I. \oir mon livre cité: Le spirif. des'ant la science
l68 HYPNOTISME ET SUGGESTION
Braid avait déjà très bien vu la chose.
Il agit dilTéremmcnt sur les deux liéniisplières et il obtient une ex^pression dilTorente dans les deux moitiés du corps. Ainsi plusieurs sujets, d'un côté sont all'ectueux et embrassent et de l'autre combattent avec violence un ennemi.
De même il a signalé la possibilité d'éveiller une moitié du corps et pas l'autre. « Supposons, dit-il, la même torpeur de tous les sens, avec rigidité du corps et des membres, un courant d'air ou une légère pression contre an œil rendra la vue à cet œil et la sensibilité ainsi que la motilité à une moitié da corps (du même côté que l'œil manipulé), mais laissera l'autre œil sensible et l'autre côté du corps rigide et à l'état de torpeur. »
En 1878', pendant qu'on étudiait le grand hypnotisme à la Salpêtrière, Descourtis ", alors externe du service, « remarqua qu'en ouvrant un œil d'un sujet en état léthargique, toute la moitié correspondante du corps de ce sujet présentait aussitôt les symptômes propres à la catalepsie, l'autre moitié restant à l'état ^ léthargique et qu'inversement, en fermant un œil d'un ' sujet en état cataleptique, tout le côté correspondant à l'œil fermé passait aussitôt à l'état léthargique, de telle sorte que les malades soumis à ces expériences devenaient, par le fait seul de l'occlusion ou de Touverture d'un de leurs yeux, hémiléthargiques d'un côté et hémi cataleptiques de l'autre.
1. Voir, pour tout ce qui suit : I^itres, loco cit., p. 820. — On trouvera là toute la bibliographie de la question avant 1891.
2. Descourtis, Du fractionnement des opérations cérébrales, Thèse de Paris, 1882.
DEGRÉS ET VARlÈïÉS DE l'hyPNOSE 169
« Vers la même époque, HEmENHAiN constata que chez certains sujets hypnotisables, la friction légère cFun côté du crâne pouvait déterminer Thémicatalepsie, du côté opposé du corps. Grutzner, 0. Berger, Ladame, Chambard répétèrent ses observations avec des résultats identiques.
(( Un peu plus tard, Dumontpallier, Magnin, Berillon, etc., réussirent à provoquer directement riiypnose unilatérale par la pression de la région temporale d'un côté, par la fixation d'un point lumineux avec un seul œil, par la compression unilatérale des paupières, par l'audition d'un bruit monotone d'une seule oreille, par l'olfaction d'une odeur forte d'une seule narine.
« Dans les expériences de ce genre, ajoute Pitres, riiypnose se produit généralement du côté correspondant à l'excitation provocatrice ; mais il y a de nombreuses exceptions à cette règle. Quelquefois les effets sont croisés, d'autres fois ils affectent le type alterne. Dans tous les cas, ils se dissipent sous l'influence de l'insufflation sur les yeux ou sur un seul œil, de la compression des zones hypnofrénatrices, de la suggestion verbale. ))
De son étude personnelle de la question. Pitres conclut que « les phénomènes qui caractérisent l'iiypnose unilatérale sont semblables à ceux qu'on observe dans l'hypnose totale ; ils n'ont de spécial que leur limitation à un côté du corps ». Ils peuvent être transférés d'un côté à l'autre par l'aimant ou d'autres agents œsthésiogènes.
D'une enquête étendue et de ses propres expériences
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sur ce sujet, Cuogq^ conclut que l'hypnose unilatérale spontanée n'existe pas, qu'on ne peut la développer que par suggestion et il ajoute : « il est bien certain que l'on ne peut se baser sur cette hypnose unilatérale suggérée pour expliquer l'indépendance fonctionnelle des hémisphères cérébraux ; si, en effet, un seul côté du corps paraît endormi, ce n'est pas qu'un seul hémisphère fonctionne, c'est que le sujet croit que la moitié de son corps seule présente les phénomènes de l'hypnose. »
J'avoue ne pas partager l'avis de Grocq sur cette dernière conclusion. Le fait d'être produit par la seule suggestion n'enlève rien de ses caractères psychologiques à l'hémihypnose.
L'hypnose, même produite pas suggestion (ce qui est le cas le plus fréquent), exprime un état particulier de l'ensemble des centres polygonaux ; l'hémihypnose, projduite par suggestion (que ce soit le seul ou le principal moyen* de la produire) exprime un état particulier et distinct des centres polygonaux de chacun des deux hémisphères.
Donc l'hémihypnose, suggérée ou non, prouve qu'il y a des centres polygonaux de psychisme inférieur dans chacun des deux hémisphères et que ces deux hémisphères ont, à ce point de vue comme à beaucoup d'autres, une certaine indépendance fonctionnelle'.