‹ L'hypnotisme francChapitre 58 sur 240 · P. -iso, etsuiv · texte numérisé non relu

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Comme on le voit, pour une suggestion à échéance aussi longue, celle-ci était passablement compliquée. Une lettre de M. Liébeault apprit aux journaux quel en avait été le résultat. — Il n'est pas besoin de dire qu'un secret absolu avait été gardé par l'expérimentateur, et que personne n'avait rien dit au somnambule qui pût lui faire soupçonner ce qu'on attendait de lui.

(c Le 12 octobre 1886, avant neuf heures, M. Liégeois était chez M. Liébeault. A neuf heures et demie, n'ayant rien vu venir, il croit l'expérience manquée et retourne chez lui.

« Mais, à dix heures dix minutes, arrive le jeune Paul : il adresse à M. Liébeault les remerciements qui lui ont été suggérés un an auparavant et dont l'idée, latente pendant 365 jours, vient de lui venir à l'heure prescrite : il s'est mieux souvenu de cette heure, lui qui n'y a jamais pensé, que M. Liégeois, qui l'a si longtemps attendue.

(( Ayant remercié M. Liébeault, il s'informe de M. Liégeois : ne va-t-il pas venir ?

(( Celui-ci, averti par exprès, arrivait. A sa vue, Paul se lève, il veut lui exprimer les mêmes sentiments de gratitude témoignés tout à l'heure au maître du logis. Puis rhallucination jusque-là retardée par l'absence de son auteur se produit dans l'ordre prescrit. Sont présents, outre les deux savants précités : MM. Sch..., ingénieur civil à Xancy ; Deg..., ingénieur civil à Paris ; Des..., chef de bataillon d'infanterie de marine en retraite, et quinze à vingt autres personnes, tant malades que curieux.

« L'halluciné voit entrer un singe et un chien savants. Ces animaux se livrent à leurs exercices ordinaires. Il s'en amuse beaucoup. Les exercices terminés, il voit le chien tenant une sébile dans la bouche s'avancer vers lui. Il emprunte dix centimes à M. Liégeois et fait le geste de les donnera l'animal. Enfin, survient un bohémien qui emmène le singe et le chien. Quant à l'ours, il ne parut pas. Autre incorrection : Paul ne songea à embrasser personne. A part ces deux manquements, la suggestion s'est réalisée.

(c L'expérience était terminée. Le jeune homme se plaignait/ d'un peu d'énervement. Pour le remettre en son assiette, M. Liégeois l'endormit du sommeil somnambulique, et profita de la circonstance pour demander quelques éclaircissements sur ce qui venait de se passer :

(( Pourquoi donc avez-vous vu tout à l'heure ce singe et ce chien ? — Parce que vous m'en avez donné la suggestion le 12 octobre 1885. — Xe vous étes-vous pas trompé d'heure ? Je croyais vous avoir indiqué neuf heures du matin. — Xon, Monsieur, c'est vous qui faites erreur : vous m'avez endormi, non sur le banc où je suis assis en ce moment, mais sur celui qui est en face ; puis vous m'avez fait aller avec vous dans le jardin et m'avez dit de revenir dans un an à pareille heure ; or, il était alors dix heures dix minutes, et je suis arrivé juste à dix heures dix minutes. — Mais pourquoi n'avez-vous vu aucun ours et n'avez-vous embrassé ni M, Liébeault ni moi ? — Parce que vous ne m'avez dit cela qu'une fois, tandis que le reste de la suggestion a été dit deux fois.

« Tous les assistants sont frappés de la netteté et de la précision de ces réponses, et M. Liégeois déclare que les souvenirs du sujet kii paraissent plus exacts que les siens.

« Réveillé après dix ou quinze minutes, Paul M... tout à fait calmé, n'a aucun souvenir, ni rien entendu de ce qu'il vient de dire pendant ce court sommeil, ni de ce que, en conséquence de la suggestion du 12 octobre 1885, il a fait avant de s'endormir. »

Uoljectivation des types (M. Ch. Richet), ou ce que d'autres appellent la double conscience (M. Azam), ou bien encore le dédoublement de la jiersonncdité (MM. Féré et Binet, Liégeois, Bernheim, etc.) est le second des phénomènes hypnotiques extraordinaires.

Dès 18G0, M. le D"" Durand (de Gros), avait publié certaines expériences intéressantes sur ce chapitre. Mais les expériences classiques, on peut le dire, nous les devons à M. Ch. Richet. Yoici comme il parle des deux personnes qui lui ont fourni ces curieuses observations :

« L'une, que je nommerai A... est blonde, forte, grande. C'est une mère de famille dont les convictions religieuses sont très fortes. Elle est femme d'un négociant distingué, qui a constamment habité la province... L'autre, que j'appellerai B... blonde, petite, est âgée de trentedeux ans. Son existence a été fort accidentée... La véracité de ces deux sujets, que j'observe avec soin depuis près de trois ans, me paraît hors de contestation.

« Endormies, et soumises à la suggestion, non seule-

ment elles oublient qui elles sont, mais encore elles peuvent donner à leur moi des formes qui sont différentes des formes réelles : croire, par exemple, que leur moi est un soldat, un prêtre, une petite fille, un lapin ; et alors elles s'imaginent exister avec des formes de soldat, de prêtre, de petite fille, de lapin... Leur âge, leurs vêtements, leur sexe, leur situation sociale, leur nationalité, le lieu et l'heure où elles vivent, tout cela a disparu. Il ne reste plus dans riutelligence qu'une seule image, qu'une seule conscience : c'est la conscience et l'image de l'être nouveau qui apparaît dans leur imagination... Elles vivent^ parlent, pensent, absolument comme le type qu'on leur a présenté. Avec quelle prodigieuse intensité de vie se trouvent réalisés ces types, ceux-ci seuls qui ont assisté à ces expériences peuvent le savoir. Une description ne saurait en donner qu'une image bien affaiblie et imparfaite.

« Au lieu de concevoir un type, elles le réalisent, l'objectivent. Ce n'est pas à la façon de l'halluciné, qui assiste en spectateur à des images {sic) se déroulant devant lui; c'est comme un acteur qui, pris de folie, s'imaginerait que le drame qu'il joue est une réalité^ non une fiction, et qu'il a été transformé, de corps et d'âme, dans le personnage qu'il est chargé de jouer.

« Pour que cette transformation 'de la personnalité s'opère, il suffit d'un mot prononcé avec une certaine autorité. Je dis à A... : ce Vous voilà une vieille femme » ; elle se voit changée en vieille femme, et sa physionomie, sa démarche, ses sentiments sont ceux d'une vieille femme. Je dis à B... : « Vous voilà une petite fille )> ; et

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elle prend aussitôt le langage, les jeux, les goûts d'une petite fille'. »

MM. Binet et Féré, Bernheim, Pitres, etc., confirment ces faits par des observations semblables , et chacun d'eux vous racontera, si vous y cenez, comme il a changé un vieux soldat en sœur de charité, une pauvre fille en général, en archevêque, en chevalier, en grande dame, etc., le vieux soldat et la pauvre fille jouant à merveille le rôle des divers personnages dans lesquels ils se trouvaient métamorphosés.

M. Albert de Rochas renchérit encore sur ce que nous venons de dire :

« On peut, écrit-il dans un récent volume, donner à un même sujet une double et même une triple personnalité. Ainsi je lui dis (à son fameux Benoit) : « Tous serez du côté droit M. A., du côté gauche M. B., au milieu M. G. )) La suggestion s'exécute; les trois personnes dialoguent entre elles avec leur caractère propre ; chaque partie répond seule à l'appel de son nom. M. C. parle du milieu des lèvres, M. A. du côté droit de la bouche, M. B. du côté gauche. Quand A. veut toucher C, le bras gauche touche le milieu du corps ; quand C. veut toucher B., il s'épuise en contorsions inutiles -. »

Il faut dire que ce Benoit, jeune employé de bureau, est un excellent somnambule. C'est à lui que ^I. le colonel de Rochas donnait cette suggestion :

(( A partir de demain jeudi, vous viendrez pendant trois jours ici, à 5 heures et demie : quand vous entrerez

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