‹ L'hypnotisme francChapitre 161 sur 240 · Chapitre YI · texte numérisé non relu

Chapitre YI

occasion, ce que disent les défenseurs de l'hypnotisme pour montrer que ces dangers ne lui sont pas imputable?. Il paraît bien ressortir de ce débat, et des résultats obtenus par la pratique aujourd'hui courante de l'hypnotisation dans les cliniques, que l'hypnose est très dangereuse, emijloijée par des fjens maJmh-oiis ou malhonnêtes y mais qu'elle n'ofire aucun danger employée par des hommes expérimentés et consciencieux.

« L'hypnotisation, par elle-même, est-elle dangereuse pour celui qui y est soumis ? Je n'hésite pas à affirmer, fort de l'expérience acquise, que lorsqu'elle est bien maniée, elle n'offre pas le moindre inconvénient ^ » Ainsi parle M. Bernheim et il ajoute : « Jamais, dans une pratique déjà longue, je n'ai vu d'inconvénient succéder au sommeil provoqué comme nous le faisons. » M. Grasset tient absolument le même langage : « Je peux dire en toute simplicité, écrit-il, que j'ai conscience d'avoir rendu de vrais services à certains malades, par ce moyen (l'hypnotisation) sans ^\o\v jamais porté préjudice à aucun-. » M. Forel, l'éminent directeur de

\. De la Suggestion, p. h^ù.

2. L' Hypnotisme et les Médecins catholiques, mémoire inédit. A propos de M. le D^ Grasset, je dois faire observer que c'est tout k fait par erreur que plusieurs écrivains comptent l'éminent professeur catholique parmi les adversaires de l'hypnotisme. Nos lectem-s ont pu déjà s'en convaincre par les paroles que j'ai citées de lui dans le chapitre précédent. Mais pour ceux qui demanderaient une déclaration plu« explicite encore, je transcris les lignes suivantes : «C Si je suis l'ennemi d'claré île l'hypnotisme extra-médical, je suis au contraire (7ran'i partisa^i de Vhypnotisme scientifique et wu'rfjca/ appliqué par les seuls médecins aux seuls malades qui y consentent, et dans le seul but de les soulager et de les guérir. » (Mémoire cité.)

l'hospice cantonal des aliénés de Zurich, que j'avais l'honneur d'entretenir sur ce sujet il y a quelques semaines, m'exprimait la même conviction, ajoutant, sur une question que je lui avais posée, que l'emploi de l'hypnose n'offre pas les dangers de l'emploi du chloroforme, parce que l'opérateur règle comme il le veut au moyen de la suggestion, la marche de l'hypnose, tandis qu'il ne lui est pas aussi facile de régler et de gouverner l'action du chloroforme.

Après de semblables témoignages, dont il est facile à chacun aujourd'hui de contrôler la vérité, il semble bien établi que l'hypnose n'est effectivement dangereuse que maniée par les maladroits et les coquins. Dès lors il en faudra dire ce que nous disons de l'électricité, de la dynamite, de la mélinite. L'usage de toutes ces forces est interdit à quiconque n'en a pas étudié les propriétés et n'a pas appris la manière de les employer utilement; il n'est pas interdit, en soi, ni illicite, en soi.

L'hypnose ne serait, en soi, illicite à raison des dangers qu'elle peut faire courir, que si elle ne pouvait être employée que par des incapables et par des misérables, et en négligeant toutes les précautions commandées par la prudence. Or, nous savons, grâce à Dieu, qu'il n'en est point ainsi.

Il n'entre point dans le plan que je me suis tracé de développer davantage ici cet ordre de considérations et de raisonnements que je viens de faire. Je veux au contraire me résumer.

Comme je n'ai absolument aucune raison déménager l'hypnose, et que le mieux qui puisse m'arriver est, si je

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me trompe, qu'on me le fasse voir ; pour rendre la chose, s'il y a lieu, plus facile, je vais réduire le principal de ce que j'ai difc à un seul argument. Yoici donc, en substance, comme j'ai raisonné, en supposant connu non seulement ce que j'ai dit dans ce chapitre, mais encore ce que j'ai rapporté dans la « Défense de l'hypnotisme ».

Suspendre ou permettre que l'on suspende momentanément l'usage de sa raison ainsi que de sa liberté, et soumettre pendant quelques moments la direction de son activité psychique à un autre homme, cela n'est pas, en soi, un mal, parce que ce nest pas chose due à la nature humaine que toujours et partout la raison et la liberté soient en exercice, et que jamais l'homme n'agisse pendant qu'il est privé de sa raison et de sa liberté sous l'inspiration et la direction librement consentie auparavant de son semblable, — parce que d'autre part les dangers d'un tel état peuvent être conjurés.

Or, de l'aveu des adversaires, l'hypnose ne saurait être un mal, en soi, que de l'un ou l'autre de ces chefs, par l'un ou l'autre de ces motifs.

Donc, en soi, l'hypnose volontaire n'est pas un mal.

Il va de soi qu'elle le deviendrait si l'homme était hypnotisé malgi'é lui, parce que c'est un droit à l'homme qu'on ne dispose pas de lui contre sa volonté.

Pour le même motif elle deviendrait un mal, si l'on suggérait à l'homme endormi des représentations, des émotions ou des actes qu'il désapprouverait étant éveillé.

Elle deviendrait encore un mal si, dans le but poursuivi, les moj'cns employés, les suggestious données, et

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par n'importe quelle circonstance, un précepte quelconque de la loi naturelle, de la loi divine ou ecclésiastique, devait être violé.

Elle deviendrait un mal, si la personne qui hypnotise n'a pas une connaissance spéciale suffisante de cette pratique et n'offre pas, au point de vue de l'honnêteté comme de la compétence, toutes les garanties.

Enfin elle deviendrait un mal, si un homme se livrait et s'abandonnait sans but défini, sans condition et sans restriction, à un opérateur, parce que l'homme n'a pas sur lui-même un di'oit aussi absolu.

Je dirai donc de l'hypnose volontaire ce que dit saint Thomas des actes indifî'érents '. Elle n'a point par ellemême de moralité définie et complète. Elle devientbonne ou mauvaise moralement, suivant le but auquel on l'ordonne et les circonstances, suivant qu'on l'emploie, ou non, a qua/uIooj)orfef,ef uht Oj)orfet,et sicutojwrtet, etc. ))2. « Quelqu'un n'est pas répréhensible au point de vue de la vertu, écrivait Aristote, du seul fait qu'il se met en colère, mais s'il s'indigne d'une certaine façon 3. » Il en va de même de celui qui se fait hypnotiser.

Je n'ajoute plus que deux réflexions :

La première, c'est que la valeur des raisonnements que je viens de tenir ne pourra être bien appréciée qu'après mon exposition delà théorie psychologique de l'hypnose.

La seconde est que je dis volontiers de l'opinion que je viens de proposer ce que saint Augustin disait de sa

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