CHAPITRE IX
POURQUOI NOUS ALLONS REPRENDRE l'ÉTUDE DE l'hypnotisme. — QUELQUES REMARQUES PRÉLI- MINAIRES.
Je dois avouer que, avant lu avec une attention égale et une entière impartialité, l'argumentation des adversaires de l'hypnotisme et celle de ses défenseurs, c'est l'argumentation de ces derniers qui, dans l'ensemble, m'a laissé l'impression la plus favorable. Des deux côtés, sans doute, l'on fait preuve de talent, de science et d'habileté : mais je trouve que les partisans de l'hypnotisme montrent une connaissance et une analyse des faits plus précises, une logique plus correcte et plus ferme, une psychologie plus exacte et plus profonde. Je le reconnais, un grand et noble zèle pour la défense des âmes contre l'action et les influences sataniques anime les adversaires ; cela se voit bien à l'ardeur, à la verve, à la fécondité qui distinguent leurs écrits. Mais, généralement, l'on est plutôt édifié que convaincu par ce qu'ils disent. Parfois, on a le sentiment qu'ils ne présentent pas les phénomènes sous leur vrai jour, avec leur vraie physionomie : que, dans le
feu de l'attaque et sans qu'ils le soupçonnent, ils exagèrent les inconvénients et dissimulent les avantages : ailleurs, il paraît bien qu'une distinction nécessaire leur a échappé, qu'ici ils concluent du particulier au général, que là ils raisonnent sur une circonstance accidentelle, fortuite, comme s'il s'agissait de la substance même des choses.
Mais, à la réflexion et à la suite deî études personnelles que j'ai dû faire, cette première impression aurait pu se modifier : il n'en a rien été. Plus j'ai étudié l'hypnotisme tel qu'il se révèle d'après les résultats obtenus dans les cliniques et les laboratoires, moins il m'a paru condamnable sans rémission : et, aujourd'hui, puisque je dois prendre parti, ce n'est point du côté de SCS adversaires que mes convictions m'obligent à me ranger, mais parmi ses défenseurs, — si par adversaires de l'hypnotisme l'on entend ceux qui soutiennent que son emploi n'est jamais permis, et si, par défenseurs, l'on désigne ceux qui soutiennent qu'il est permis quelquefois.
Toutes mes réserves faites et maintenues au sujet du magnétisme \ du spiritisme et de l'occultisme -, je prétends donc que l'hypnose, réduite aux phénomènes
1. M. E. Boirac, professeur de philosophie au lycée Condorcet, a publié, dans le n'' du l^^^ octobre 1895 de la Nouvelle Revue, un article digne d'attention où il raconte comment des expériences personnelles, fort intéressantes et fort bien conduites, je dois le dire, l'ont amené à conclure que le magnétisme et l'hypnotisme, la suggestion et l'influence magnétique, soiit deux agents distincts ce aussi réels l'un que l'autre y>. Ibid., p. 20.