Leçons cliniques sur Vhf/stériej etc., t. II, p
d'un profond sommeil, il leur appliquait légèrement le doigt sur le front, ou mieux encore sur le creux de l'estomac. Après quelques minutes, il interrogeait ces personnes; et, souvent, il arrivait qu'elles lui répondaient sans se réveiller, et présentaient les caractères du somnambulisme. MM. Liébeault, Delbœuf, Forel, Baillif, Rifat, ont vérifié ce fait, à maintes reprises'.
Il me semble que de tels faits, si bien établis, imposent une importante restriction à la fameuse assertion de M. Braid : « L'état hypnotique ne peut être déterminé, à aucune de ses périodes, sans le consentement de
la personne opérée Personne ne peut y être soumis,
à aucune période, à moins de consentement libre. y>
Encore faut-il dire, pour être complet et nous mettre en état de juger avec connaissance de cause, que la transformation du sommeil naturel en sommeil hypnotique n'est pas la seule possible. On transforme de même le sommeil anesthésique. M. le D"" AbdonSanchez Herrero, de Yalladolid, nous fournit sur ce chapitre les renseignements les plus précis et confirme ce fait par des expériences nombreuses et concluantes. Son procédé et les résultats qu'il obtient nous seront connus par le cas typique suivant :
Une dame malade se présenta un jour à sa consultation, se disant prête à suivre tel traitement qu'il jugerait utile, hormis l'hypnotisme, qu'elle tenait pour pratique diabolique. M. Herrero, jugeant, au contraire, que
1. Liébeault, Le sommeil provoqué, etc., p. 16. — A. Moll, Der Hi/pnotismusj p. 31. — Beaunis, Le somnaînbidismej^rovoqué, p. 33.
l'hypnotisme seul pouvait la guérir, crut devoir l'endormir malgré elle. Et voici comment il s'y prit. Il lui proposa de la chloroformiser, disant que, pour elle, c'était le seul moyen de guérison. La malade accepta. Quinze grammes de chloroforme versés dans l'inhalateur suffirent pour provoquer, en moins de cinq minutes, la période suggestible du sommeil anesthésique. Le docteur lui fit alors la suggestion de se laisser endormir, de consentira l'hypnotisation. Le lendemain, et le surlendemain, même séance. Le quatrième jour, la malade priait, d'elle-même, M. Herrero de l'hypnotiser suivant la méthode ordinaire : et, pendant deux mois, elle se soumit, sans la moindre difficulté, au traitement hypnotique. M. Herrero a multipKé ses expériences toujours avec le même succès, et, pour lui, cette conclusion est absolument certaine :
« Par la chloroformisation préalable et la suggestion employée dans la période suggestible du sommeil anesthésique, l'on peut toujours produire l'hypnose, quelles que soient les résistances inconscientes ou volontaires opposées par le sujet ' . »
Récapitulons : et voyons la réponse, assez complexe, que donnent les faits à cette question : Peut-on être hypnotisé malgré soi ?
Ou il s'agit de personnes qui ont déjà été hyimotisées, ou il s'agit de personnes qui ne l'ont pas encore été. Si les personnes ont déjà été hypnotisées, fréquem-
1. Lhjpnotîsation forcée ou contre la volonté arrêtée du sujet Premier congrès international dcV hypnotisme, p. 317.
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ment elles pourront être endormies malgré elles, par leur hypnotiseur d'habitude.
Si les personnes n'ont jamais encore été hypnotisées, ou bien elles ont une sensibilité normale, ordinaire, ou bien elles ont une sensibiHté anormale, exagérée.
Les personnes à sensibilité exagérée, anomiale, en particulier les hystériques, souvent ne pourront résister efficacement au sommeil.
Quant aux personnes à sensibilité normale et saine, si elles se soumettent aux manœuvres hypnotiques, elles n'éviteront pas toujours l'hypnose, en dépit de la résistance qu'oppose leur volonté.
Enfin, les personnes bien constituées et bien portantes, qui ne veulent ni du sommeil ni de l'hypnotisation, pourront encore, en certains cas, être réduites à l'hypnose, soit par une suggestion soudaine impérative, soit par la transformation du sommeil naturel, ou du sommeil anesthésique, en sommeil hypnotique.
Comme nos lecteurs le voient, ces conclusions ne sont ni très rassurantes ni très réjouissantes : et, d'après ces données, les honnêtes gens sont encore plus exposés qu'on ne l'avait pensé jusque-là, aux criminelles tentatives des mauvais sujets. « A ceci, repart fort justement M. Beaunis, nous ne pouvons rien... Les phénomènes de somnambulisme sont aujourd'hui entrés dans le domaine public ; tout le monde sait à peu près ce que c'est, et tout le monde en parle, et il serait impossible d'en faire un mystère. Il sera aussi facile à un individu mal intentionné de se mettre au courant des
procédés d'hypnotisme, que de prendre connaissance des propriétés toxiques de l'arsenic ou delà strychnine. C'est au législateur à prévoir les cas que la science lui indique, et à agir en conséquence ^ . »
Et j'ajouterai : c'est a ceux qui ont quelque souci
DE LEUR SÉCURITÉ ET DE LA SÉCURITÉ DES AUTRES, A CONNAITRE, ET A FAIRE CONNAITRE LES ABUS DONT l'hypnotisme peut ÊTRE l'OCCASION ET l'iNSTRU-
MENT. Le meilleur moyen de conjurer un péril, n'est-ce pas de s'en instruire, et de le signaler - ?