‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 75 sur 218 · I. BiNET. Revue pJiilo^., avril et mai i · texte numérisé non relu

I. BiNET. Revue pJiilo^., avril et mai i

2o4 HYPNOTISME ET SUGGESTION

trait imaginaire une loupe, la malade déclare qu'il s'agrandit. On incline la loupe, le portrait se déforme. On place le carton de papier à une distance égale à deux fois la dislance focale de la lentille, le portrait est vu renversé. »

BiNET et Féré ajoutent d'ailleurs : « Ces expériences ne réussissent pas toujours, mais il suffit qu'elles aient réussi une fois dans de bonnes conditions pour être réelles. »

Plus difficile à réussir est l'expérience avec le microscope que les mêmes auteurs ont tentée.

On place par suggestion une préparation imaginaire sur une plaque de verre, puis on met cette plaque sous le champ du microscope. La plupart des sujets ne retrouvent plus l'image suggérée. Certains cependant la retrouvent et alors elle est grossie. Seulement, bien entendu, ce grossissement ne permet jamais de découvrir dans l'image suggérée des détails invisibles à l'œil nu.

Un miroir placé en arrière de Tobjet imaginaire suggéré réfléchit cet objet et en fait apparaître deux, sans que le sujet se rende compte de la présence du miroir.

Les deux objets ne seraient pas toujours pareils. Ainsi, disent Binet et Feré, si on a suggéré un chat, le sujet peut en voir un blanc et un gris. Les deux objets lui paraissent aussi réels l'un que l'autre et le sujet peut chercher à les saisir l'un après l'autre : vainement, bien entendu, pour le virtuel. « Si on avance, si on éloigne, si on incline le miroir de telle sorte que le point de repère choisi cesse de se réfléchir pour les yeux de la malade, la double vision disparaît. »

ÉTUDE ANALYTIQUE DES SUGGESTIONS 2o5

On peut varier et compliquer cette expérience.

Ainsi on peut, au lieu de miroir, employer un prisme à réflexion totale. Le sujet, qui ignore les lois de ce prisme, verra l'image hallucinatoire dédoublée quand il regardera dans la face hypoténuse de ce prisme.

Ln profil imaginaire est tourné à droite ; le miroir le fait paraître tourné à gauche ; on renverse le papier réel, Fimage réfléchie est renversée et de nouveau regarde à droite.

Compliquant encore, BrNET et Féré suggèrent une inscription sur plusieurs lignes : « dans le miroir, l'inscription est lue à rebours, c'est-à-dire renversée de droite à gauche ; si on renverse le papier suivant ses bords, l'inscription est lue renversée de haut en bas, la première ligne devient la dernière, et en même temps le renversement de droite à gauche cesse... \ a-t-il beaucoup de personnes qui, sachant que l'écriture est vue dans le miroir renversée de droite à gauche, se rendent compte que, lorsqu'on renverse la feuille écrite, l'écriture réfléchie est renversée de haut en bas, mais cesse de l'être de oauche à droite ? »

A oici enfin un autre groupe de ces phénomènes curieux que Janet a groupés sous le nom à"" optique hallucinatoire. C'est le groupe des expériences sur les couleurs de contraste, les couleurs consécutives et la superposition des couleurs.

Parinaud a montré que « l'hallucination d'une couleur peut développer des phénomènes de contraste*

Grasset. (2° éd.) 12

chromatique aussi bien, et môme d'une manière plus intense, que la perception réelle delà couleur ».

A l'état normal, si on fixe un carton moitié vert, et moitié blanc, et ensuite un carton tout blanc, on voit sur ce carton blanc une moitié rouge (image consécutive) et l'autre moitié verte (image complémentaire, de contraste). « L'image consécutive rouge a donc développé, par induction, la sensation du vert dans une partie de la rétine qui n'a été impressionnée que par du blanc. »

Dans l'hypnose il en est de même : l'image hallucinatoire, suggérée, se comporte comme l'image réelle ; (( elle peut déterminer comme elle une sensation induite ».

Il est d'ailleurs nécessaire, pour que l'expérience réussisse, que le sujet ait conservé la perception de la couleur dont on lui donne l'hallucination, mais il n'est pas nécessaire qu'il ait conservé, à l'état habituel, la sensation de la couleur complémentaire que l'expérience fera naître. Ainsi, « une malade voit le rouge, je suppose, et ne voit pas le vert ; on ne peut pas, en lui donnant l'hallucination du vert, développer la sensation induite du rouge ; mais, en lui donnant l'hallucination du rouge qu'elle voit, on développe la sensation induite du vert, qu'elle ne voit pas ».

De même, la contemplation d'une couleur suggérée peut entraîner la vue de la couleur complémentaire comme dans la réalité : l'image consécutive est la même avec une couleur suggérée et avec une couleur réelle .

. Grl iTHUTSEx avait constaté la chose dans ses rêves :

ETUDE ANALTTIQLE DES SLiGGESTIO>S 207

« après avoir rêvé du spath fluor violet sur des charbons ardents, on apercevait une tache jaune sur un fond bleu. » Gharcot, Richer, Binet et Féré ont reproduit l'expérience dans Thypnose.

« On prie la malade en état de somnambulisme de regarder avec attention un carré de papier blanc, au milieu duquel on a marqué un point noir, afin d'immobiliser son regard; en même temps, on lui suggère que ce carré de papier est coloré en rouge ou en vert, etc. Au bout d'un instant, on lui présente un second carré de papier, qui présente aussi au centre un point noir ; il suffît d'attirer l'attention de la malade sur ce point, pour que spontanément elle s'écrie que le point est entouré d'un carré coloré ; et la couleur qu'elle indique est la complémentaire de celle qu'on lui a fait apparaître par suggestion. »

Enfin les mêmes auteurs ont démontré que la superposition et le mélange des couleurs suggérées entraînent la même résultante que la superposition et le mélange des mêmes couleurs réelles.

(( On place deux carrés de papier coloré, à quelque distance l'un de l'autre, sur une table, et on tient devant son œil une plaque de verre inclinée de telle façon qu'on voie directement au travers de la plaque un des cartons et qu'on obtienne en même temps une image réfléchie du second carton ; on amène ensuite très facilement les deux images à se superposer et leurs couleurs se mélangent. On peut varier un grand nombre de fois le résultat en employant des cartons de couleurs dilférentes. Les choses étant ainsi disposées, on montre à l'hypnotique une série de cartons blancs et on lui suggère qu'ils sont colorés ;

2o8 HYPNOTISME ET SUGGESTION

on a soin chaque fois de préciser la couleur qu'on suggère, en montrant à la malade, à titre d'échantillon, un des cartons colorés qui ont servi à l'expérience préparatoire ; de telle sorte que les couleurs imaginaires des cartons blancs sont absolument semblables aux couleurs réelles des autres cartons.

(( La malade peut alors faire, avec une plaque de verre et sa collection de cartons colorés par suggestion, les mêmes mélanges que l'expérimentateur, et celui-ci vérifie chaque fois l'exactitude du résultat en opérant sur des couleurs réelles. Lorsqu'on se place dans ces conditions rigoureuses, qui ne laissent rien au hasard des suggestions mal faites, les couleurs imaginaires donnent des teintes résultantes, qui sont toujours conformes aux lois de l'optique. »

Toutes ces expériences démontrent bien que, comme nous l'avions dit plus haut d'après Bixet et Féré, « l'objet imaginaire, qui figure dans l'hallucination, est perçu dans les mêmes conditions que s'il était réel » ; la vision de cet objet hallucinatoire obéit aux mêmes lois que la vision des objets réels ; l'optique hallucinatoire est la même que l'optique réelle.

Cet objet imaginaire est objectivé par le sujet et projeté sur les objets réels, comme sur un écran.

L'image réelle de cet écran peut être ou non perçue par le sujet en même temps que celte image hallucinatoire ; c'est-à-dire que, suivant les cas, l'image hallucinatoire masque et remplace, ou non, les objets réels sur lesquels elle est vue.

Cependant, dans tous les cas, Fimpression réelle de l'objet écran arrive, au moins partiellement, jusqu'au polygone. Ce qui varie suivant les sujets c'est la perception consciente de cet objet réel : les uns le voient, d'autres, plus fortement distraits et occupés par l'image hallucinatoire, ne voient pas l'objet réel.

Mais dans les deux cas l'image polygonale de l'objet réel existe : c'est la seule manière d'expliquer les expériences que nous venons d'exposer.

Les lois de l'optiquene peuvent s'appliquer à l'image hallucinatoire que si cette image est liée (inconsciemment) par le sujet à une image réelle de l'écran ; cette image réelle suit naturellement les lois de la physique et alors Timage hallucinatoire, qui en est solidaire etquiluiest liée, paraît subir les mêmes lois^

Même sur un carton blanc il faut bien admettre que le sujet a une image spéciale de ce carton, puisqu'il le reconnaît entre dix autres quand on lui a suggéré une couleur ou une image spéciale sur ce carton. Il ne peut le reconnaître qu'en ayant dans son polygone emmagasiné un point de repère pour le reconnaître.

Cette théorie du point de repère polygonal, par suite souvent inconscient, a été adoptée et développée par BiNET et Féré "' qui la formulent ainsi : « l'image hallucinatoire suggérée s'associe à un point de repère extérieur et matériel, et ce sont les modifications imprimées par les instruments d'optique à ce point matériel qui, par contre-coup, modifient l'hallucination. »

1 . Cette théorie ne s'applique pas aux expériences sur les superpositions de couleur suggérées. Mais le résultat des expériences de ce groupe est loin d'être constant (Beknheim).

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