‹ L'hypnotisme francChapitre 236 sur 240 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De tout ce que nous avons vu jusqu'ici il ressort premièrement :

Que trois conditions sont requises pour qu'il y ait hypnose: l'une qui regarde le sujet, l'autre, l'opérateur, la troisième, le moyen que celui-ci emploie.

Dans le sujet, il faut un état d'âme où l'exercice des facultés de contrôle et de gouvernement personnel soit actuellement très diminué ou même tout à fait suspendu, avec aptitude dans les facultés inférieures à subir, eu l'acceptant, une influence et une direction venues du dehors ; — il faut de la part de l'opérateur une influence et une direction efficaces exercées sur les facultés du sujet ; — enfin, le moyen par lequel l'opérateur exerce cette influence et cette direction, doit être la parole articulée. Si ces trois conditions sont réunies, il y a hypnose ; si l'une d'elles manque, l'hypnose n'existe plus. Voilà pourquoi la télépathie, le magnétisme, le spiritisme, l'occultisme n'appartiennent pas, par définition, à l'hypnotisme fi-anc.

L'hypnose ordinaire, sous sa forme classique, pour ainsi dire, est accompagnée du sommeil avec les caractères extérieurs que tout le monde connaît au sommeil. Pourtant il peut y avoir hypnose sans sommeil, au sens ordinaire et selon toute la compréhension du mot. L'on rencontre en effet des sujets qui sont suggestibles et ne sont pas endormis. Toutefois, ces sujets, bien qu'il paraissent éveillés, présentent, sous l'influence de la suggestion, les deux signes principaux que nous avons dit accompagner le sommeil : fonctionnement irrégulier des sens, contrôle insuffisant et direction inefficace de la partie rationnelle. Il se peut donc que leur état, en hypnose, soit un sommeil vrai, quoique incomplet : en tout cas, c'est un état fort semblable au sommeil .

Cela supposé, nous pouvons dire que l'hypnose est : un sommeil ou un état anahtjm au sommeil ^ (kms lequel V activité psychique d'un sujet est influencée et dirigée du dehors^ par suggestion verhale.

Au moyen de l'hypnose renfermée dans ces limites précises, l'on a obtenu les effets les plus divers, allant de l'hallucination simple jusqu'aux exsudations sanguines, jusqu'à l'hémorragie instantanée. Nous avons examine dans le détail les plus remarquables de ces phénomènes, invoquant tour à tour les principes de la psychologie thomiste et les découvertes de la physiologie contemporaine : le résultat de notre examen a été que plusieurs

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de ces phénomènes n'offrent, pour un psychologue, aucune difficulté, — que le pouvoir scientifiquement constaté de l'imagination les explique presque tous, — enfin qu'il n'en est aucun qui soit disproportionné aux énergies connues de l'âme humaine. Les grands théologiens eux-mêmes sont venus rendre témoignage en faveur de cette interprétation naturelle des faits.

Donc, au nom de la théologie comme de la philosophie, je conclus que :

L'hypnose, telle que nous l'avons définie, n'est, en soi ni préternaturelle, ni diabolique.

Employée par des opérateurs honnêtes, à la fois psy chologues et médecins, le traitement hypnotique a pu être appliqué à des milliers de sujets, sans que la santé d'aucun et le fonctionnement normal de ses facultés aient été compromis. Beaucoup ont été guéris de leurs maladies, ou notablement soulagés dans leurs souffrances. Plusieurs doivent à l'hypnotisme la vie. A l'égard d'hommes tombés dans l'abrutissement de l'ivrognerie et de la débauche, d'enfants dégénérés, il a été employé avec succès, comme moyen thérapeuthique secondant les moyens d'ordre moral.

L'hypnose n'est donc pas essentiellement malfaisante.

En ce qui concerne la question de moralité, nous ob-

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servons que ce n'e.st point une perfection due à la nature de l'homme qu'il ait toujours actueUement l'usage de la raison et la maîtrise de soi, ni qu'il ait toujours actuellement conscience de ce qu'il dit et de ce qu'il fait : nous observons encore que ce n'est point à l'homme une perfection due, qu'en toute chose et toujours il se dirige lui-même actuellement d'une direction qui s'étende jusqu'aux détails ; mais, au contraire, que souvent son ignorance et son impuissance lui imposent en matière de science, d'affaires, de santé, de vie morale, le devoir comme la nécessité d'accepter et de suivi'e ponctuellement, et sans pouvoir les discuter, les enseignements et prescriptions d'autrui ; qu'en bien des cas, c'est faire acte de clairvoyance parfaite que d'obéir aveuglément ; enfin que l'homme, parce qu'^Y se confie, ne se livre pas. Dès lors nous ne voyons plus pourquoi un homme qui voudrait se faire hypnotiser et un autre qui l'endormh'ait, poseraient un acte immoral, en soi et de soi. L'acte sans doute sera immoral, si le sujet n'a pas de motif raisonnable de se faire hypnotiser, s'il s'adresse à un opérateur inexpérimenté ou malhonnête, s'il se propose une fin mauvaise, s'il ne s'assure pas, par la présence de témoins intelligents et dévoués, que la suggestion ne dépassera pas les limites que son bien réclame ; mais alors l'acte deviendra délictueux pour l'une ou l'autre des causes que je viens d'énumérer : — de lui-même, il n'est ni bon, ni mauvais.

Que si l'on veut, à toute force, que l'hypnotisation, active ou passive, de soi et en général, soit un acte mauvais au sens philosophique et théologique du mot, nous

avons démontré que cet acte, de soi et en général mauvais, peut, comme beaucoup d'autres, devenir légitime par le fait de certaines circonstances, *( Itonestaripotest ».

Et c'est pourquoi nous concluons que :

L'hypnose n'est pas toujours défendue, mais est permise quelquefois.

Quant à la prétention exprimée par quelques-uns de créer, au moyen de l'hypnose, nne psychologie nouvelle, d'étendre la portée de l'esprit humain, et d'imprimer à toute la civilisation un mouvement gigantesque, ce n'est qu'une de ces illusions naïves auxquelles plusieurs savants de notre siècle semblent particulièrement sujets. L'hypnose n'étant guère autre chose, au fond, (\vCun rêve dirigé, et excluant, précisément dans ses états les plus curieux, l'observation psychologique personnelle, est radicalement inapte à réaliser aucun de ces prodiges.

L'hypnotisme, à plus forte raison, ne fait point de miracles. Tous ses phénomènes s'expliquent par les causes naturelles : et si l'on observe la manière dont les plus grands hypnotistes opèrent, ils se distinguent aussitôt des thaumaturges. Les thaumaturges agissant par la puissance divine qui « n'est limitée ni à un seul genre d'effets ni à une seule manière de les produire » ', qui

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