‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 112 sur 208 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

gestion est solideinent cliarpeiitiüe; il a fait des expériences à ce sujet et il a pu se convaincre que, si riiypnotiseur est habile, on ne pourra pas lui faire dénoncer le coupable.

D’ailleurs, les magistrats croient peu au magnétisme^ les traditions doctrinales leur sul'üsent.

Dérillon se déclare partisan de l’Ecole de Nancy en ce (jui concerne les suggestions criminelles : u Ces expériences, ditiC, nous ont permis de constater que la suggestibilité de certains individus était normalement si développée et que l’accomplissement de l’acte suggéré, quel qu’il fût, s’imposait iV leur ,esprit avec une telle impulsivité et une telle irrésistibilité, que, pour nous, la possibilité des suggestions n’était pas douteuse. »

Bérillon a particulièrement étudié les faux témoignages chez les enfants ; il conclut de ses expériences que, chez les enfants de 6 à 15 ans, il est facile, par simple affirmation, soit à l’état de veille, soit à l’état de sommeil, de provoquer des illusions, des amnésies, des déformations, des souvenirs ; de ces suggestions peuvent résulter des faux témoignages. Les magistrats devront tenir compte de cette extrême suggestibilité des enfants et se mettre en garde contre la possibilité de suggérer les réponses à ces témoins. L article du Code penal qui vise le délit de subornation de témoins constitue un moyen de répression suffisant contre les suggestions de faux témoignages’.

Déjerine est aussi convaincu de la possibilité des suggestions criminelles. « Il y a, dit-il, à mon avis, des sujets auxquels on peut faire exécuter tout ce qu’on veut, commettre n’importe quel acte. Mes recherches personnelles me permettent d’affirmer que ces sujets agissent comme de véritables automates. La suggestion provoquée pendant l’hypnose peut être exécutée môme au bout de trois mois et sans aucune hésitation. J’ai dans mon service deux sujets qui ne permettent aucun doute

à cet égard.

Dumontpallier émet une opinion analogue : « Tous ceux, dit-il, qui ont eu l’occasion d’observer des sujets très hypno-

1 Bérillon, Des suggestions criminelles {Société d’hypnotisme, 22 juillet...)

DOCTniNKS DE l’ÉCOLE DE NANCY.

tisables, sont arrivés ù la conclusion que, parmi ces sujets, il y en a qui deviendraient très facilement les instruments inconscients de suggestionneurs criminels qui, sous l’influence d’une impulsion extérieure, même la plus contraire à leurs tendances et à leurs idées, accompliraient des actes répréhensibles. »

Variations de la force musculaire et de l’acuité auditive chez les hypnotisés.

Beaunis s’est eflbrcé d’étudier les variations spontanées qui se manifestent, sous l’influence du sommeil provoqué, dans la force musculaire et l’acuité auditive des sujets.

Pour mesurer la force musculaire, il s’est servi du dynamomètre de Mathieu : sur 242 cas, la force dynamométrique, prise “pendant le sommeil^ a été :

31 fois égale à celle prise avant le sommeil;

41 fois plus grande ;

162 fois plus faible.

Donc, dans la majorité des cas, la force dynamométrique diminue pendant le sommeil provoqué.

Sur ces 242 cas, la force dynamométrique, prise après le réveil, a été :

29 fois égale à celle prise avant le sommeil ;

114 fois plus grande ;

71 fois plus faible.

Donc, dans la majorité des cas, la force dynamométrique augmente après le réveil.

Si l’on compare la force dynaniométrique prise après le réveil à celle prise pendant le sommeil, on voit que sur 225 cas elle a été :

14 fois égale ;

CnAPlïRE 111.

108 fois plus grande ;

43 fois plus faible.

Donc, d’une façon générale, la force dynainoniétrique est plus grande après le réveil que pendant le sommeil provoqué.

Si l’ou groupe les sujets d’après la profondeur de leur soin- . meil, 011 obtient des résultats analogues.

A. — Force dynamométrique prise pendant le sommeil, comparée à celle prise avant le sommeil.

Égale

Supérieure

Inférieure

Total des

Sommeil léger

Sommeil profond

Somnambulisme

13. — Force dijnamométrique prise après le réveil comparée à celle prise avant le sommeil.

Égaie

Supérieure

Inférieure

Total des

Sommeil léger

Sommeil profond

Somnambulisme

Force dynamométrique prise après le réveil, comparée

à celle prise pendant le sommeil.

Sommeil léger Sommeil profond Somnambulisme

Égale

Supérieure

Inférieure

Total des cas

Ces tableaux prouvent que la force dynamométrique est plus faible pendant le sommeil provoqué qu’à l’état de veille , i s prouvent encore que cette force, prise après le réveil, est

DOCTRlNIiS Dlî l’ÉCOLE DE NANCY.

supérieure ù celle prise, soit avant, soit pendant le sommeil ; ils semblent enfin indi({uer que plus le sommeil devient profond, pins la proportion des cas dans lesquels la force diminue pendant le sommeil devient faible.

Par suggestion, on peut certainement augmenter cette force dynamométrique. En renouvelant journellement cette suggestion, on peut arriver à des résultats extraordinaires : ainsi, chez une jeune fille qui, au début, ne donnait que 11 au dynamomètre, Beaunis est arrivé, au bout d’un mois, à obtenir 37 et 38.

Pour mesurer l’acuité auditive, Beaunis s’est servi de l’appareil de Du Bois Raymond : les deux bobines conductrices sont mises en rapport avec la pile, les deux bornes de la bobine induite aA'^ec un téléphone, que le sujet applique contre son oreille. Pour fermer ou rompre le courant, l’auteur emploie une petite lamelle de platine, rattachée par un conducteur à un des pôles de la pile et applicjuée sur un coussin épais de papier à filtrer ; l’autre pôle de la pile aboutit à une aiguille de platine. En touchant la lamelle avec l’aiguille, on établit le courant ; en les écartant, on l’interrompt sans bruit.

Avec cet appareil, si l’on approche le téléphone de l’oreille, on entend, lorsqu’on rompt le courant, un petit claquement sec, d’autant plus marc[ué que la bobine induite est plus rapprochée dé la bobine inductrice.

« On a ainsi, dit Beaunis, un audiomètre excessivement sensible et d’une précision parfaite. » Un aide fait varier la distance des bobines sans que le sujet puisse s’en douter.

L’aj)pareil de Du Bois Raymond est gradué de 0 à 0,40 centimètres, chiffre représentant le rapprochement complet des deux bobines.

|o lypie ^ ^ l’état de veille :

Oreille droite 20 Oreille gauche 25

C’est-à-dire que la jeune fille n’entend plus le claquement pour un courant au-dessous de 20 et de 25 centimètres.

CnAPITHE III.

On l’endort :

Oreille droite 13 Oreille gauche 13

On lui suggère une ouïe très fine ;

Oreille droite 1 4 Oreille gauche 13

Le maximum d’acuité auditive est donc atteint, sans suggestion pendant le sommeil.

2" lVr‘® L. X. à l’état de veille :

Oreille droite 28

Oreille gauche 31 >

Endormie :

Oreille droite 9 Oreille gauche 28

On lui suggère une ouïe très fine :

Oreille droite 2 Oreille gauche 27

On lui suggère qu’à son réveil, elle entendra très bien ; on, la réveille :

Oreille droite 28 Oreille gauche 30

Ici donc, l’augmentation de l’acuité auditive n’a eu lieu que pour l’oreille droite.

3" Hu. éveillée :

Oreille droite 13,5 Oreille gauche 16,5

DOCTRllNES DE l’ÉCOLE DE NANCY.

Endormie :

Oreille droite 6 Oreille gauche 11

On lui suggère une ouïe très fine :

Oreille droite 4

Oreille gauche 8

4° L. éveillée :

Oreille droite 9,5

Oreille gauche 9

Endormie :

Oreille droite 23 Oreille gauche 23

On lui suggère une ouïe très fine :

Oreille droite 20 Oreille gauche 15

Cette dernière malade fait exception à fa règle générale, qui semble indiquer que facuité auditive augmente pendant le sommeil.

Rougeur, Congestion, Vésication et Hémorrhagies par suggestion et par auto-suggestion.

On peut, chez un grand nombre de somnambules, produire la congestion cutanée par suggestion ; il suffit de dire à un sujet endormi, en touchant avec le doigt un point (juclconque de son corps : « Après votre réveil il se produira une tache

CIÎAI'IÏUE 111.

ronge, sur ce poiiil, » pom- voir apparaître, au bout d’une dizaine de minutes, une rougeur bien nette (jui persiste pendant (juebjues minutes. Quand la suggestion est assez forte, iJeaunis a vu se produire une véritaljle congestion avec gonllement de la peau.

Dumonlpallier a produit par suggestion, chez des hystériques hypnotisables, des congestions locales et des élévations de température. L’auteur fit envelopper la partie supérieure de la jambe droite d’une malade et lui suggéra qu’on avait appliqué sous la bande un papier vésicant; toute la journée et la nuit suivante la malade éprouva une sensation de brûlure à l’endroit indiqué ; le lendemain on constata une élévation de température de 4 degrés, sans vésication. Cette expérience fut répétée sur d’autres sujets, les résultats furent les mêmes.

Un fait bien plus extraordinaire a été découvert par M. Focachon, pharmacien à Charmes ; un jour qu’une jeune femme, nommée Elisa, se plaignait d’une douleur au-dessus de l’aine gauche, il lui suggéra qu’il se formerait une cloche au point douloureux. Le lendemain l’ampoule y était.

Un autre jour, comme elle se plaignait d’une névralgie de la région claviculaire droite, il lui lit une suggestion semblable, il se produisit « des brûlures en tout semblables à des pointes de feu bien formées et laissant des escarres réelles. »

M. Focachon signala ses résultats à M. Liébault, et le 2 décembre 1884, MM. Focachon, Liébault et Bernheim, répétèrent ces expériences ; malheureusement l’essai fut fait assez tard dans la journée, à cinq heures du soir on vérifia les résultats obtenus et l’on constata une rougeur circonscrite à la région indiquée comme devant être le siège de la vésication. « Le sujet, dit Beaunis, se plaignait d’une sensation de brûlure et de démangeaison qui la portait à se frotter le dos contre les meubles si on ne l’en avait pas empêchée. »

<( Le lendemain, Élisa présentait un érythème vésiculaire entre les épaules ; la pression était douloureuse en cet endroit, et la partie de la chemise en contact avec la région était maculée d’un liquide purulent; on aurait pu croire à une petite brûlure. »

DOCTRINES DE l’ÉCOLE DE NANCY.

Cette expérience ne parut pas suffisante; les expérimentateurs la recommencèrent et fixèrent eu un endroit choisi derrière l’épaule gauche, du papier gommé recouvert d’un pansement léger; on enferma la malade à clef dans une chambre; elle fut endormie pendant tout le temps de l’expérience, on ne la réveilla que pour prendre ses repas.

Le lendemain, on enleva le pansement, en présence de MM. Bernheim, Liégeois, Liébault, Beaunis et Focachon : le papier gommé n’était pas dérangé, et l’on constata « dans l’étendue de 4 sur 5 centimètres, l’épiderme épaissi et mortifié d’une couleur blanc jaunâtre ; seulement l’épiderme n’est pas soulevé et ne forme pas de cloches ; il est épaissi, un peu plissé, et présente, en un mot, l’aspect et les caractères de la période qui précède immédiatement la vésication proprement dite. Cette région de la peau est entourée d’une zone de roug'eur intense avec gonflement. Cette zone a environ un demi-centimètre de largeur. »

Focachon produisit les mêmes phénomènes chez une autre somnambule.

Après avoir obtenu la vésication par suggestion chez Elisa, Focachon voulut faire une contre-expérience : un morceau de vésicatoire fut partagé en trois parties ; le premier fragment fut appliqué sur l’avant-hras gauche de la malade, le second sur son avant-bras droit, le troisième sur la poitrine d’un malade qui avait besoin d’un vésicatoire. M. Focachon suggéra au sujet que le vésicatoire de gauche ne produirait aucun effet, il surveilla la malade jusqu’à 8 heures du soir, il enleva alors le pansement : le bras gauche était intact, le droit présentait une ampoule en tout semhlable à celle produite par le troisième morceau de vésicatoire appliqué sur le sujet témoin.

Ferrari a trouvé dans un journal de magnétisme de 1840, la relation d’un cas de vésication par suggestion : le D” Louis Prégalmini (d’Intra en Piémont), ayant endormi une malade, lui suggéra qu’il lui appliquait un vésicatoire, et au lieu d’appliquer un emplâtre vésicant, il plaça tout bonnement le papier sur lequel il avait écrit l’ordonnance. Une fois réveillé, Prégalmini dit à la malade qu’il ne lui avait appliqué que

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