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246 L'HYPNOTISME FRAXC.

produits par suggestion verbale et que j'ai rapportés précédemment, n'est pas toujours défendue, mais est quelquefois pennise, qu'elle n'est ni toujours dia?jolique ni toujours immorale, et que, si délicate et si dangereuse qu'en soit la pratique, on peut, en certains cas et moyennant certaines précautions, l'employer utilement en toute honnêteté et prudence.

Je me range à l'opinion qui est favorable à l'hypnotisme. Est-ce à dire que, dans ma pensée, cette opinion a été aussi approfondie qu'elle doit l'être, que la preuve en a été faite d'une manière définitive et que les difficultés des adversaires ont été résolues avec pleine évidence ? — Non, plusieurs auteurs ^ ont exprimé le très vif regret que les partisans de l'hypnotisme donnent plus de place, dans leurs livres, au récit des faits qu'à leur interprétation, s'attardent à l'exposé des phénomènes et ne trouvent plus de temps pour en rechercher sérieusement la nature. J'admets que le reproche est fondé, et moi-même je n'ai pas éprouvé une mince déception lorsque, prenant un auteur récent et fort répandu de théologie morale afin de me renseigner, je me suis trouvé en face de des paroles : « L'hypnotisme est-il, (Je soi, illicite ? — Quoi que Von en doive penser,

1. Entre autres M. Tabbé Ribet, dans les articles déjà cités.

il ne saurait être permis, si l'on ne prend des précautions, et si... etc. ». De réponse à la question essentielle, pas d'autre que le petit point d'interrogation. Encore dois-je ajouter que, dans une édition nouvelle, la question elle-même a été supprimée, — avec le petit point d'interrogation, comme si on l'avait jugé déjà trop compromettant. En réalité, l'on évite d'aborder bien en face, de front, le problème de la nature et de la moralité de l'hypnose, et, content d'avoir détourné le coup des objections ou satisfait aux exigences pressantes de la casuistique, l'on s'abstient de formuler une théorie proprement dite.

Mais nos philosophes et nos théologiens catholiques ne sauraient en demeurer là. La question est à l'ordre du jour, et l'étude s'en impose. Qu'elle soit fort déUcate et complexe en même temps que nouvelle, cela crée bien le devoir de procéder avec circonspection et de se tenir toujours prêt à accepter un avis plus éclairé et meilleur que le sien ; ce n'est pas une raison de fermer les yeux et de garder le silence sur le problème.

C'est inspiré par cette manière de voir que je voudrais reprendre la question de l'hypnotisme, et que je propose à mes lecteurs d'en étudier à nouveau la moralité et la nature. Si je ne m'abuse, les œuvres philosophiques et théologiques de saint Thomas d'Aquin peuvent apporter beaucoup de lumière sur ce sujet : nous les consulterons ; et le travail que j'aurai ébauché, d'autres plus compétents et plus habiles sauront le parfaire.

Je parlerai d'abord de la moralité pour deux raisons :

la première, parce que bon nombre de nos lecteurs désirent avant tout s'éclairer sur ce point ; la seconde, parce que c'est dans cette question de la moralité que nos adversaires semblent se croire, et sont peut-être, les plus forts. Xous l'avons vu, plusieurs reconnaissent volontiers que beaucoup de faits hypnotiques peuvent s'expliquer par des causes naturelles; mais cela, disentils, n'innocente point l'hypnotisme : il n'en est et n'en demeurera pas moins condamné par la morale. C'est donc en morale surtout qu'ils espèrent vaincre. Mieux vaut descendre tout de suite sur leur terrain préféré et voir si, réellement, l'hypnose étant supposée de provenance naturelle, ce qu'ils sont disposés à accorder pour plusieurs phénomènes et ce que nous prouverons être vrai d'un plus grand nombre encore, elle est de telle nature que, partout et toujours, l'emploi en soit condamnable et ne puisse être jamais légitime au jugement d'une conscience d'homme et de chrétien.

Avant tout, nous nous demanderons, comme il convient à des philosophes et à des théologiens, quelle est la moralité intrinsèque et spécifique de l'hypnotisme.

Saint Thomas, recherchant comment avait pu se produire l'erreur étrange qui admettait deux principes suprêmes, l'un du mal, l'autre du bien, dit que les pre-

miers auteurs d'uue pareille conception y furent amenés par ce double fait : qu'ils méconnurent la cause universelle de tout l'être, et s'imaginèrent qu'il existait des choses mauvaises par nature, comme il en existe de bonnes par nature. Quelle fausse méthode avait amené les Anciens à se figurer de la sorte des êtres naturellement mauvais, le saint Docteur l'explique en ces termes : (( S'ils rencontraient un être qui causât du dommage à un autre, ils jugeaient de ce seul fait que la nature de cet être nuisible était mauvaise, tout comme si quelqu'un disait que la nature du feu est mauvaise, parce qu'il a brûlé la maison de quelque pauvre. Mais quand il s'agit de juger de la bonté d'une chose, il ne faut pas ainsi regarder à un fait particulier et accidentel, il faut la juger selon ce qu'elle est en elle-même et d'après le rôle et la place qui lui ont été fixés dans l'ordi'e de l'univers. Judicium de lonitcde alicujus rei non est accipiendum secundum ordinem ad cdlciuid imrticidare, sed secundum seipsum et secundum ordinem ad totum universum ^ »

Cette règle que saint Thomas, ou plutôt la raison, veut que l'on suive, quand il s'agit d'apprécier la bonté des êtres, elle s'impose, avec une force égale, à qui doit porter un jugement sur la moralité spécifique d'un acte humain, d'un fait relevant de Tactivité hbre de l'homme ; car, dit le saint Docteur, « il faut raisonner de la bonté et de la malice dans les actions, comme l'un raisonne du bien et du mal dans les choses - y>.

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