avons acceptée, nous devons considérer l'emploi de ce mot dans ces cas comme un abus de langage.
Certes, il y a un certain degré de désagrégation polygonale dans les foules : l'instinct, la passion, c'est-à-dire Tautomatisme y régnent en maîtres et c'est aux polygones que les bergers s'adressent pour entraîner les troupeaux dans un sens héroïque ou criminel. Mais 0, tout obscurci qu'il est, quoique au second plan, n'est pas supprimé. Il est distrait ou bien il obéit à son polygone ; mais il n'est pas absolument remplacé par l'O de l'hypnotiseur comme dans l'hypnose.
La véritable suggestion à Télat de veille a été déjà très bien signalée par B'raid : « Il y a plus, dit- il ; il est des individus si impressionnables aux suggestions que l'on peut les dominer et les contrôler, même à l'état de veille apparente (par une affirmation énergique), comme on le fait pour d'autres en hypnotisme et à la période de dédoublement de la conscience. ))
On trouvera, à la page 2/ji de son livre, Texpérience très curieuse d'un sujet à qui on donne des hallucinations de la vue et à qui on persuade, avec plein succès, qu'il ne pourra plus lâcher un fil de laiton qu'on lui fait toucher. — C'est exactement l'épreuve de la pièce de monnaie que Charles Ricuet a conseillée plus tard.
Et BRAm reprend plus loin : « On peut donc, en agissant fortement et par suggestion sur Tesprit des
patients à l'état de veille, modifier l'activité physique des organes ou de la partie qui sert à la transmission des fonctions organiques et leur faire croire qu'ils voient des formes et des couleurs diverses, qu'ils ont des impressions mentales variables, que des forces irrésistibles les attirent, les repoussent, les paralysent. »
La suggestion à l'état de veille, qui est un fait admis aujourd'hui par tout le monde, ne s'observe que chez des sujets particulièrement hypnotisables, soit par nature, soit plutôt par éducation hypnotique antérieure.
Cependant il ne iaut pas nier la suggestion à Tétat de veille en dehors de tout entraînement antérieur. Chez certains sujets on peut, d'emblée, faire des suggestions légères, qui serviront à édifier sur leur impressionnabilité. On en trouvera de nombreux exemples dans le livre de Boet *.
J'ai déjà dit plus haut (p. 96) qu'il ne fallait pas prendre toutes les expériences de cet auteur pour des faits de suggestion véritable ; certaines sont plutôt des faits d'' insinuation et de persuasion à 0. Mais il n'en reste pas moins vrai qu'il y a des recherches très intéressantes sur la suggestion à l'état de veille.
L'expérience de Slosson (1899) ^^^ ^^^^^ jolie. Dans un cours public, devant des auditeurs qu'il ne connaît pas autrement, « l'auteur verse sur du coton l'eau d'une, bouteille, en écartant la tète; puis il annonce qu'il est certain que personne ne connaît l'odeur du composé chimique qui vient d'être versé
I. BiAET. La suggestibilité. Biblioth. de pédagogie et de psychol., 1900.
ÉTIOLOGIE DE I. ETAT DE SLGGESTIBILITE 120
et il émet Tespoir que, quoique Todeur soit forte, et d'une nature toute particulière, personne n'en sera incommodé. Pour savoir quelle serait la rapidité de difl'usion de cetle odeur, il demande que toutes les personnes qui la sentiront s'empressent de lever la main ; i5 secondes après, les personnes du premier rang donnaient ce signal et avant la fin d'une minute les trois quarts de l'auditoire avaient succombé à la suggestion. L'expérience ne fut pas poussée plus loin; car quelques spectateurs, désagréablement impressionnés par cette odeur imaginaire, se préparaient déjà à quitter la place » .
Sans doute dans ces cas de suggestion en commun l'imitation joue un grand rôle ; mais enfin on ne peut pas nier qu'au moins chez les premiers il y a eu, dans ce cas, suggestion sensorielle à l'état de veille.
BmET cite également des expériences de Seashore qui consistent à donner à un sujet, plusieurs fois de suite réellement, une sensation donnée de chaleur, de son, de lumière...; puis, quand l'habitude est née, on fait une expérience simulée (le sujet ne se doutant pas du changement, bien entendu): il répond comme dans les cas précédents où l'expérience était véritable.
Il y a là une sorte d'autosuggestion par point de repère, à l'état de veille.
SiDis a fait aussi des expériences qui ressemblent à la carte forcée. Il fait choisir un carré au milieu de six semblables en insinuant un numéro, une place spéciale, etc. Mais ceci rentre plutôt dans l'insinuation à 0 que dans la vraie suggestion à l'état de veille.
En somme, la vraie et complète suggestion à l'état de veille reste limitée aux sujets déjà entraînés ou tout au moins très hypnotisables.
« J'ai constaté, dit Bernheim', que beaucoup de sujets, qui ont été hypnotisés antérieurement, peuvent, sans être hypnotisés de nouveau, pour peu qu'ils aient été dressés par un petit nombre d'hypnotisations antérieures (une, deux ou trois suffisent chez quelques-uns) présenter à l'état de veille l'aptitude à manifester les mêmes phénomènes suggestifs.»
Et il en cite des exemples démonstratifs.
Ainsi, à un de ses sujets non endormi il dit à bridepourpoint : « fermez la main, vous ne pouvez plus l'ouvrir » ; il tient sa main fermée en contracture et fait des efforts infructueux pour l'ouvrir. Il faitétendre l'autre bras, la main, ouverte, et lui dit: « vous ne pouvez la fermer » ; il essaie en vain de la fermer, amène les phalanges jusqu'à la demiflexion les unes sur les autres et ne peut, en dépit de tous ses efforts, faire plus. Les mouvements automatiques réussissent de la même manière. « Tournez vos bras, vous ne pouvez plus les arrêter » ; il les tourne indéfiniment l'un sur l'autre. « Faites tous vos efforts pour les arrêter. N'usez pas de complaisance. Arrêtez-les, si vous pouvez » ; il fait des efforts, cherche à rapprocher les deux mains pour les caler l'une contre l'autre. Inutile ! elles repartent comme des ressorts entraînés par un mécanisme inconscient.
Bernheim produit de même le trismus, le torticohs, la paralysie d'un membre, la catalepsie, l'anesthésic