‹ L'hypnotisme francChapitre 41 sur 240 · Moll, Der Hi/pnotismiis, p · texte numérisé non relu

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essaie, mais en vain. Je lève son bras gauche : il demeure en l'air, si bien qu'il ne lui est pas plus possible de l'abaisser que d'abaisser les paupières. J'interroge notre homme : (( Dormez-vous? — Oui. — Profondément? — Oui. y> Dans cet état je puis lui faire exécuter, voir et sentir tout ce qui me plaira Mais

voici ce qui est 2)his surprenant : Avec moi, dans ce salon, se trouvent deux de mes amis. Le sujet ne paraît ni les voir, ni les entendre, alors qu'il m'entend et me répond si bien. L'un deux prend son bras, et le lève, comme je l'avais fait : le bras retombe comme mort. En vain lui ordonne-t-il de tenir sou bras en l'air, notre dormeur n'en fait rien. Il n'obéit qu'à mes ordres, il n'est en rap2)ort qiCavec moi^. »

Cette expérience, qui ressemble d'ailleurs à mille autres, qu'on peut renouveler à chaque instant, nous apprend deux choses capitales : premièrement, qu'il existe un rapport spécial, rapport d'influence, entre l'hypnotiseur et rhypnotisé; secondement, que l'hypnotiseur peut éveiller et mettre en branle l'activité de l'hypnotisé, en lui donnant l'ordre, ou en lui suggérant l'image d'un acte à accomplir. Rapport, suggestion et suggesti-

1. Ber Ilypnotismus, p. 17, Versuch iv. — Dans un autre travail, fort remarquable, publié en 1892 par la Société des études psychologiques, et intitulé : Der Rapport in der Hypnose, M. Albert Moll recherche quelle est la nature du rapport hypnotique, comment il se produit, comment il cesse, comment il se constate et se mesure, s'il existe toujours où il y a sommeil provoqué, s'il peut se transmettre, s'étabUr entre un sujet et plusieurs personnes, etc. Nous ne saurions aborder toutes ces questions ; mais plusieurs se trouveront résolues au cours de notre étude.

bilité, tout rhjnotisme tient dans ces trois termes. Mais qu'on veuille bien remarquer surtout ce mot de suggestion : car, pour qui sait l'entendre, il exprime un merveilleux pouvoir, une force d'une portée immense.

Sans la suggestion, il n'y a pas d'hypnose, ou du moins l'hypnose mérite à peine qu'on s'en occupe. Avec la suggestion, l'hypnose devient un des plus captivants et des plus nobles sujets d'étude ; car la suggestion est une source intarissable de problèmes, comme de prodiges.

Mais, pour ne point paraître enfler la voix plus que de raison, n'insistons pas davantage, et arrivons aux faits : ils parleront assez haut.

Dans un de ses cours à la Faculté de Bordeaux, M. Pitres, voulant démontrer expérimentalement à ses élèves la puissance de la suggestion, venait d'endormir une de ses malades. « Regardez Albertine, disait-il ; sans préambule aucun, je lui dis : « Voyez donc le singe qui est devant vous. » Aussitôt elle rit aux éclats, c Qu'il est laid I dit-elle ; il fait des grimaces, il a des culottes rouges. » Et riant encore plus fort, elle ajoute : c( Regardez donc comme il se gratte drôlement. »

« Par le fait seul que nous avons dit à la malade qu'un singe était devant elle, nous avons suggéré une hallucination visuelle. Elle voit actuellement un singe. Il est là, devant elle, grimaçant et grotesque. Elle suit ses mouvements ; elle ne perd pas un de ses gestes. Ce

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n'est pas l'idée du singe, ni même l'évocation psychique des traits simiens par un phénomène de vision mentale, qui la fait rire aux éclats, c'est la vue d'un singe concret, dont elle a sous les yeux la représentation sensorielle, d'un singe qui agit et se meut devant elle et dont elle peut par conséquent décrire les formes, la taille, les gestes, etc., tout comme l'aliéné halluciné peut décrire dans leurs plus petits détails les caractères des visions qui l'obsèdent.

c( Quelques mots ont suffi pour faire naître l'hallucination du singe, quelques mots suffisent pour la dissiper et en provoquer une autre. Je n'ai qu'à dire : <( Tiens, le singe est parti ; il y a maintenant à sa place une cage avec des oiseaux, j) Tous voyez qu'aussitôt Albertine cesse de rire bruyamment ; elle fait deux pas en avant, et si nous lui demandons maintenant ce qui l'occupe, elle nous répondra qu'elle regarde les oiseaux qui sont dans la cage. Elle nous les décrira du reste avec tons les détails que nous voudrons. Ce sont des tourterelles blanches; la cage est longue d'un mètre; elle est en fil de fer ; son intérieur est traversé par deux bâtons ; les tourterelles sont toutes deux sur le bâton le plus élevé ; elles se becquètent ; dans le coin, à droite de la cage, il y a un nid avec trois œufs, etc. Si je réveille brusquement la malade, en soufflant sur ses yeux, l'hallucination disparaît aussitôt. Albertine ne voit plus rien, ni cage ni tourterelles; elle ne se rappelle avoir rien vu ^ »

1. Leqons cliniques mr l'hyd:! le et l htfpnotisme, II, p. 158.

Un jour que j'avais accompagné M. le docteur Bernheim à l'hôpital, pour sa visite du matin, nous nous trouvions dans une salle contenant une quarantaine de malades. La plupart gardaient le lit. Cinq ou six, seulement, plus vaillants que les autres, étaient debout, et, mêlés aux internes qui accompagnaient le maître, suivaient avec un vif intérêt les petits incidents de la consultation. Tout à coup, le docteur fixe l'un d'eux en lui adressant quelques paroles, presque à voix basse. Il n'en avait pas fallu davantage pour endormir le malade. C'était un petit homme, d'une cinquantaine d'années, dont la physionomie, justement, m'avait frappé, et dont je m'amusais depuis quelques instants à deviner, à part moi, l'histoire. Je lui trouvais la tête bien modelée et le front d'un homme intelligent : malheureusement, son nez aplati et large, un peu vivement teinté, la découpure et le pli voluptueux de ses lèvres, ses yeux surtout brillant, ou luisant, de cet éclat froid d'un petit verre de trois-six, son attitude inconsciemment frondeuse, ses habits déchirés, m'avaient fait bien vite descendre de l'idée que j'avais eue d'abord, de quelque inventeur tombé dans la misère, à celle d'un simple ouvrier de faubourg, viveur, gouailleur, dont cette perfide bouteille avait pelé la tête et vidé la bourse. On me dit que j'avais trop bien rencontré. L'alcool avait notablement dérangé le système neiTeux du brave homme, sans l'amener pourtant jusqu'à l'abrutissement complet.

« Vous voyez cet homme, nous dit à un moment 'M. Bernheim de sa petite voix douce, chantante, mais

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si singulièrement pénétrante : dans cinq minutes, ira à son lit — y verra un chien couché — qui a fait de vilaines choses dans ses draps — il le battra, tâchera de le saisir — et le poursuivra à travers la salle. »

Le malade écouta ces paroles avec une indifférence complète, et ne parut pas plus s'en préoccuper que s'il se fût agi d'un autre. Il resta au milieu de nous, et suivit la visite comme il l'avait fait auparavant. Cependant, je ne le perdais pas de vue un instant, et je pus observer tout à mon aise l'effet de la suggestion donnée. Il suivait nonchalamment le groupe d'internes qui accompagnait M. Bernheim aux lits des malades, quand, soudain, il s'arrête sec et relève un peu la tête : au même instant une lueur brille dans ses yeux. C'était la première apparition de l'idée.

Rien n'est curieux comme de voir ainsi poindre l'idée d'un acte à accomplir, dans le regard d'un homme. C'est comme un éclair qui subitement arrête le cours actuel de son activité. Si elle revient, elle ne l'arrête plus seulement, mais elle tend à en changer la direction. C'est ce qui arriva pour notre hypnotisé. Le premier choc de ridée passé, il avait fait un pas en avant, et allait poursuivre : mais l'idée revient, son œil brille de nouveau, il s'arrête encore, et un petit mouvement d'épaule de gauche à droite, net et rapide comme un frisson, marque bien que la seconde touche a été plus forte que la première. A un troisième coup, il se tourne tout à fait dans la direction de son lit, hésite deux ou trois secondes, et enfin s'achemine.

Arrivé, il prend machinalement son édrcdon et le

pose par terre, toute la salle le regardant eu silence. Puis il rabat la couverture avec le drap de dessus... Un chien était là, couché. La surprise le fait reculer d'un pas ; mais aussitôt le rouge lui monte au visage, et, dans un mouvement de colère, il se précipite pour battre l'animal. Celui-ci le prévient en sautant à terre. Il regarde alors ses draps... Dame, ce n'était pas un beau spectacle. « Oh î l'animal î Oh ! la sale bête ! » Il regarde sous le lit : le chien était là, blotti contre le mur. Il s'agenouille, et allonge la main pour le saisir. Le chien s'éloigne. En vain le pauvre homme fait deux fois, à genoux, le tour de son lit : le chien se tient toujours hors de sa portée, jusqu'à ce que, se sentant serré de trop près, il s'échappe à travers la salle. L'homme se relève et se précipite après lui, courant, et le dévorant des yeux. Mais déjà le chien a franchi la porte ; il ne peut que le suivre du regard, qu'il projette vainement sur les longs corridors. A ce moment il s'arrête, fait demi-tour à di'oite, et revient à son lit, qu'il arrange tant bien que mal. Après quoi, il nous rejoint, sans paraître se douter le moins du monde du spectacle comique qu'il vient de nous donner; la figure calme, comme si rien n'était arrivé. — ce Qu'avez-vous fait ? lui dit M. Bernheim. — Rien. — Après quoi couriezvous tout à l'heure ? — Après rien. — Pourquoi avezvous défait votre lit ? — Je ne sais pas, moi... c'est une idée qui me sera venue, y) L'hallucination avait été complète.

ce Les hallucinations ainsi provoquées peuvent être nettes comme la réalité; le sujet, même sachant que

c'est une hallucination, ne peut s'y dérober. On peut s'en rendre compte quand on opère sur des personnes très intelligentes. J'endors récemment une jeune fille d'une intelligence remarquable, d'un esprit positif, nullement vaporeuse, et dont je puis garantir la bonne foi. A son réveil, je lui fais voir une rose fictive. Elle la voit, la touche, en perçoit l'odeur; elle me la décrit; puis, sachant que je pouvais lui avoir donné une suggestion, elle me demande si la rose est réelle ou imaginaire, ce II me serait absolument impossible, dit-elle, de faire la différence. » Je lui dis qu'elle est imaginaire. Elle en est convaincue, et, malgré cela, elle assure qu'elle ne peut pas par un effort de volonté la faire disparaître. « Je continue, dit-elle, à la voir, à la toucher, absolument comme si elle était naturelle, et vous mettriez une vraie rose à la place ou à côté que je ne saurais les distinguer. ):> Je la lui fais voir encore pendant dix minutes; elle la tourne, la change de place, etc., elle est parfaitement éveillée et discute froidement le phénomène. Puis, je lui dis : « Regardez-la une dernière fois, file va s'évaporer. :» Alors elle la voit devenir moins distincte, nuageuse, et s'effacer insensil)lement ', »

Si l'on peut donner de pareilles liallucinations, l'on peut à plus forte raison procurer de simples illusions, où l'on prend un objet pour un autre, et où Ton perçoit dans les choses des qualités qui n'y sont point. Ainsi, que l'on dise à un somnambule, en lui montrant une chaise : « Voici un chien ;o, il verra un chien : et en

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