‹ L'hypnotisme francChapitre 50 sur 240 · Lit-geois, De la sugg^dion et du somnambulisme , p · texte numérisé non relu

Lit-geois, De la sugg^dion et du somnambulisme , p

Peu de temps après, M. Liégeois renouvelle l'expérience : même résultat.

<r Je l'interroge (M. Paul N...) et lui demande successivement de me dire mon nom, celui de MM. Liébeault, Beaunis, etc. Une peut répondre. Je le prie de me dire dans quelle rue il demeure. Cette rue portait un nom propre, il lui est impossible de me l'indiquer, ce Et moi, où demeuré-je? — Rue delà Source, — Paroù passe-t-on pour aller dans cette rue ? — Rue de la Monnaie. — Et après ? « Il ne me répond plus, parce que les autres rues portent des noms propres. Il ne peut se rappeler le nom des rues Stanislas, Saint-Dizier, etc.. Variant l'expérience, je dis à Paul N... et à M ^'-' M... : ce Quand on vous dira un nom, vous pourrez le répéter une fois, mais pas davantage. Comment m'appelle-t-on ? — Liégeois. — Vous dites ? » Silence complet, (c Et cette personne qui est là ? — M. Liébeault. — Tous avez parlé si bas que je n'ai pas entendu. Répétez, s'il vous plaît. ^^ Même mutisme.

(( Enfin, comme dernière expérience, je leur ai suggéré qu'ils ne pouvaient plus conjuguer aucun verbe, et qu'ils seraient forcés d'employer l'infinitif. Dès lors, ils se mirent à causer ensemble un vrai langage nègre. « Vous venir ici, moi étudier le soir, puis dessiner etc. »

« Cette expérience paraissait contrarier Paul X... et M"^ M... J'y mis fin promptement. Les deux sujets, pendant le cours de ces essais, étaient manifestement en proie à l'agacement et semblaient souffrir de ne pouvoir retrouver le mot cherché ' . »

1. Liégeois, De la suggestion et du somnamlulisme , p. 348. l'hypnotisme franc. 7

Du reste, on peut produire par suggestion, non seulement l'amnésie partielle, mais la perte totale des souvenirs. M. Liégeois y a réussi plusieurs fois.

« Je dis à M°" T... « Vous ne vous souvenez plus de rien : vous ne savez pas si vous êtes morte ou vivante, homme ou femme, si vous êtes mariée, si vous avez des enfants, etc. A tout ce qu'on vous demandera vous répondrez invariablement : a Je ne sais pas. »

(c Interrogée par quelques-uns des assistants, M*"'' T

dont le regard a pris une étrange expression de stupeur, répond à tout le monde : Je ne sais pas..., je ne sais pas..., je ne sais pas. Son cerveau semble avoir été, en un instant, privé de toutes les idées qu'a pu y imprimer sa vie passée : il ne présente plus qu'un vide immense, absolu, insondable !

« Renouvelée avec M'"® D..., l'expérience a donné un résultat identique. » — Mais l'hypnotisme a une autre façon non moins étrange d'exercer sa puissance sur la mémoire. Au lieu de faire que le sujet oublie ce qu'il savait, il peut faire qu'il se souvienne de ce qu'il n'a jamais su, ni vu, ni entendu. J'en ai moi-même été témoin.

Un matin que M. Bernheim visitait ses malades de l'hôpital Saint-Charles, à Nancy, et qu'il semblait prendre plaisir à nous émerveiller par ses suggestions dont plusieurs nous valaient de vrais petits coups de théâtre, je le vis porter son regard, scrutateur et troublant, sur un grand jeune homme d'une vingtaine d'années, qui jusque-là causait tranquillement au fond de la salle avec un groupe de convalescents comme lui. <( Où étiez-vous hier y> ? lui dit vivement le docteur. — Je

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suis sorti après le déjeuner. — Où êtes-vous allé ? — Chez ma mère, dans le faubourg. — Qu'avez-vous fait en revenant ? — Rien. — Vous n'avez rien fait? — Non. — Et cette dispute ? — Je n'ai pas eu de dispute. — Ah I hier, à deux heures, vous ne vous êtes pas querellé?... là-bas... derrière l'Hôtel de Ville ?... Et un agent de police n'est pas venu... qui vous aurait emmené en prison lorsque ce religieux (il me désignait) est intervenu et a plaidé en votre faveur ? (M. Bernheim me disait alors tout bas : ce Je lui fournis ces détails pour lui permettre de bâtir plus facilement l'histoire que je veux qu'il nous conte. ») — Je vous assure, Monsieur, qu'il n'y a rien eu de tout cela. Je suis revenu tranquillement de chez ma mère, sans rien dire à personne... « Il ne se souvient plus, dit alors aux assistants M. Bernheim, mais vous allez voir, la mémoire lui reviendra tout à l'heure. Tenez, j'aperçois déjà qu'il se rappelle un peu Mais oui, c'était à deux heures, derrière l'Hôtel de ville. — Cela me surprend mais, je croyais

n'avoir rien eu avec personne... — Vous vous souvenez

bien, maintenant l'agent de police le rehgieux

Allons, racontez-nous comment les choses se sont passées Je veux tout savoir Il va tout nous dire. —

Eh bien ! voilà, dit alors le jeune homme, dont le regard avait pris cette expression de vague étrange propre aux

somnambules Je m'en revenais de chez ma mère

deux hommes passent près de moi Tun qui me monte

sur le pied Et comme j'ai perdu un orteil, cela me

fait beaucoup souffrir, et je me fâche... je donne des coups il vient deux agents, qui veulent m'emmener

au poste, derrière l'Hôtel de ville Ce monsieur (il me

désigne) parle pour moi et ils me laissent tranquille — C'est bien là ce qui est arrivé? — Oui,

Monsieur. — Vous mentez. — Xon, Monsieur. — C'est une histoire inventée. — Non, Monsieur. — C'est moi qui vous ai fait accroire tout cela. — Xon, ^lonsieur, je suis bien sûr de ce que je dis. — Vous êtes sûr que c'est arrivé? — Oui, Monsieur, j'en suis sûr. — Vous en jureriez ? — Oui, Monsieur. — Jurez... Il lève la main avec résolution, et la tient indéfiniment haut levée'.

Après cela, il ne nous reste plus évidemment qu'à dire : si l'hypnotisé n'est pas totalement asservi et subjugué par celui qui l'endort, c'est que sa liberté demeure encore et lutte ; sa volonté est le dernier refuge de son indépendance. Hélas ! ce refuge offre bien peu de sécurité et de garanties, Braid écrivait : « L'hypnotisé est sous mon bon plaisir, comme l'instrument de musique est sous la main de l'artiste qui lui fait jouer tous les airs qu'il lui plaît-. » C'est exact. L'hypnotisé arrive à n'avoir plus d'autre volonté que celle de l'expérimentateur.

« Dans l'inertie d'attention où le somnambulisme réduit les sujets, ils ne peuvent se défendre d'accepter les idées que celui-ci (l'endormeur) leur impose ; ils tom-

1. Ce phénomène des hallncinotions rctroactives, ou souveuirs illusoires rétroactifs, comme préfère l'appeler M. Forel, a été le sujet d'une très intéressante communication de M. Bernheim au premier congrès international de l'hypnotisme, tenu à Paris, en avril 1880, Y. le volume des Comptes rendus, p. 201.

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