CHAPITRE VI
DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES
Les phases du sommeil hypnotique.
Que devons-nous penser des phénomènes du sommeil hypnotique? Devons-nous avec Charcot, Richet, Pitres, Luys, etc., admettre que ce sommeil se manifeste sous trois aspects bien distincts : la léthargie, la catalepsie, et le somnambulisme? Devons-nous, au contraire, avec Liébault, Bernheim, Liégeois, etc., considérer l’essai nosographique de la Salpêtrière comme inexact, artificiel et dû à la suggestion? Ou bien devons-nous croire, avec Tamburini, que les phénomènes somatiques du grand hypnotisme se produisent réellement en dehors de toute suggestion, mais que ces phénomènes appartiennent non pas à l’hypnotisme mais bien à l’hystérie? Devons-nous avec les premiers auteurs considérer le sommeil hypnotique comme
CnAlMTTUî VI.
pathologique et tout dillei-eut du soiniiieil ordinaire, ou bien devons-nous avec les autres expérimentateurs affirmer que 1 hypnose est un état physiologûpie semhlahle au sommeil ordinaire?
Avant de discuter ces questions, je vais mentionner l’opinion de quelques auteurs qui ont bien voulu me faire connaître leurs idées ;
1“ Le sommeil hypnotique est-il de même nature que le sommeil ordinaire^?
Dümontpallier (de Paris). « Non. »
Boiiuc (de Paris). « Non, le sommeil, dit hypnotique, ne me semble pas de môme nature que le sommeil ordinaire. 11 en diffère profondément par la suggestibilité anormale qu’il développe chez presque tous les sujets, et cette différence doit tenir très probablement à une différence plus profonde encore dans l’état général du système nerveux et de l’organisme. Sans doute, ici, comme ailleurs, la nature obéit à la loi de continuité; les deux sommeils peuvent venir l’im à l’autre par une infinité de degrés, mais il en est de même aussi du sommeil et de la veille. D’ailleurs, les curieuses expériences de Montin, trop peu connues en général du public scientifique, prouvent que la plupart des phénomènes dits hypnotiques (suggestions, contractures, attitudes cataleptiques, etc.), peuvent être obtenus par des manœuvres très simples chez un grand nombre de personnes qu’on n’a jamais endormies, qu’on n’endormira peutêtre jamais de leur vie, et qui restent parfaitement éveillées pendant toute la durée des expériences. La vérité selon moi, c’est que le système nerveux est susceptible d’un grand nombre de modalités plus ou moins caractérisées, dont les deux formes extrêmes sont : la veille et le sommeil, qui nous servent de types pour concevoir et mesurer toutes les autres; mais celles-ci ne sont à proprement parler ni des veilles, ni du quelque ressemblance plus ou moins marquée qu’elles puissent présenter avec l’un ou l’autre de ces types. La plupart de ces modalités restent en puissance chez la grande majorité