De la Suggestion, p. 27Ô
Tel est donc riiomme, telle est son huml)le condition qu'il est condamné non seulement à perdre momentanément l'usage de sa raison et de sa liberté ; mais que, durant cet état où ses plus nobles fiicultés cessent d'agir, il reste soumis à l'influence des êtres et des personnes qui l'entourent, quant à l'exercice de ses puissances inférieures et de toute son activité sensible. Il n'est donc point de la nature de Thomme d'être ixtriovt et foujours le maître de son imagination, de ses émotions et de ses actes. Ce n'est donc point chose due à sa nature que jamais il ne subisse l'influence des êtres inférieurs et n'agisse par l'inspiration de ses semblables sans que sa raison approuve et que son libre arbitre y consente artuelJemfnt.
Donc riiypnose, par cela seul qu'elle constitue momentanémcnt dans une telle dépendance, qu'elle expose momentanément à subir une influence pareille, n'est pas la violation d'un droit de notre nature. Donc pas plus pour ce motif que pour celui de la perte momentanée de la raison et de la liberté l'hypnose n'est en soi condamnable.
Ce n'est pas assez dire : car, dans l'hypnotisme volontaire, le seul dont il puisse être question, j'observe une particularité qui constitue au profit de l'hypnose un avantage réel sur le sommeil ordinaire à ce point de vue de l'état de dépendance où l'un et l'autre établissent ceux qui dorment. Dans le sommeil ordinaire, les rêves, les émotions et les actes qui se produisent n'ont été ordinaire/fient, et n'ont pu être, ni prévus ni par conséquent voulus : le dormeur n'exerce
sur toutes ces manifestations de son activité personnelle aucun empire, soit actuel soit virtuel. Il en va tout autrement dans le sommeil hypnotique. Ce sommeil est volontaire. Le sujet veut être endormi. Il veut l'être pour une fin déterminée, et par conséquent il veut que les suggestions appropriées à cette fin, et celles-là seulement lui soient adressées. Tout suit donc dans l'hjpnotisation, parce qu'il l'a voulu et comme il l'a voulu. Sa volonté s'étend donc à tout ce qu'il fait et à tout ce qu'il subit. Et cela est si vrai que, si, dans cet état, il lui arrive d'accomplir des actes répréhensibles, il en sera responsable, de l'aveu de tous, devant sa conscience et devant Dieu ; — de même que, suivant l'enseignement unanime des théologiens, un dormeur ordinaire est coupable d'un vrai péché, si, dans un cas particulier et par suite des dispositions perverses de sa volonté à l'état de veille, il vient à commettre tel ou tel acte criminel pendant qu'il dort \ L'état de dépendance, l'abdication de la volonté personnelle est donc moindre dans l'hypnose que dans le sommeil ordinaire. Si donc celui-ci ne répugne pas à la nature et à la dignité de l'homme, à jdIus forte raison l'autre n'y répugne-t-il pas.
— Mais qui peut assurer le sujet et qui nous assurera nous-mêmes que les suggestions seront bien celles, et celles-là seulement, qu'il aura voulues.
— Rien de plus simple : qu'il se fasse assister d'une ou deux personnes suffisamment intelligentes et dévouées.