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Étude sur l'hypnotisme

Cette démonstration est faite depuis longtemps et passée en force de chose jugée dans les Codes des nations civilisées. Tout esprit raisonnable sent avec une profonde conviction qu'il n'est pas permis d'éteindre la lumière de l'intelligence ni d'ctonffer le jugement de la conscience, parce que l'homme resterait indifférent à vouloir le bien qu'il doit faire et indifférent à repousser le mal défendu. Autant l'obhgation de faire le bien et d'éviter le mal est grave, autant est absolu le devoir de ne pas se rendre impuissant à l'un et à l'autre. De là, la condamnation admise par tous de l'ivresse, de l'usage de fumer l'opium ou de boire le haschisch, et de tout acte qui mette obstacle, même pour peu de temps, à la liberté morale. Il n'est pas d'homme si sauvage qui ne sente l'avilissement et la culpabilité de celui qui, volontairement, se dépouille de son libre arbitre, s'expose naturellement à mille périls matériels et devient capable de toutes sortes de délits; comme si pour lui n'existait plus de loi et qu'il fût changé en brute '. •»

Ainsi parle le R. P. Franco, et, après lui, tous les adversaires de l'hypnotisme emploient leurs ressources de talent à faire i-essortir combien monstrueuse est une pratique qui, « de sa nature, exige le renoncement à la liberté, à la conscience, au jugement intellectuel, rend incapable de choisir librement le bien, de se couronner par conséquent du mérite des bonnes œuvres, et réduit l'homme à l'humiliante condition d'un simple instru-

1. Franco, L'Hypnotisme revenu à la mo'fe, traduction de M. l'abbé Moreau, p. 165.

PKOCES DE LHYPNOTISME. 203

ment pour commettre toute sorte de crimes, comme s'il n'y avait pas des lois à observer et des commandements à garder ' ».

Yoilà des pages véritablement éloquentes : mais il faut se défier de l'éloquence dans les que^;tions délicates et subtiles qui réclament une observation exacte, et une grande précision dans l'analyse des faits.

Voyons, vous nous dites que l'hypnose enlève, dans les sujets, la liberté, la conscience, la raison : en parlant ainsi, entendez-vous la faculté, ou seulement l'exercice de la faculté ? Entendez-vous que l'hypnose tue et supprime radicalement la liberté et la raison, ou simplement qu'elle en suspend les actes ?

Évidemment vous devez entendre que le sommeil hypnotique suspend seulement l'activité des puissances et ne les détruit pas. Xous connaissons, en effet, des centaines d'hommes, par le monde, officiers, magistrats, étudiants, professeurs, qui se sont fait hypnotiser dix fois, vingt fois, quarante fois, un grand nombre afin d'expérimenter sur eux-mêmes les effets de l'hypnotisme, et qui, à cette heure, jouissent de leur liberté et de leur raison, tout aussi bien que vous et moi -.

1. Lettre de ILgr Sancha-Hervas du 19 mars 1888. Trad. du R. P. Couderc, S. J. — Y. 31. l'abbé Méric, le Merveilleux et la Science.

2. A lire ces quelques lignes de M. Delbœuf, le distingué professeur de philosophie et hjpnotiste de l'Université de Liège : — « Fait éminemment caractéristique, Lucile, le célèbre sujet qui a fait la vogue de Donato, a su paifaitement lui intenter un procès, comme ayant pu abuser d'elle à son insu. — A rapprocher de cette aventure celle de cet autre sujet de Donato, l'honnête A. de Th., qui essaya d'escroquer à son tout-puissant dominateur un billet de

Quand donc vous criez à ranéantissemenfc de la liberté et de la raison par le sommeil hypnotique, malgré l'emphase de vos paroles, vous roulez dire tout simplement : que l'hypnose arrête Texercice de nos deux facultés maîtresses, pendant sa durée, soit pendant cinq minutes, un quart d'heure, une heure, une journée, si Ton Teut.

Cela bien établi, nous vous demandons : Admettezvous qu'il soit immoral, par soi, absolument et toujours, de se laisser mettre dans un état où l'activité de la liberté et de la raison se trouve, pour im moment, suspendue ?

Si vous admettez que cela soit immoral intrinsèquement, absolument et toujours, le chloroforme empêchant momentanément la pensée et le vouloir libre, vous devrez proclamer intrinsèquement immoral le sommeil provoqué par le chloroforme, et soutenir que la morale interdit, absolument et toujours, au médecin de chloroformiser son malade, en quelque état que celui-ci se trouve, quelque opération qu'il doive subir. Condamnezvous ainsi l'emploi du chloroforme ? Xon, vous déclarez au contraire qu'il est permis de s'en servir ce dans les cas de grave nécessité, et pourvu que l'on s'entoure de précautions nécessaires ^ )).

mille franc?, en le menaçant Je dévoiler ses trucs en plein théâtre. »

L'iii/pnotlsme devant les Chambres législatives Belges, p. 42. — Compar. Lettres à M. Thiriar, du même auteur, p. 33, 79 et 8G.

« Inexpérience nous apprend qu'il est faux de croire à une soumission permanente de la volonté du malade ù. celle de l'opérateur. )) D"" Bérillon, lîevvc de l'hypnotisme, décembre 1801, p. 18G. 1, L" Ipnotismo tornato di modo, p. 1G8.

Dans les cas de grave nécessité, et les précautions nécessaires étant prises, il n'est donc pas immoral de se laisser mettre dans un état qui comporte la suspension momentanée de la raison et de la liberté.

Dans les cas de grave nécessité, et les précautions nécessaires étant prises, le sommeil hypnotique n'est donc pas immoral, au moins de ce chef qu'il nous prive de la liberté et de la raison.

Comme on le voit, ce premier argument des adversaires repose tout entier, suivant la remarque fort juste de M. le D'^ Grasset, sur « une exagération qui dénature complètement l'essence et la portée de l'hypnotisme ^ ». Il n'en subsiste plus rien, devant cette simple observation : l'hypnose, de soi, laisse intactes nos puissances de raisonner et de vouloir, elle ne fait que suspendre, pour un moment, leur exercice.

Mais l'on insiste : quand bien même il faudrait accorder que l'hypnose ne mutile pas l'âme humaine, il

1 . Ces paroles sont tirées d'une étude composée par M. le D"" Grasset et intitulée : l'Hypnotisme elles Médecins cath oliques. JjZ. scioncQ et les convictions religieuses de l'éminent professeur de médecine, universellement reconnues, rendent son écrit doublement précieux et utile ; et je ne saurais assez lui exprimer ma reconnaissance, soit de la communication qu'il a bien voulu m'en faire, soit de l'autorisation de m'en servir qu'il m'a accordée si gi-acieusement.

n'en reste pas moins vrai que le sommeil hypnotique, par rapport à la morale, expose le sujet aux plus grands dangers. « Ti'hypnotiseur prend sur le sujet un empire à peu près absolu. Il peut donc lui suggérer toute sorte de pensées, de paroles et d'actions : cela fait, certains cas exceptés, assez rares d'ailleurs, où le sujet, par suite des habitudes générales de la vie, oppose comme une résistance instinctive à l'acte proposé, la suggestion s'accomplira fatalement, quelle qu'en soit la nature et quel qu'en soit l'objet, qu'il s'agisse d'assassiner un homme ou de se livrer à des passions honteuses. Qui ne voit à quel danger l'hypnotisé s'expose ? Comme l'esclave antique, devenu la chose de son maître, il devient, lui aussi, la chose et l'instrument de son magnétiseur ^ . »

Yoilà qui prouve très bien que l'hypnotisme est dangereux ; mais s'ensuit-il de là qu'il soit immoral ? Non, car tout ce qui est dangereux n'est pas immoral. Pour condamner absolument l'hypnotisme, il faudrait encore établir que les dangers qu'il présente ne peuvent absolument pas être conjurés. Or, ils le peuvent être aisément. M. Beaunis nous en indique le moyen bien facile. « Il faut, dit-il, et c'est là une règle dont on ne doit jamais se départir, que le sommeil ne soit provoqué qu'en présence d'un tiers autorisé, parent, mari, père,etc. qui garantisse à la fois l'hypnotiseur et Vhypnotisè '-. » Qu'on applique seulement cette règle, et, du coup, « tous

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