Saint Thomas, Summa theolog., II. II, q. 154^ a
282 L'HYPNOTISME FRANX".
Mais voici un fait qui va bien mettre en lumière toute cette doctrine.
Un homme — un juge — a été témoin et victime d'un grave accident de chemin de fer. Depuis ce temps, il se voit toujours précipité, avec son wagon, dans un profond ravin. C'est un cauchemar perpétuel qui l'obsède la nuit et le jour, le rend sombre, lui enlève l'appétit et le sommeil, l'a réduit à l'impuissance de remplir ses fonctions de magistrat. Tous les moyens qu'il a mi> en œuvre pour sortir de son état ne lui ont pas réussi. Comme dernière ressource, il appelle son médecin, un ami de la famille, et le prie de lui enlever cette idée qui l'excède, par suggestion : et, de fait, le médecin l'endort, et lui donne les suggestions commandées par son état, en présence de sa femme et de son fils, un jeune avocat de vingt-cinq ans.
Y aurait-il donc, dans ce fait, la violation d'uu
droit de nature, une atteinte portée à la dignité d'homme, un abandon injustifiable de soi à autrui? — Analysons un peu l'événement. Si le médecin est venu, c'est que notre magistrat l'a mandé. S'il a endormi le malade, c'est parce que celui-ci l'a voulu ; s'il l'a suggestionné, c'est sur son désir formel, et il ne lui a donné que le genre de suggestions que le sujet lui-même avait demandées ; — et il ne pouvait en donner d'autres, étant supposé la précaution prise de faire assister à l'opération sa femme et son fils. Si la suggestion produit son effet, cet effet lui-même aura été voulu, imphcitement et explicitement par celui auquel il profite. Enfin, si le médecin revient et hypnotise de nou-
veau, c'est que sou client lui a dit : ce Revenez et hypnotisez-moi, chaque jour, jusqu'à ce que je sois enfiu délivré de cette horrible hantise. » On le voit, dans tout ce qui s'est passé, il ne se trouve pas un détail qui échappe à la volonté de l'hypnotisé : la visite du médecin, le sommeil, la suggestion et son effet, toutes les circonstances de temps , de lieu, de personnes, c'est sa volonté qui a tout fixé et déterminé. L'hypnotiseur n'a rien fait, et ne fera rien, qu'avec sa permission et sur son ordre ; il est à son service ; il est son instrument. De droit violé, d'atteinte portée à la dignité humaine, d'abandon coupable de soi, il n'y a pas trace. Il y a seulement un malade qui, ne pouvant se guérir luimême recourt à un médecin ; un déséquilibré qui, n'ayant plus le pouvoir de diriger comme il faudrait son imagination et son émotivité par lui-même, les fait diriger par un autre, ayant qualité et mission pour une telle œuvi'e ; un homme enfin dans la détresse, qui demande assistance à son semblable, selon la loi posée par l'Auteur de la nature et d'après laquelle les hommes, tous besogneux à leur heure, doivent s'aider entre eux et se porter mutuellement secours.
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Mais les dangers de l'hypnose ?
Le lecteur voudra bien s'en souvenir, je les ai exposés en détail, et sans rien dissimuler, dans le ce Procès de l'Hypnose » ' ; mais j'ai rapporté, à la même