‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 76 sur 218 · BmET et Féré. Loco cit., p · texte numérisé non relu

BmET et Féré. Loco cit., p

Les mêmes auteurs rapportent diverses expériences à l'appui de cette théorie du point de repère. Beaucoup de ces expériences appartiennent plutôt aux suggestions posthypnotiques parce que c'est là (dans les suggestions qui persistent au réveil) que Ton étudie ■ le mieux ces superpositions inconscientes de l'image réelle et de l'image hallucinatoire.

Voici cependant un fait curieux qui a hien sa place ici :

On suggère à un sujet une hallucination qu'on localise sur un cliché photographique ; puis on tire diverses épreuves de ce cliché ; on multiplie par là même les provocations de l'image hallucinatoire ; chacune des épreuves tirées est vue par le sujet, non avec son image réelle, mais avec l'image suggestive.

Ainsi, sur un cliché représentant une vue des Pyrénées, LoNDE suggère à une femme qu'il y a son portrait toute nue. Elle voit, brise de colère le cliché. Mais on avait pris deux épreuves. Chaque fois que la malade les aperçoit, a elle trépigne de colère, car elle s'y voit toujours représentée nue ».

Elle ne voit donc pas ,1a vue des Pyrénées ; mais cependant cette vue des Pyrénées arrive jusqu'à son polygone puisqu'elle reconnaît l'objet réel sur lequel et à la place duquel elle doit voir et elle voit l'image suggérée. Elle ne perçoit donc pas l'image réelle, mais elle s'en sert polygonalement. Nous verrons dans le paragraphe suivant que c'est là toute la théorie des suggestions sensitives négatives. Et ainsi les deux théories se rapprocheront : des suggestions sensitives positives et des suggestions sensitives négatives.

Partant de cette expérience curieuse de Loxde,

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BirsET et Féré ont même essayé, dans l'expérience du portrait suggéré sur le carton blanc, de photographier ce carton blanc et, une fois, ils ont réussi à provoquer l'hallucination du même portrait en présentant au sujet la photographie de ce carton blanc.

On voit même que cette perception polygonale de l'objet réel qui sert d'écran de projection à l'image suggérée, cette perception polygonale est beaucoup plus line, précise et délicate que la perception physiologique. Car, si l'expérimentateur n'a pas fait un petit signe quelque part, il ne reconnaîtra pas le carton que le sujet distinguera et le sujet, s'il n'est plus en hypnose, ne reconnaîtra plus ce carton.

J'ajouterai encore que de ces faits on peut conclure que ces suggestions sensitives positives sont vraiment des hallucinations et non des illusions, comme on Ta soutenu.

Dans l'illusion l'image suggérée serait seule perçue à la place de l'image réelle ; l'image réelle serait remplacée par l'image suggérée, serait vue sous les traits et les apparences de l'image suggérée.

Or, il n'en est pas ainsi. Les deux images ne se remplacent pas l'une l'autre, puisqu'elles arrivent Tune et l'autre jusqu'au polygone. Seulement l'image réelle n'est pas perçue ou du moins le sujet n'y fait pas attention et ne la voit pas ; mais il s'en sert comme de point de repère pour reconnaître l'image suggérée, toutes les fois que le premier objet réel reparaît \

I. Ainsi exposée, la théorie des points de repère permet de concilier les expériences de Bernheim avec celles de Binet et Féré. « Quand l'expérience, dit Bernheim (lie^'ue de L'hypnot.,

Je n'admets donc pas la manière de voir de Binet et Féré quand ils disent : « pour qui admet la théorie du point de repère, (la) différence entre Tillusion et l'hallucination hypnotiques s'efface tout à fait et l'illu sion hypnotique apparaît comme une hallucination à laquelle on aurait pris soin de choisir, par suggestion spéciale, un point de repère qui n'est autre chose qu'un objet réel ».

En réalité, le sujet ne choisit pas sur l'objet réel un point de repère : l'expression n'est pas exacte. Il prend l'objet réel entier comme repère de l'image suggérée. Et ainsi il reconnaît l'image suggérée partout où il voit cet objet réel et toutes les lois de l'optique s'appliquant à l'image réelle paraissent, par là même, s'appliquer à l'image suggérée.

Mais il ne remplace pas l'image réelle par Timage suggérée ; il reçoit les deux dans son polygone et ne fait attention qu'à une des deux, à la suggérée.

Il y aurait illusion si Fimage fausse remplaçait rimage vraie ; ce qui n'est pas.

Il y a hallucination puisque Fimage suggérée s'ajoute et se superpose à l'image réelle.

t. I, p. 217) est faite dans l'obscurité et qu'on fait voir une image suggérée à travers des lunettes qui modifient l'image d'une façon variable, la doublant, la quadruplant, l'agrandissant, la rapetissant, le sujet désorienté, ou plutôt non orienté, en l'absence de points de repère, voit au hasard et suivant les ca priées de son imagination, une, doux ou quatre images, agrandies ou rapetissées. » Cela montre bien, ce qui est la vérité, que l'optique hallucinatoire est en réalité l'optique de l'image réelle de l'écran, appliquée par le sujet à l'image suggérée qu'il solidarise inconsciemment avec la réelle et qu'il perçoit seule.

ÉTUDE A.^JALYTIQUE DES SUGGESTIONS 2l3

Les deux images existent clans le polygone, quoique le sujet n'en voie qu'une.

Les suggestions sensitives positives sont donc vraiment des hallucinations et non des illusions.

Toute cette dernière partie du paragraphe deviendra plus claire au commencement du prochain, quand nous aurons étudié les lois et les théories des hallucinations sensitives négatives.

/i. Les caractères des anesthésies (sensorielles Ou sensitives) suggérées sont à première vue étranges et ont pu faire admettre la simulation par les esprits superficiels.

Au fond, ces anesthésies présentent les caractères que Janet appelle contradictoires et qui appartiennent à la plupart des anesthésies hystériques.

En fait, ces anesthésies sont et ne sont pas, c'està-dire que le sujet ne sent rien (dans un certain domaine) et que cependant certains faits plus ou moins compliqués prouvent qu'il sent.

C'est l'histoire de cette hystérique anesthésique des deux mains qui se coiffe très correctement et enfonce de longues épingles dans son chignon derrière sa tête ou qui, les yeux fermés ou dans l'obscurité, boutonne et déboutonne son corsage ou ses bottines ou fixe une broche à sa robe.

Ces caractères paradoxaux sont-ils réellement contradictoires, n'appartiennent-ils qu'aux névroses et doivent-ils faire conclure qu'en réalité ces anesthésies n'existent pas ?

Non. Ces anesthésies existent parfaitement; et ces

2l/i HYPNOTISME ET SUGGESTION

phénomènes n'ont même rien de bien extraordinaire; on peut parfaitement les faire rentrer dans les lois physiologiques ordinaires plus générales.

Pour comprendre la chose il faut d'abord se rappeler que sensation et excitation centripète ne sont pas des expressions adéquates.

Une excitation centripète qui parcourt Fentier trajet nerveux et arrive à l'écorce cérébrale, au centre 0, donneunesensation. Mais, dans d'autres circonstances, la même excitation centripète s'arrêtera en route, à un étage inférieur de neurones et pourra ne pas donner de sensation, quoiqu'elle ait existé.

Ainsi, si le sujet est fortement distrait ou profondément endormi, la percussion du tendon rotulien lui fera soulever la jambe ou il chassera une mouche sur son nez ou il maintiendra son équilibre en marchant sans éprouver aucune sensation corrélative, sans se douter de la chose.

Dans ces cas, l'excitation centripète a bien existé cependant ; elle a pénétré dans les centres nerveux par les nerfs sensitifs, seulement elle s'est arrêtée et s'est transformée dans la moelle ou dans le mésocéphale sans arriver jusqu'à l'écorce.

Donc, c'est une loi physiologique générale, une excitation centripète peut exister, être utilisée par des centres inférieurs, se transformer en acte, sans qu'il y ait ni sensation ni conscience.

Les choses peuvent se passer de la même manière, si l'excitation centripète arrive à l'écorce, mais si, pour un motif ou pour un autre, cette excitation, dans Fécorce, ne dépasse pas le polygone et n'atteint pas le centre 0.

ÉTUDE ANALYTIQUE DES SUGGESTIONS 2l5

Si le centre 0 n'esl pas alteiiit, il n'y aura pas sensation perçue, il y aura anesthésie. Mais si l'excitation atteint le polygone, elle pourra d'autre part fournir des preuves expérimentales de son existence et de son arrivée jusqu'aux centres du psychisme inférieur.

Et voilà comment ces anesthésies présenteront des caractères paradoxaux en apparence et contradictoires. La sensation n'existera pas pour 0 et ne sera pas perçue ; elle existera pour le polygone qui pourra l'utiliser inconsciemment pour des actes, souvent compliqués, de psychisme inférieur ou d'automatisme supérieur.

Janet a très bien exprimé ces idées ^ : « au moment même où (ces anesthésies) semblent être complètes, au moment même où le sujet affirme sincèrement qu'il ne sent rien, on constate une quantité de mouvements et d'actions en rapport avec cette sensation disparue qui prouvent son existence, w

Pour expliquer ces phénomènes, Janet distingue les sensations élémentaires (ce sont nos impressions polygonales, pour lesquelles le mot de sensations ne parait pas heureux, puisqu'elles ne sont pas senties) et l'opération d'assimilation, de synthèse (fonction de notre centre 0), « qui combine entre eux ces phénomènes élémentaires, et surtout qui, à chaque moment de la vie, les rattache à la notion vaste et antérieure de la personnalité. Chez les individus distraits d'une manière accidentelle et chez les hystériques d'une

I Janet. Art, A,n«sthésie, in Dict. de physiol. de Charles Richet, p. 5i I.

2l6 HYPNOTISME ET SUGGESTION

manière permanente, cette seconde opération, la perception personnelle (en 0) serait insuffisante et ne rattacherait à la personnalité à chaque moment de la vie qu'un petit nombre de sensations, tandis que les autres resteraient à l'état élémentaire, subconscient ».

C'est la désagrégation suspolygonale, partielle ou totale, qui explique ces anesthésiès à allure paradoxale et contradictoire.

DuPRAT^ admet les mêmes faits, mais n'admet pas la même interprétation.

(( Cette exclusion (des données sensorielles, dans les anesthésiès) n'est pas une suppression radicale : les représentations, éUminées du champ de l'aperception (dans lequel elles devraient normalement entrer), existent cependant, puisque, dans des conditions particulières, on en retrouve le souvenir; parfois même on peut en vérifier expérimentalement l'existence. »

Voilà le fait certain. Seulement Duprat ajoute : (( les anesthésiès psychiques ne sont donc pas des anesthésiès réelles. » Pourquoi ?

Ce ne sont pas des suppressions totales de l'excitation centripète. Mais ce sont bien des anesthésiès réelles, puisque le sujet ne sent rien. Seulement ; l'excitation centripète, sans atteindre 0, va cependant dans des centres très élevés, dans l'écorce cérébrale, dans le polygone du psychisme inférieur.

De même, Bernheim ■, parlant de ces amauroses

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