‹ L'hypnotisme et la suggestionChapitre 79 sur 218 · I. Pitres. Loco cit., t. T, p · texte numérisé non relu

I. Pitres. Loco cit., t. T, p

suggestion s'exécute tout de même ; le sujet ne sent pas le pincement, mais il exécute l'ordre lié à ce pincement.

Ce qui prouve, mieux que tout, que les impressions arrivent cependant jusque dans le polygone, c'est que le sujet peut les y retrouver dans un autre sommeil. Ainsi on peut réendormir certains sujets, faire disparaître ainsi leur anesthésie (conservée d'une précédente suggestion) et alors ceux-ci retrouvent, non seulement la sensibilité, mais encore le souvenir de sensations antérieures, qu'ils n'avaient pas perçues antérieurement par leur nombre anesthésique.

De même ^, on prend l'index d'un sujet anesthésique « et on lui demande ce qu'on lui fait. Il répond qu'il n'en sait rien. Mais si on le met en présence de la boule '^, il voit la main qui pince son index et il sait alors ce qu'on lui fait. Si vous détournez ses regards et que vous déplaciez ses doigts, il ne le sent pas; mais dans la boule, il verra la position que vous avez donnée à ses doigts » .

Enfin il y a tout un groupe de signes physiques qui prouvent que l'impression pénètre assez avant dans les centres nerveux, alors même qu'elle n'est pas perçue.

1. Pierre Janet. Sur la divination par les miroirs et les hallucinations subcoDscientes. N€<>'roses et idées fixes, t. I, p. 4i8.

2. Il s'agit de la boule de cristal que l'on fait fixer et qui entraîne des hallucinations subconscientes.

J'ai déjà cité la pupille qui obéit à la lumière dans les amauroses suggérées.

De même, Mosso^ a vu « que les perceptions inconscientes peuvent, comme les perceptions conscientes, provoquer un afflux de sang au cerveau. Mosso inscrivait le pouls cérébral d'un sujet endormi et constatait que toutes les fois qu'un bruit inopiné, bruit de parole, de porte, etc., se faisait entendre dans le laboratoire silencieux, le pouls s'élevait en dilatation sur le tracé, bien que le sujet ne se fût pas réveillé. Tamburini et Seppilli ont fait des observations analogues sur le pouls de l'avantbras chez une femme hystérique, qu'ils avaient endormie en léthargie et qui semblait être séparée complètement du monde extérieur ; une piqûre d'épingle, l'articulation du nom de la malade impressionnaient son pouls. Enfin, Hallion et Comte, tout dernièrement, ont répété, confirmé et étendu cette expérience, qu'ils ignoraient d'ailleurs, sur des hystériques de la Salpêtrière, mises en état de léthargie, et sur des hystériques anesthésiques totales ; la piqûre non vue et non sentie provoque une vasoconstriction et une parole qui ne paraît pas entendue a le même effet ».

Ces expériences prouvent surtout qu'il ne faut tenir aucun compte de ces signes physiques pour déjouer les simulations : une impression non sentie produira ces signes de réaction physique.

D'autre part, ces expériences, comme celles de la

I. BiNET et Courtier. Effets du travail intellectuel sur la circulation capillaire. Année psychoL, t. III, 1897, p. 43.

pupille, ne prouvent que la pénétration de l'impression dans des centres bien inférieurs à l'écorce cérébrale, bien inférieurs au polygone, tandis que les expériences citées plus haut prouvent la pénétration jusqu'au polygone de l'impression non perçue.

Comme je l'ai déjà dit, tous ces caractères curieux de la suggestion sensitive négative s'analysent mieux quand la suggestion se continue à l'état de veille et par conséquent appartiennent plutôt aux suggestions posthypnotiques .

Cependant un certain nombre de ces expériences s'applique aux suggestions intra-hypnotiques proprement dites et par conséquent nous permet de déduire maintenant la théorie de ces suggestions sensitives en général.

Dans le polygone désagrégé du sujet hypnotisé, le centre 0 de l'opérateur peut provoquer et supprimer des perceptions polygonales.

La suggestion la plus simple est la suggestion négative : dans ce cas, l'impression centripète pénètre jusqu'à certains centres polygonaux, mais ne va pas aux centres de synthèse polygonale, de perception polygonale. Et alors le polygone peut se servir, pour différents actes plus ou moins automatiques, de cette impression qu'il ne perçoit pas.

La suggestion sensitive positive est plus compliquée, en ce qu'elle comporte en même temps une impression non perçue analogue à la suggestion négative.

Ainsi quand on fait naître une hallucination sug-

geslive sur un carton, le polygone perçoit l'image hallucinatoire, mais ne perçoit pas l'image du carton qu'il reçoit cependant très précise, qu'il emmagasine et qu'il utilise pour toutes les expériences d'optique hallucinatoire que nous avons relatées.

Tout ceci nous conduit donc à une notion nouvelle pour le psychisme inférieur (Voir la fig. 2, p. 26 1).

Dans le polygone désagrégé, c'est-à-dire par conséquent en dehors de toute intervention de O, il y a des impressions perçues et des impressions non perçues et ce polygone, toujours désagrégé, peut se servir de ces impressions non perçues.

Donc, dans les suggestions sensitives, il y a deux ordres d'impressions polygonales : des impressions reçues et perçues, et des impressions reçues, non perçues, mais utilisables par le polygone.

Bernheim explique cette non perception polygonale de certaines impressions par une autosuggestion du sujet qui annule certaines impressions'.

Je crois qu'il vaut mieux réserver le mot autosuggestion aux cas dans lesquels le centre 0 du sujet agit sur son propre polygone comme le centre O de l'hypnotiseur agit ordinairement sur le polygone du sujet. Or, ici, le centre 0 du sujet n'a rien à voir et n'intervient pas.

Il est donc inutile de supposer ce mécanisme intermédiaire de l'autosuggestion.

On peut très bien admettre que le centre 0 de l'hpnotiseur produit directement dans le polygone du sujet

I. ^'oir notamment Bernheim, Revue de l'hypnotisme, 1886-87, p. QS, et 1892-93, p. 84 et 225.

23o HYPNOTISME ET SUGGESTION

r apparition (dans la perception polygonale) de certaines impressions non reçues et la disparition (dans la perception polygonale) de certaines impressions reçues et restant utilisables^ quoicjue non perçues.

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