Carpenter, Mental Pht/siology, p
tout cela qu'est faite l'histoire quotidienne du somnambulisme naturel. Pourquoi se croire obligé d'en appeler au diable, quand on rencontre ces faits dans l'hypnose, qui n'est qu'un somnambulisme artificiel ?
Relisons ensemble, si vous le voulez, le récit tant de fois reproduit mais toujours si émouvant de Dom Duhaguet, prieur de Pierre-Chàtel, et vous allez y trouver un exemple typique des deux hallucinations :
« Un soir que je ne m'étais point couché à l'heure ordinaire... j'entendis ouvrir ma porte, et je vis entrer unreHgieux, connu pour être somnambule, mélancolique et sombre. Les yeux ouverts mais fixes, vêtu de sa seule tunique, un grand couteau à la main, il alla droit à mon lit dont il connaissait la position, eut Vair de vérifier, en tâtantde Ja main, si je m'y trouvais effectivement : après quoi, il frappa trois grands coups, tellement qu'après avoir percé les couvertures, la lame entra profondément dans la natte. Il se retourna et j'observai que son visage, tout à l'heure contracté, était détendu et qu'il y régnait quelque air de satisfaction. L'éclat des deux lampes qui étaient sur mon liireau ne fit aucune imp-ession sur ses yeux ; et il s'en retourna comme il était venu, ouvrant et fermant avec discrétion deux portes qui conduisaient à ma cellule. Le lendemain le pauvre somnambule se souvenait de cette aventure comme d'un rêve, mais non comme d'un acte accompli : il avait rêvé que sa mère avait été tuée par le prieur, et la vue du cadavre de sa mère l'avait porté à la vengeance. »
Vous l'avez entendu : le moine, les yeux grands ouv/r/S; n'avait vu ni les deux lampes allumées, ni le
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prieur à son bureau. Voilà bien l'hallucination négative. Par contre, ses yeux avaient vu, et sa main avait touché le prieur dans son lit... où, par bonheur, il n'était pas : hallucination positive.
Si le prieur s'était levé, et lui avait barré le passage, le pauvre somnambule, comme on peut le déduire avec certitude d'autres histoires similaires, aurait tourné le i^rieur, simplement comme on tourne un obstacle quelconque, sans le reconnaître, et nous aurions eu, en plus, un exemple d'amnésie somnambulique.
Mais, que dirons-nous des suggestions à longue échéance ? — Nous dirons que tous les éléments dont elles se composent, font partie de notre activité psychologique à l'état de veille, qu'elles ne réclament aucun pouvoir extraordinaire et mystérieux et que nous ne voyons, en conséquence, aucune raison de les tenir pour extranaturelles.
c( Ce phénomène, comme le remarque judicieusement M. l'abbé Méric, implique trois éléments : une suggestion, la conservation ou la permanence de cette suggestion dans le cerveau inconscient de l'hypnotisé, et enfin son accomplissement au jour indiqué '. >>
Or, en premier lieu, l'hypnotisé reçoit la suggestion : -« vous viendrez me voir dans dix jours )), tout, comme il recevrait le même ordre ou la même invitation, à l'état de veille.
— Mais cette suggestion, il va la garder pendant dix
Le Merveilleux et la Science, p. 270.
jours. — Oui, mais il garderait de la même façon, le même ordre, si on le lui avait donné pendant qu'il était éveillé.
— Mais dans dix jours, il exécutera la suggestion. — Oui encore : mais si vous lui aviez intimé Tordre, avant de l'endormir, de venir vous visiter au jour marqué, il aurait agi absolument de même.
Suggestion réalisée à longue échéance, ordre exécuté à longue échéance sont deux phénomènes dont les éléments essentiels sont les mêmes, et qui sont d'ordre naturel au même titre.
S'il s'agit d'expliquer le mécanisme intime de ces deux faits, l'on peut soutenir, nous le verrons plus tard, des théories différentes, mais l'on n'apportera point de raisons démontrant que l'un est moins naturel que l'autre.
Reste donc l'apparition des marques sanglantes, stigmates, vésications, etc. Le R. P. Franco signale ce fait comme étant favorable à sa thèse, sans insister toutefois autant que d'autres le font : et cela se comprend. Les anciens théologiens auraient déjà suffi à le rendre circonspect sur ce chapitre, mais à la suite des récentes études sur ce qu'on appelle <( le Dermoijra.' phisme, les Mmorrhagies et les ecchymoses spontanées » ', la réserve du Révérend Père est plus que justifiée. c( On conçoit, en effet, et nos savants l'expliquent phjsiologiquement, d'une manière assez satisfaisante ; on conçoit
1. Voir Étude sur le Dermographisme ou Dermoneurose tox'rasomotrice j par Toussaint Barthélémy.
que rimaginatiori, surexcitée par l'état de somnambulisme artificiel, détermine, à un point donné du corps, un de ces afflux de sang qu'une affection morbide opère fréquemment dans l'état ordinaire ; et qu'alors il j ait un gonflement des chairs, voire même une exsudation de quelques gouttelettes de sang \ )> « Tous ces phénomènes sont de simples troubles circulatoires qui démontrent l'influence de l'âme sur le corps -. » Ils ne dépassent point le pouvoir de l'imagination, a Par ellemême que ne fait pas cette humaine faculté ■^ ! »
1. M. l'abbé A. Lelong, La Vérité sur l'hyimotisme, p. 132. •2. D»" Bonjour. Hypnotisme, Télépathie et Spiritisme, p. 16. 3. Abbé Schneider, l'Hypnotisme, p. 342.