‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 123 sur 208 · Lloyd Tugkey, Revue de Vhypn., 1890-91, p · texte numérisé non relu

Lloyd Tugkey, Revue de Vhypn., 1890-91, p

ciiAPirnE III.

veille, il laiidni inspirei* eoiifiiuice ù reniant, l’isoler, lui metti'e la main snr le front, lui faire les suggestions voulues avec douceur et patience.

bi l’on a allaire à des enfants vicieux, impulsifs, récalcitrants, incapables de la moindre attention, manifestant un penchant irrésistible vers les mauvais instincts, il faudra provoquer l’hypnose. On pourra, de cette manière, développer la faculté d’attention et corriger leurs vices et leurs mauvais instincts.

Autant il serait mauvais de pratiquer l’hypnotisme snr des enfants normaux et bien portants, autant il est salutaire d’hypnotiser les sujets mauvais et vicieux.

XVlll I

Des rapports de l’hystérie avec l’hypnotisme.

Liébault, Bernheim, Liégeois, Beaunis, Morselli, De Jong, etc., soutiennent que le sommeil hypnotique est un phénomène physiologique sans rapport d’aucune espèce avec l’hystérie : (( J’estime, dit Bernheim^, ainsi que cela a été déjà démontré par Braid, que l’hypnose n’a aucun rapport avec l’hystérie. » Sur 72 malades pris au hasard dans son service de clinique interne, Bernheim a pu en hypnotiser 69; les 3 autres étaient un ramolli et des déments chez lesquels l’auteur n’a fait aucune tentative. Tous ces malades étaient donc hypnotisables; sur ces 69 sujets 65 ont présenté l’amnésie au réveil et 51 étaient susceptibles d’hallucinations. « Or, dit Bernheim, je ne crois pas que l’on puisse raisonnablement soutenir que tous ces sujets étaient des hystériques. Ce reviendrait à dire que l’espèce humaine n’est composée que d’hystériques. »

1. Bernheim, Des rapports de l’hystérie avec l'hypnotisme (Soc. d’hypn., juillet 1891).

nOCTRlNES DE l’ÉCOLE DE NANCY.

J)e plus, si l’hystérie et l’hypnose étaient de môme nature, I on hypnotiserait plus facilement les hystériques prononcés; or, I c’est le contraire, on réussit mieux chez les personnes moins nerveuses que chez certaines personnes nerveuses. Ainsi on I endort beaucoup plus facilement les malades de l’iiôpital que ceux de la ville, ces derniers sont cependant plus nerveux.

D’ai Heurs, le sommeil naturel permet d’obtenir les mêmes phénomènes que le sommeil hypnotique; dira-t-on pour cola que le sommeil naturel est de l’hystérie?

Bernheim reconnaît cependant qu’il y a un lien de parenté entre l'hystérie et l’hypnose : l’hystérique est un aiito-hypnotisé, un auto-suggestionné. Les crises hystériques, les hallucinations, les convulsions, l’anesthésie, l’amaurose hystérique ne sont que des auto-suggestions : « L’état psychique des hystériques est semblable par certains côtés à l’état psychique des hypnotisés, mais pour les raisons que je vous ai données en commençant, cela ne veut dire nullement que l’hypnotisme soit de l’hystérie. »

Bérillon cite comme preuve de la non-existence des rapports entre l’hypnotisme et l’hystérie, ce fait que les enfants sont d’autant plus facilement hypnotisables qu’ils paraissent plus normaux. Le sommeil est d’ailleurs plus facile à provoquer chez l’enfant quoique l’hystérie soit rare chez lui.

La suggestion mentale.

Liébault et Beaunis ont étudié la suggestion mentale : leurs expériences, bien conduites, paraissent prouver la réalité du phénomène. Voici le récit de l’une d’entre elles, fait par Beaunis à la Société de psychologie physiologique, en novembre

CIUIMTRE III.

« Le sujet est un jeune lioinnie, très bon somnambule, bien portant, un peu timide, il accompagnait chez M. Liébault sa cousine, très bonne somnambule aussi, et (pii est traitée par riiypnoüsme pour des accidents nerveux.

« M. Liébault endort le sujet et lui dit pendant son sommeil.

« A votre réveil vous exécuterez l’acte qui vous sera ordonné mentalement par les personnes présentes. »

« J’écris alors au crayon sur un papier ces mots : « Embrasser sa cousine. » Ces mots écrits, je montre le papier au D" Liébault et aux (]uel(]ues personnes présentes en leur recommandant de le lire des yeux seulement et sans prononcer, même des lèvres, une seule des paroles qui s’y trouve et j’ajoute ; A son réveil, vous penserez fortement à l’acte qu’il doit exécuter, sans rien dire et sans faire aucun signe qui puisse le mettre sur la voie. »

« On réveille alors le sujet et nous attendons tous le résultat de l’expérience.

(( Peu après son réveil, nous le voyons rire et se cacher la figure dans ses mains, et ce manège continue quelque temps sans autre résultat. Je lui demande alors :

« Qu’avez-vous?

— Rien.

— A quoi pensez-vous? »

Pas de réponse.

(( Vous savez, lui dis-je, que vous devez faire quelque chose à quoi nous pensons. Si vous ne voulez pas le faire, ditesnous au moins à quoi vous pensez.

— Non.

— Alors je lui dis : (( Si vous ne voulez pas le dire tout haut, dites-le moi bas à l’oreille, » et je m’approche de lui.

« A embrasser ma cousine, » me dit-il.

« Une fois le premier pas fait, le reste de la suggestion mentale s’accomplit de bonne grâce.

« Y a-t-il une simple coïncidence? Ce serait bien étonnant. A-t-il pu, pendant son sommeil, reconnaître le sens des paroles que j’écrivais à la façon dont je les écrivais sur le papier, ou

nOCTRINES DE l’ÉCOLE DE NANCY.

a-t-il pu les voie? C’est bien peu supposable. Fnifm je suis sûr

I ipraucnue des personnes présentes n’a pn le mettre d’une i: façon quelconque sur la voie de l’acte qu’il devait accomplir.

« Il y a là évidemment quelque chose (pii bouleverse toutes il les idées reçues sur les fonctions du cerveau et, pour ma part,

II jusqu’à ces derniers temps, j’étais parfaitement incrédule sur t. ies faits de ce genre. Aujourd’hui, j’arrive à cette conviction tj qu’il ne faut pas les repousser, les cas de réussite, quoique

I rares, étant trop nombreux pour être un simple effet du hasard. Aussi du moment que la (piestion de la suggèsiion mentale était posée devant la Société, j’ai cru pouvoir, quelque étranges que paraissent ces phénomènes, y apporter mon contingent. » Voici quelques faits observés par Liébault et Guaita.

1" Louise L.... endormie du sommeil magnétique, fut informée (|u’ellc allait avoir à répondre à une question qui lui serait faite mentalement, sans l’intervention d’aucune parole, ni d’aucun signe. Le D’' Liébault, la main appuyée au front du sujet, se recueillit un instant, concentrant sa propre attention sur la. demande : « Quand serez-vous guérie? » qu’il avait la volonté de faire. Les lèvres de la somnambule remuèrent soudain. « Bientôt » niurmhra-t-elle distinctement. On l’invita alors à répéter, devant toutes les personnes présentes la question qu’elle avait instinctivement perçue. Elle la redit dans les termes mêmes où elle avait été formulée dans l’esprit de l’expérimentateur.

2" M. de Guaita, s’étant mis en rapport avec la magnétisée, lui posa mentalement une autre question : (( Reviendrez-vous la semaine prochaine? » — « Peut-être » fut la réponse du sujet; mais invité à communiquer aux personnes présentes la (piestion mentale, il répondit : Vous m’avez demandé si vom reviendriez la semaine prochaine. » Cette confusion, portant ,sur un mot de la phrase, est très significative. On dirait que la jeune fille a bronché en lisant dans le cerveau du magnétiseur 3“ Le D'' Liébault, afin qu’aucune phrase indicative ne fût prononcée, même à voix basse, écrivit sur un billet : Mademoiselle en se réveillant verra sou chapeau noir transformé en chapeau rouge. » Le billet fut passé d’avance à tous les

CHAI'ITRK III.

témoins; puis MM. Liéhiuilt et de Guaita posèrent en silence i leur main sur le front dn sujet, en formulant mcuLalement la \ phrase convenue. Alors, la jeune fille, instruite (pi’elle verrait | dans la pièce (pich|uc chose d’insolite, fut réveillée. Sans une hésitation^ elle lixa aussitôt son chapeau et, avec un grand , éclat de rire, se récria.

Ce ii’était pas son chapeau; elle n’en voulait pas. 11 avait bien la même forme; mais cette plaisanterie avait assez duré; il fallait lui rendre son bien.

« Mais enfin, qu’y voyez-vous de changé?

— Vous le savez de reste, vous avez des yeux comme moi.

— Mais encore? »

On dut insister très longtemps pour qu^elle consentit à dire en quoi son chapeau était changé ; on voulait se moquer d’elle.

Pressée de questions, elle dit enfin :

« Vous voyez bien qu’il est tout rouge. »

Comme elle refusait de le reprendre, force fut de mettre fin à son hallucination , en lui affirmant qu’il allait revenir à sa couleur première. Le D"" Liébault souffla sur le chapeau, et redevenu le sien à ses yeux, elle consentit à le reprendre.

« Peut-être y a-t-il, dit Beaunis, dans les faits cités quelque condition qui nous échappe et qui en donnerait une explication toute simple ; mais, jusqu’à nouvel ordre, et à moins de mettre en doute la bonne foi de ceux qui les ont observés, il est impossible de les nier. Il est certain, cependant, que ces phénomènes ne pourront entrer dans la science positive que le jour où on pourra les reproduire à volonté, et, par conséquent, quand on connaîtra les conditions de leur production. D’ici là, il faut se contenter de les noter quand ils se présentent. »

Bernheim est moins affirmatif que Liébault et Beaunis. « Je n ai jamais vu la suggestion mentale, m’a-t-il dit, je ne la nie . pas, mais je ne puis, non plus, en certifier l’existence. »

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