‹ L'hypnotisme francChapitre 45 sur 240 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

étranges phénomènes qui accompagnent l'hypnose.

(Suite.)

Après ce que je viens de rapporter sur les hallucinations et les illusions de la vue en l'état dit hypnotique, rien de ce qui se passe durant l'hypnose ne paraîtra plus surprenant. Il s'y passe pourtant encore des choses bien curieuses. M. le docteur Pitres et M. Bernheim vont nous en convaincre tout à l'heure.

Transportons-nous à la clinique de l'éminent professeur de Bordeaux, et suivons ses expériences. Le sujet sur lequel il opère est cette jeune hystérique, Albertine, qu'il nous a déjà présentée.

Il l'endort, et, à un moment où la rue est profondément silencieuse, il lui dit qu'une musique militaire passe, et qu'elle écoute, ce Elle déclare qu'en effet les musiciens jouent une belle marche; elle paraît ravie d'entendi'e les tambours et les clairons, et si, pour lui faire mieux définir ses sensations, j'ajoute que je ne distingue pas très clairement cette musique, elle me répond ce mot charmant : « Il faut que vous soyez sourd, car ils

98 l-hypxoti>:me franc.

font assez de bruit. )> Mais si j'affirme nettement que la musique a cessé de jouer, l'hallucination cesse du coup, et la malade n'entend plus ni clairons ni tambours ' d.

L'habile expérimentateur continue :

« Les illusions suggérées des sens du goût et de l'odorat peuvent également donner lieu à des expériences très convaincantes. Je Yer:;e un liquide dans un veiTe et je l'offre à Albertine en lui disant que c'est de l'anisette : elle le déguste avec délices. Or ce liquide n'est autre chose que de la tisane d'hôpital. Je mets sur sa langue de la poudre de sucre, et je lui dis que c'est de l'aloès : elle crache aussitôt, s'essuie la langue avec son mouchoir et me reproche vivement de lui avoir fait avaler ce une saleté pareille, si amère et si désagréable ». Pour lui faire passer ce goût, je lui offre une gorgée d'eau sucrée qu'elle boit avec le plus grand plaisir et qu'elle trouve excellente, bien qu'en réalité ce soit une solution fort amère de sulfate de quinine. Enfin pour achever de chasser le goût de l'aloès, je lui offre une pomme, et vous voyez qu'elle y mord à belles dents et parait se régaler en croquant une pomme de terre toute crue.

ce Des phénomènes de même ordre se produisent sur le sens de l'odorat. « Vous aimez l'odeur de l'eau de Lubin, Albertine ? — Oui, Monsieur, beaucoup. — En voici un flacon, sentez-le. » C'est en réalité un flacon d'ammoniaque qu'elle renifle avec délices ; elle le trouve même si parfumé qu'elle nous prie d'en verser quelques gouttes sur son mouchoir. Voici un autre flacon que je

1. Leçons d'iniques sur l'IIi/stéric et ll/i/pnotisme, t. II, p. 150.

mets sons son nez en lui disant : «: Je ne sais pas ce que c'est, mais ça sent bien mauvais. — Quelle horreur I répond-elle en le repoussant violemment, ça sent le pourri. » En fait, le flacon contient de l'eau pure, et n'a aucune odeur appréciable ' . »

Encore plus étonnant, ^I. Bernheim avec son Théophile, garçon de quatorze ans, entré à l'hôpital pour une néphrite, dont il fut du reste bientôt guéri.

« Théophile a l'ouïe très bonne ; l'oreille droite entend le tic tac d'une montre à 94 centimètres, l'oreille gauche à 87. Je lui dis : a Tu entends très bien et très loin de ton oreille gauclie, mais ton oreille droite entend difficilement de très prè?. »

<( Je mesure la distance à laquelle est perçu le tic tac de h montre, et j'obtiens 87 pour l'oreille gauche, et 2 centimètres seulement pour l'oreille droite. Je suggère le transfert qui se produit. Ces mensurations sont prises par mon chef de clinique, pendant que je tiens les yeux de ce jeune garçon hermétiquement fermés, ce qui me paraît exclure toute cause d'erreur.

«. Je suggère une surdité complète unilatérale : il me dit ne pas entendre la montre appliquée contre l'oreille ; je transfère la surdité de l'autre côté. Je suggère une surdité complète bilatérale : il affirme ne plus entendre le tic tac de la montre, ni de l'une ni de l'autre oreille-. »

Il va sans dire que M. Bernheim joue avec la sensibilité générale, tout comme avec les sens particuliers. Écou-

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