De la suf/gestion, p
à l'aventure, aux très grands risques et périls, comme nous le verrons plus tard, des pauvres sujets. Quant aux vrais hypnotistes \ ils seront toujoui-s en aussi petit nombre que le sont les hommes doués tout ensemble d'une science psychologique profonde, d'un grand talent d'observation, d'une perspicacité remarquable, d'une présence d'esprit, d'une énergie de volonté et d'une patience à toute épreuve.
Mais pouvons-nous tous être hypnotisés ?
L'opinion ordinaire des gens qui raisonnent a priori sur l'hypnotisme et qui en parlent sans l'avoir étudié, c'est que pour être hypnotisé, il faut être nerveux, chétif, anémié, rachitique, maladif; et que si les femmes peuvent assez facilement entrer en hypnose, cela n'arrive point, ou n'arrive qu'exceptionnellement aux hommes.
Toutefois, il n'y a pas que le vulgaire qui soit partisan de l'hypnotisation restreinte. Des savants de la plus haute valeur, et qui se sont acquis justement dans la matière une renommée aussi universelle que méritée, soutiennent eux aussi que nous ne sommes pas tous
1. (( On appelle lojpnotlste celui qui hypnotise dans un but (et suivant une méthode) scientifiques : hi/pnotiseur celui qui hypnotise par profession et en amateur ». D«" Albert Moll, Der Ihjpnotismus , p. 19.
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accessibles au sommeil hypnotique. Il est vrai qu'ils admettent que l'on peut endormir les hommes à peu près aussi facilement que les femmes ; mais ni toutes les femmes, ni tous les hommes, selon eux, ne sont hypnotisables. Les hystériques seuls de l'un et de l'autre sexe ont ce privilège, si c'en est un. De là cette formule qui résume leur idée : « Tout hystérique n'est pas hypnotisable, mais tout hypnotisable est un hystérique. » Cette manière de voir est celle deM.Charcot et de toute la célèbre école de la Salpêtrière.
D'autres savants également distingués soutiennent pourtant un avis tout contraire. D'après eux, l'hypnotisme n'a rien à faire avec l'hystérie ; et il est permis de dire, à peu près sans restriction, que tous les hommes peuvent être endormis. L'un des plus considérés parmi ces savants exprime ainsi sa pensée : « Tout homme sain d'esprit est naturellement hypnotisable à un degré ou à un autre : si quelqu'un ne peut entrer en hypnose, c'est uniquement le fait de certaines dispositions psychiques accidentelles et passagères ^ . »
Xous n'avons point à nous occuper ici de l'opinion des ignorants : mais il nous faut, par contre, accorder la plus sérieuse attention aux deux thèses contradictoires rapportées tout à l'heure et que nous voyons soutenues Tune et l'autre par des hommes éminents.
Les principaux champions de la thèse de M. Charcot sont : MM. Paul Richer, Gilles de la Tourette, Babinski, Pitres. Tous font valoir les mêmes arguments ;
l.Forel, Z)er Hf/pnotismuSj p. 35.
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mais il semble que M. Pitres les a présentés avec une force et une clarté particulières, dans une leçon qu'il a intitulée : ce Des nqijwrts de V hystérie et de Vhyjmotisme * ». Aussi est-ce de lui que nous voulons les entendre : laissons-lui la parole :
ce Un premier fait qui ressort nettement de l'expérience de tous les cliniciens et qui n'est, je crois, contesté par personne, c'est que l'hypnose spontanée est un épisode symptomatique de l'hystérie. Par cela seul qu'un malade est sujet à des attaques de léthargie, de catalepsie ou de somnambulisme, on en peut induire qu'il est hystérique. De même, l'hypnose qui se produit sans provocation expérimentale, à la fin des grandes attaques convulsives des hystériques, fait partie intégrante de la symptomatologie des attaques qui la précèdent. Elle est, elle aussi, une manifestation de nature hystérique. Or, l'hypnose expérimentale est la reproduction fidèle de l'hypnose spontanée. Entre un malade en état d'attaque de sommeil et le même malade hypnotisé expérimentalement, il n'y a aucune différence appréciable : tous les symptômes sont identiques. Il est dès lors naturel de supposer que l'hypnose expérimentale n'est que la reproduction artificielle d'un état pathologique susceptible de se développer spontanément dans le cours et sous l'influence directe de l'hystérie. »
Telle est la première raison de M. Pitres : voici la seconde :
« Une seconde raison non moins importante, ce me
1. Leçons cliniques sur l'hystcrie et V hypnotisme, II, p. 346.
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semble, c'est que tous les symptômes que l'on observe chez les sujets hypnotisés peuvent se rencontrer sur des hystériques à l'état de veille et font éventuellement partie du cortège des symptômes de l'hystérie... Nous savons que les manœuvres hypnogènes ont pour effet de déterminer, chez certains sujets, l'apparition de phénomènes musculaires, sensitifs ou psychiques, dont la sériation régulière ou irrégulière constitue des formes typiques du grand hypnotisme ou les formes frustes et incomplètes du petit hypnotisme... Eh bien ! si chacun d'eux peut exister isolément chez des hystériques en dehors de l'hypnose provoquée, n'est-on pas en droit de les considérer comme des accidents de nature hystérique, quand ils se montrent réunis à la suite de manœuvres expérimentales ^ ? »
Le reste de la leçon est une démonstration clinique en règle des faits qui viennent d'être allégués.
La réponse des adversaires à ces raisons est courte et vive, sinon décisive. Vos raisonnements, disent-ils en substance à M. Charcot et à ses partisans, sont subtils, vraisemblables, probables tant que vous voudrez. Mais que deviennent vos vraisemblances et vos probabilités, en présence de ce fliit notoire, indéniable, qu'on hypnotise tous les jours des gens qui n'ont pas et n'ont jamais eu la moindre atteinte d'hystérie ? Toutes les personnes que vous hypnotisez, assurez- vous, sont hystériques : ce n'est pas surprenant, vous choisissez vos sujets en vue d'étudier et de cultiver l'hystérie, vous opérez exclu-