Le Merveilleux scientifique, p
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plaît, SOUS des couleurs si vives que l'hypnotisé, parfois même après le réveil, ne sait plus distinguer antre le fantôme et la réalité. Mais peuvent-ils avec le même succès faire appel au sentiment et provoquer les émotions ? — Sans aucun doute.
J'ai vu des hommes, au moyen d'une série de suggestions bien conduites, passer en quelques minutes par tous les degrés qui séparent une désolation profonde de la joie délirante. « Tous êtes mélancolique, vous êtes triste, vous êtes horriblement affligé : vous êtes content, vous voilà joyeux, vous êtes très gai. » Et, suivant le cas, les traits du visage se contractaient ou se dilataient, des larmes perlaient aux paupières ou un éclair de satisfaction brillait à la prunelle, nous entendions des lamentations déchirantes, ou des rires éclatants et des chansons. La crainte, l'épouvante, l'horreur, la colère, la compassion, la tendresse, la dévotion, tous les sentiments imaginables peuvent être efficacement suggérés.
Un jour, l'on avait endormi en ma présence une modeste et timide fillette de douze ou quatorze ans, atteinte de troubles nerveux que les médecins, à bout de ressources, avaient entrepris de traiter par l'hypnotisme. Pour développer la suggestionabilité ' de l'enfant, l'opérateur présentait à son imagination une suite variée de tal>leaux, et lui commandait certains actes
1 . M. Durand de Gros, dans son nouveau livre, Le Merveilleux scient IJiquej p. 167, trouve que le mot suggestibilité, dit d'un sujet, est impropre et inexact. Un sujet n'est pas suggestible, mais suggestionnable. Il me semble avoir raison.
simples et faciles qu'il savait répondre à ses goûts. a Vous êtes dans un beau jardin, rempli de fleurs, venait-il de lui dire. Voici des roses, des lis, des œillets, un buisson de jasmin... » Et l'enfant souriait émerveillée du spectacle qui s'offrait à ses yeux. « Je vous permets de faire un bouquet. » Son visage rayonna de bonheur. Aussitôt elle se penche et se met au travail. De la main droite, elle détache une première fleur qu'elle sen'e dans sa main gauche : et la voilà qui coupe autour d'elle et ramasse lis, œillets et roses, toujours assise sur son fauteuil, — car il paraît que les fleurs viennent d'elles-mêmes se faire cueilhr. Du reste elle ne les prend point au hasard; sa main hésite et fait son choix ; elle les dispose avec ordre ; le bouquet sera suivant les règles... ce Votre bouquet est charmant, il s'en dégage un parfum exquis. » Elle le contemple et l'odore à plusieurs reprises avec une complaisance et une satisfaction marquées... « Si vous m'en croyez, vous allez offrir ce beau bouquet à la Vierge... demandez-lui avec ardeur qu'elle vous guérisse. » Aussitôt la pauvre enfant se dresse sur le bord du fauteuil, élève de ses deux mains le bouquet, et fixe un regard suppliant sur le point de la muraille où elle se représente la Madone. Son visage prend une expression de ferveur candide qui émeut tous les assistants ; elle agite doucement les lè- ^Tes, puis ses joues se colorent vivement, la poitrine se soulève et la respiration devient haletante... Il n'eût pas été prudent de laisser durer et grandir une telle exaltation... « Le bouquet est accepté... il n'est plus entre vos mains... Vous voilà contente, et parfaitement
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à votre aise. » Et à l'instant elle se calme et tout en elle exprime la tranquillité et le bien-être.
Et la mémoire? Se défendra-t-elle mieux que les autres facultés ? M. Liégeois va nous édifier sur ce point.
<£ L'une des plus curieuses expériences faites à Nancy par Hansen, le magnétiseur qui a expérimenté en 1879 à Brcslau, devant M. le professeur Heidenhein, l'une de celles qui excitaient parmi les spectateurs le plus vif étonnement, consistait dans la production d'une amnésie partielle. Le sujet questionné sur ses noms, prénoms, âge, lieu de résidence, répond d'abord comme il convient, puis, on lui affirme qu'il a oublié tout cela, qu'il ne sait plus qui il est, dans quelle ville il se trouve, etc. Interrogé de nouveau, il déclare qu'en effet il ne peut plus répondre à ces questions ' . »
En fait d'amnésie partielle, une des formes les pîus singulières est assurément ce que l'on appelle l'onomatomanie, ou impuissance de la mémoire à se rappeler les noms propres. M. Liégeois est parvenu à la reproduire expérimentalement. Il avait à sa disposition deux sujets intelligents qui suivaient depuis quelque temps la clinique du D'' Liébeault, un jeune homme âgé de seize ans, M. Paul N..., et une jeune fille âgée de vingt ans, ]M"^ M..., pour vue du brevet de l'enseignement supérieur.
Un jour, il leur suggéra pendant le sommeil qu'une fois réveillés ils auraient perdu la mémoire des noms propres. Et en effet, il leur fut impossible d'en retrouver un seul, pas même le leur.