‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 137 sur 208 · Réponses à mon questionnaire · texte numérisé non relu

Réponses à mon questionnaire

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

des individus ; elles n’appamisseiit et ne se fixenl cliez quelquesuns que dans les coudilious plus ou moins accidentelles que l’expérience seule peut nous apprendre. »

I Ociioiiowicz (de Varsovie). « Non, mais il y a des transitions I et eu outre, le sommeil ordinaire, lui aussi, peut être provoqué par sug-g-estion. »

Sanchez IIerrero (de Madrid). « Le sommeil hypnotique a ! plus de dilférenees que d’analogie avec le sommeil ordi-

I naire. »

Luys (de Paris). « Non, c’est un sommeil incomplet, dans I lequel une ou plusieurs régions sensorielles de l’écorce continuent à être en éveil. »

Marot (de Paris). « La nature du sommeil naturel étant à peu près inconnue, il est bien difficile de dire si le sommeil hypnotique est de même nature.

« Il y a certes de grands rapports entre eux, en particulier entre les suggestions de l’hypnose et celles que l’on peut donner en dirigeant certains rêves du sommeil ordinaire. A rapprocher aussi de la suggestion dont l’action se prolonge après l’hypnose, l’action prolongée de certains rêves après le réveil, en particulier de certains cauchemars.

« Y a-t-il identité cependant? Cela ne paraît pas. Peut-être peut-on en trouver une preuve dans le trouble intellectuel et surtout moral (personnalité) que produit l’hypnose répétée, et aussi dans les relations morales qui paraissent être établies entre l’hypnotisé et l’hypnotiseur. »

Azam (de Bordeaux). « Je ne crois pas, il ressemble plutôt au sommeil spontané et subit qu’on observe souvent chez les hystériques. »

A. Voisin (de Paris). « Le sommeil hypnotique n’est pas de même nature que le sommeil ordinaire. »

Beaunis (de Paris). « 11 est difficile de répondre d’une façon précise à cette question, puisque nous ne connaissons pas la nature intime du sommeil naturel. Cependant, pour nda part, je crois, malgré les analogies des deux sortes de sommeil, qu’il y a entre eux des différences assez marquées et caractéristiques. »

CIIAPlTlllî VI.

Hrémaud (de lîresl). « Le .soniiueil chez les hystériques ou névrosés a des caractères particuliei'S (pu* u’a pas le soiuiucil chez les individus eoinplèteinent sains, (le n’est pas à la nature particulière d’un sonnneil hypnotique i[ue l’ou doit rapporter les phénomènes dont il s’agit, mais à la nature particulière du sujet. »

Pitres (de Bordeaux). « Non. »

Mksnet (de Paris). « Non. »

(j. Ballet (de Paris). « Non. »

Burot (de Bochcfort). « Le sommeil hypnotique est différent du sommeil ordinaire. »

JoiRE (de Lille). « Non. »

Lajoie (Nashua New-H amspire). « Oui, mais l’uu est provoqué, l’autre spontané. »

De Jong (de la Haye). « Mes expériences m’ont démontréi qu’il y a une grande analogie entre le sommeil hypnotique et le sommeil naturel. » i

Le Menant des Chesnais (de Yille-d’Avray). « Le sommeili hypnotique est de même nature que le sommeil ordinaire, J avec cette différence que, dans le premier, toutes les sensa-! tions, les images, les rêves sont provoqués et dirigés par l’hypnotiseur, tandis que, dans le sommeil ordinaire, ils résultent simplement de troubles du grand sympathique ou dul système médullaire, tenant en activité certaines cellules cérébrales pendant le sommeil des autres. »

David (de Narbonne). « Hypnotique ou naturel, le sommeil est toujours provoqué; dans le premier cas, la cause déterminante vient du dehors; dans le second, elle est inhérente au sujet. Les causes n’étant pas les mêmes, les effets sont nécessairement différents, mais la nature du sommeil ne change pas. Tel un instrument de musique. »

Baron von Schrenck Notzing (de Munich). « De la même manière que l’on peut, par la suggestion, créer des états anormaux et guérir des désordres fonctionnels, on peut dans beaucoup de cas produire un véritable sommeil qui ne saurait en rien être distingué du sommeil normal. Par l’association des circonstances qui accompagnent le sommeil (position couchée

DISCUSSIONS ET OPINIONS PEUSONNELLES

du corps, demi-obscurité, appel de ratleiition sur l’idée du sommeil), ou provocjue les seusalious correspoudautes du relâchemeut des membres, de l’occlusiou des yeux, de la cessation des représeutatious et des perceptions, etc. Eu procédant ainsi, on doit s’efiorcer de capturer aussi complètement <jue possible la conscience par l’association eu cpiestiou. Immédiatement ou ne produit ainsi rieu d’autre qu’un étal passif de repos. Cependant, les excitations représentatives ainsi provoquées artificiellement n’agissent jamais sur l’esprit avec la même intensité que les excitations naturelles, par exemple, que l’épuisement physique du système nerveux (jui produit le sommeil normal, ainsi que je l’ai démontré ailleurs. »

IIenrik Petersen (de Boston). « Oui. »

2” Le sommeil hypnotiqve est-il toujours dû à la suggestion?

Boirac (de Paris). « A la seconde question, je répondrai aussi négativement. Mais pour expli([uer ma réponse, il me faudrait entrer dans une discussion approfondie de la doctrine de l’Ecole de Nancy, et je dépasserais de beaucoup les proportions d’une lettre. Peut-être snflira-t-il de dire qne la suggestion ne peut pas, selon moi, être la cause profonde et suffisante des phénomènes qu’on lui attribue, étant une cause purement suggestive et presque verbale^ mais (ju’elle en est seulement l’occasion, la condition déterminante, La vraie cause doit être une certaine modification (de nature encore inconnue) de l’état circulatoire et nerveux des centres cérébraux et de tout le système cérébro-spinal. Tant que cette modification n’est pas produite, j’ai beau dire à quelqu’un : Vous ne pouvez pas ouvrir les yeux, vous ne pouvez plus plier le bras, la jambe, il se moque de mes suggestions. Or, il n’y a, à. priori, aucune raison de supposer que cette modification ne puisse être produite que par la suggestion elle-même là où elle est possible (car elle ne l’est pas chez tout le monde, et il faut aussi que le sujet y soit prédisposé), elle semble bien plutôt pouvoir être produite par un grand nombre de causes diüerentes, par toutes (;elles qui ti'oublent assez profondément l’équilibre habituel du système. D’autre part, l’expérienen prouve que

CIUPITIIE VI.

des pratiques piiniinent pliysi(]iies, comme par exemple la lixaüüii prolongée d’im point nni(pie (expériences de Hraid, Grimes, Philips) la produisent très rapidement chez un grand nombre de sujets et préparent ceux-ci à subir les elFets de la suggestion. »

Sancuez IIeuuero (de Madrid). « Non. »

Luys (de Paris). « Non, il peut être spontané. »

Marot (de Paris). « H semble bien (|ue certains états d’hypnose soient souvent dus à autre chose que la suggestion ; certains états cataleptiques, par exemple, produits chez des nerveux par un g’rand bruit subit. Je crois aussi que 1 action propre de l’hypnotisme n’est pas indifférente, .l’ai remarqué, par exemple, une grande analogie dans le sommeil des personnes que j’ai endormies et certaines de celles-là avaient un sommeil très différent endormies par d’autres hypnotiseiirsj Je fais allusion en particulier à l’état d’éveil intellectuel. Le^ passes aussi ont peut-être une action propre . » ■

Azam (de Bordeaux). « Pas toujours; le fait d’une jeune hysj térique qui tombait en sommeil en se regardant à la glace fait cité à la Société médico-psychologique de Paris, prouve

le contraire. » . 1

A. Voisin (de Paris). « Le sommeil hypnotique n est pa^

toujours dû à la suggestion. »

Be-vunis (de Paris). « H peut se produire sans suggestion ;J

mais c’est l’exception. » |

Brémaud (de Brest). « Le sommeil peut être dû à la suggestion il peut survenir normalement, être l’effet de phénomènes morbides. Mais quelle que soit la cause du sommeil, celui-ci^ présente chez les hystériques ou névrosés, des caractères

particuliers. »

Pitres (de Bordeaux). « Non. » , , n ,

Varinard (de Paris). « Non. Il peut être tout à fait mécanique et dû à l’action d’une force cachée, dont le nom m’importe peu (électrique, magnétique, neuriqiie). Je crois donc qu’à côté de Vhjimotisme il y a le magnétisme!!! »

Lajoie (de Nashua-New-llamspirc). « Non, je fus appelé, il y a 16 mois, atiprès d’un enfant qui dormait depuis 20 heures;

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

5 très alarmés, les parents me demanclent ce que cela vent i dire : .te réveillai Tenfaut (12 ans) assez difficilement, en Ini I suggérant l’idée du réveil. Et ce garçon me montra sur la I table une boule reluisante : « .te m’amusais à essayer de ^ regarder le soleil qui donnait sur cette boule, je me suis i fatigué et je ne me rappelle plus rien, dit-il. » Il n’y a eu là, J évidemment pas de suggestion antre que celle (?) inhérente à la fatigue (?) »

David (de Narbonne). « Le sommeil hypnotique peut être accidentel. Si, dans la pratique de l’hypnotisme, on n’observe pas toutes les règles qu’un opérateur doit connaître, le sujet I qui a été endormi est exposé à tomber dans le sommeil hyp- I notique accidentel. »

Burot (de Rochefort). « Non. »

OcHOROwicz (de Varsovie). « Le plus souvent, mais pas toujours. »

JoiRE (de Lille). « J’ai endormi des sujets, déjà entraînés, à leur insu. »

Dumontpallier (de Paris). « Ou a la suggestion, ou à l’autosuggestion. »

Le Menant des Chesnais (de Ville-d’Avray). « Je crois que I le sommeil hypnotique est toujours dû à la suggestion. »

De Jong (de la Haye). « Le sommeil hypnotique est toujours un produit de suggestion. »

Henrik Petersen (de Boston). « Oui, car toute fatigue des sens peut être considérée comme auto-suggestion et souvent inconsciemment. »

G. Ballet (de Paris). « Le plus souvent, peut-être toujours. »

Déjerine (de Paris), « Oui. »

Baron von Schrenck. Notzing (de Munich). « Oui. »

3° Les trois états de Charcot existent-ils ?

Azam (de Bordeaux). « Oui, »

A. Voisin (de Paris). « Les trois états de Charcot existent »

Pitres (de Bordeaux). « Oui. »

Mesnet (de Paris). « Oui. »

Lüys (de Paris). « Oui. »

CHAPlTIUi: VI.

Lajoie (de iNasIma-Now-riainspire). « Oui. »

David (de Narljoime). w Oui, mais non pas chez tous les sujets, et encore ne se maiiii'estent-ils pas invariablement dans l’ordre successi! (]ui a été indiqué. »

(i. Ballet (de Paris). « Incontestaljlement, mais l’exemple, l’éducation inconsciente n’est pas étrangère à leur production. » BuiiOT (de Uochefort). « Oui, chez les grandes hystériques. » Dumontpallieu (de Paris). « Us sont artificiels. »

Sanchez IIekheho (de Paris). « Non. »

Mauot (de Paris). « Certes, mais ils paraissent surtout dus à l’éducation, ou, si l’on veut, à la suggestion. En tout cas on les trouve rarement dans l’ordre et avec les stigmates que leur assignait Charcot. Quand on endort un sujet pour la première fois, c’est dans l’état de somnambulisme qu’on le met le plus généralement, et je n’ai^ pour ma part, jamais constaté l’hyperexcitabilité musculaire, que j’ai vue chez des sujets de Charcot. »j Beaunis (de Paris). « Non. » I

Brémaud (de Brest). « Les trois états de Charcot existent eiH tants que faits-observations, c’est-à-dire que l’on peut les cons-H tater ou les provoquer arliftciellement. Ils n’e.xistent pas en] tant que syndrome constant, semblables à eux-mêmes et naissanlj spontanément en dehors de suggestion et d’éducation préalable,] peut-être involontaire. Sur des centaines de sujets je n ail jamais, depuis que je me suis tenu en garde contre la suggestion^ constaté le développement spontané de ces états , ils e.xistent à titre de syndrome pathologique spontané chez les hystériques

à crises. » 1

De Jong (de la Haye). « Les trois états de Charcot n existent

pas. » I

Le Menant des Chesnais (de Ville-d’Avray). « Les trois états

de Charcot n’existent pas. » 1

Déjerine (de Paris). « Non. » ^ ]

OcHOROWicz (de Yarsovié). « Les trois états de Charcot, tels^ qu’ils ont été décrits, par lui, en détail, n existent pas,^ cependant, en tant que création artificielle, ils peuvent être reproduits par suggestion volontaire ou involontaire chez un petit nombre de sujets éminemment suggestibles , comme

DISCUSSIONS ET OPINIONS PEDSONNELLES

tonte autre combinaison de syinptùmcs d’ailleurs. Ce qui existe certainement, ce sont les dilFérents degrés de jirofondeur de l’hypnose, parmi lesquels ou peut distinguer plus ou moins nettement les trois phases suivantes :

« 1" Aïdéie (la léthargie);

« 2" Monoïdéie (la catalepsie);

« 3" Folyidéie (somnamhulisme passif et actif).

« Mais quant aux phénomènes extérieurs particuliers, il faut les préciser pour chaque sujet individuellement. Les signes extérieurs physiques, l’hyperexcitabilité neuro-musculaire, etc., peuvent se manifester dans toutes ces phases psychiques, même à l’état de veille. »

.loiRE (de Lille). « Ces trois états existent, mais ils sont purement artificiels et ne se rencontrent franchement isolés que chez les sujets déjà entraînés. «

Baron von Schrenck Notzing (de Munich). « Les trois stades de Charcot sont un mélange de symptômes hystériques et d’états hypnotiques, et je ne les ai jamais rencontrés d’une manière bien nette. »

Le sommeil hypnotique est-il de même nature que le sommeil ordinaire?

.Je n’hésite pas à répondre avec CharcoL Richer, Pitres, Luys, Duraontpallier, Boirac, Sanchez Herrero, Marot, Azam, A. Voisin, Beaunis, Brémaud, Pitres etMesnet : Non, le sommeil hypnotique n’est pas de môme nature que le sommeil naturel.

11 m’est arrivé bien souvent, en cherchant à endormir un sujet par la fixation d’un objet brillant, de n’obtenir qu’un sommeil naturel au lieu du sommeil hynotique. L’aspect du malade était alors tout différent; si on lui parlait, si on lui suggérait une idée quelconque, il se réveillait.

.l’ai eu, tout dernièrement, affaire à un homme de trente ans, alcoolique, chez lequel je ne parvenais pas à produire l’hypnose; chaque fois que je lui faisais 'fixer un point brillant, il s’endormait du sommeil du juste, ronflant avec entrain, mais se réveillant dès que je lui adressais la parole. Le commandement et fa persuasion n’étaient pas non plus capaTd*^ d’amener l’hypnose.

CFIAPITIIE VI.

Quant à la possibilité de produire des suggestions chez les dormeurs ordinaires, je crois que c’est une rare exception : j’ai cherché bien souvent A provoquer ces phénomènes, et c’est ; à peine si, sur 100 dormeurs naturels, 2 ou 3 m’ont répondu et | ont obéi aux suggestions que je leur adressais à brûle-pourpoint. I Si, au lieu de suggestionner subitement des dormeurs, je leur persuadais auparavant de continuer à dormir tranquillement, de me répondre et de m’obéir, beaucoup d’entre eux devenaient manifestement suggestibles.

C’est que, par cette méthode, j’avais transformé le sommeil normal en sommeil hypnotique.

Sur quoi puis-je me baser pour avancer une telle proposition ? Sur ce fait bien simple que, dans le premier cas, en m’adressant aux donneurs naturels, j’observais constamment,™ ou presque constamment (99 pour 100), la conservation inté-J grale de la sensibilité cutanée à la douleur; dans le second^H cas, lorsque je suggérais le sommeil avant d’expérimenter je constatais presque toujours une abolition ou une diminutionJH de cette sensibilité. Si je n’observais pas constamment cette^B anesthésie ou cette analgésie, cela ne prouve nullement que^B je n’avais pas transformé le sommeil naturel en sommeil^B hypnotique, car on sait que les états superficiels de l’hypuose^B se caractérisent par la conservation de la sensibilité.

Mais comment se fait-il que, sans faire aucune manœuvrej| dans le but de transformer le sommeil naturel en hypnose Jj j’aie obtenu la suggestibilité 2 ou 3 fois sur 100 ? C’estjj bien simple : c’est que, parmi ces sujets, les uns étaient desjj hystériques éminemment suggestibles, chez lesquels la sug^H gestion opérait aussi bien à l’état de veille, et que les autre^B étaient si sensibles au sommeil hypnotique qu’un simple com^B mandement suffisait à les plonger en état hypnotique ; che^B les uns, en effet, la sensibilité persistait intacte, et des stig^B mates évidents d’hystérie existaient ; chez les autres, la sensi^B bilité était altérée, et aucun stigmate n’était décelable àj l’examen le plus minutieux. |

D’ailleurs, l’état de la sensibilité générale n’est-il pas tout | différent dans le sommeil naturel et dans le sommeil hypno-

discussions et opinions personnelles.

conservation de la sensihilité cutanée à la douleur, alors (juc, chez l’hypnotisé, cette sensibilité est très souvent abolie complètement : si l’on pique un dormeur naturel, il se réveille oénéralenient; si, au contraire, on agit île même sur un hypnotisé, il ne sent rien, pour peu que l’hypnose soit profonde.

Le sommeil hynotique est-il loujours dû ù. la suggestion ? Ici encore, je répondrai avec Cliarcot, llicher. Pitres, Luys^ Boirac, Sanchez Herrero, Marot, Azain, A. Voisin, Beauuis, Brémaud, Varinard, Lajoie et David : Non, le sommeil hypnotique n’est pas toujours dû à la suggestion.

Pour prouver cette assertion, je ne me baserai pas sur le raisonnement, je n'invoquerai que des faits.

Pour l’école de Nancy, on ne s’endort que par suggestion : « Cependant, ai-je objecté lors de mon séjour à Nancy, lorsque j’endors à l’hôpital une malade, par la simple fixation d’un miroir, sans rien lui dire, ce n est pas, de la suggestion ? »

« Si, m’a-t-on répondu, c’est de la suggestion inconsciente, la malade a entendu parler de vous, elle sait que vous avez l’habitude d’endormir, et toutes les manœuvres que vous faites

reviennent à donner des ordres. »

— « Pardon, à mon retour de Paris, j’ai hypnotisé une hystérique, à l’hôpital de Molenbeek, par la simple fixation du regard; on ne savait pas, dans cet hôpital, que je m’occupais de la question, et aucune manœuvre de ce genre n’y avait encore été pratiquée. Cette malade a présenté, dès la première séance, le somnambulisme véritable avec insensibilité complète ; il n’y a pas de suggestion inconsciente possible dans ces conditions. »

Un fait, cependant, sembla prouver la possibilité d’une telle suggestion : à la consultation externe de l’bôpital de Nancy se présente, pour la première fois, une malade anémique. Je dis à M. Sterne, adjoint de M. le professeur Bernheim : « Puisque vous admettez la suggestion inconsciente, endormez cette malade sans le lui suggérer verbalement, sans lui faire fixer un objet brillant et sans faire de passes. » M, Sterne couche la malade, il appuie la main sur la région

CUAIMTIIE VI.

fi'onlale, sans regarder la jeune lille, cl, au liout de quehjues secondes, le soniuieil liynüli(|uc se mauii’este , iiou pas un souuneil siniulé, mais nu sommeil somnambulique bien caractérisé.

En comparant ce l'ait é ma première expérience de rhô[)ital de Moleubeek, on jioui'rait donc admettre que Joséphine, endormie par mon miroir, l’était par simple suggestion insconciente? Non, car l’iiùpital de Nancy est bien connu dans les environs pour les guérisons que l’on y obtient par l’hypnotisme; il n’est pas dans la ville un habitant, peutêtre, qui ne sache que M. Bernheim endort ses malades pour les guérir. l*ar conséquent, lorsque la jeune fille en question s’est présentée à la consultation du D"" Beridieim, et surtout lorsqu’on l’a fait coucher, elle a été suggestionnée, parce qu’elle savait que l’on peut endormir par ces moyens ; àl l’hôpital de Molenheek, les conditions sont toutes dilférentesl puisqu’on n’y a pas llhahitude d’hypnotiser. I

Depuis lors, à tout instant il m’est arrivé d’endormir, par] fixation d’un objet brillant, des sujets ignorant absolument ce] qu’on leur voulait. I

D’ailleurs, les faits rapportés précédemment par Azam et] Lajoie viennent à l’appui de cette manière de voir : une hys-i térique s’endort en se regardant dans une glace, un enfant de] 12 ans,, chez lequel aucune pratique hypnotique n’a été entre-] prise, s’endort en s’amusant à regarder une boule brillante,] et il s’endort non pas d’un sommeil normal, mais d’un sommeil profond, durant 20 heures, que rien ne fait disparaître et qui nécessite la présence d’un médecin pour être dissipé. j

La fascination, si bien décrite par Brémaud, n’est autre qu’un état d’hypnose produit, sans suggestion aucune, par la' fixation du regard. La fascination provoque immédiatement la perte de la spontanéité, rimpuissance de se soustraire à’ l’influence de l’objet ou de la personne qui opère, l’obéissance' passive ; elle n’est pas particulière à l’homme, le vautour, le faucon, le serpent fascinent leur proie et l’immobilisent.

On peut objecter à ces faits que la fixation du regard est une^ suggestion inconsciente, que la fatigue du regard donne 1 idée du sommeil, mais cela devient de la théorie pure, rien ne prouve

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

que la fixation d’un objet brillant sans suggestion aucune agit par suggestion inconsciente, d’autant plus que certains sujets, incapables d’ètrc hypnotisés par suggestion verbale, s’endorment rapidement par la lixation d un objet brillant.

.le préfère admettre que le sommeil hypnotique n’est pas toujours dû àla suggestion et qu’il peut être obtenu non seulement par suggestion, mais encore par tous les moyens ayant pour résultat de concentrer l’attention du sujet sur un point unique.

Les trois états de Charcot existent-ils?

Pour répondre à cette question il me suffira de citer un passage de mes conférences au jeune Barreau de Bruxelles, sur l’hypnotisme et le crime’ : « Que devons-nous penser en présence des deux grandes doctrines si différentes de Charcot et de Bernheim? Laquelle allons-nous admettre?

« Après avoir fait des expériences nous avons pu nous convaincre que le sommeil hypnotique se manifeste presque toujours sous la forme d’un somnambulisme plus ou moins profond. La catalepsie et la léthargie ont été d’une rareté exceptionnelle et ne se sont manifestées que chez des sujets fortement hystériques, dont les accès étaient suivis d’états comateux, représentant assez exactement les phénomènes cataleptiques et léthargiques que l’on pouvait voir apparaître par l’hypnotisation.

« Nous avons cherché à classer les principaux états sous lesquels peut se présenter le sommeil hypnotique ordinaire et nous avons cru pouvoir admettre, parmi les états se rapportant au somnambulisme, deux variétés fondamentales : les états somnambuloïdes et les états somnambuliques proprement dits.

« Les états somnambuloïdes sont caractérisés par la conservation de la conscience et de la sensibilité; les états somnambuliques s’accompagnent de perte de la conscience, d’automatisme et de perte de la sensibilité.

« Parmi les états somnambuloïdes, nous devons admettre quatre variétés essentielles :

I- Crocq Ills, L’hypnoiisme et crime (conférences au jeune Barreau de Bruxelles), Bruxelles, 1894.

CnAl'lTllE VI.

« 1“ Fjngourclisscinent sans perte de conscience ni de sensibilité, état cessant aussitôt <pic les moyens liypnogènes sont suspendus ; les yeux sont ouverts.

{( 2" Engourdissement plus prol'oiul, sans perte de conscience ni de sensibilité, ne cessant pas lorstpi’on suspend les moyens liypnogènes ; les yeux sont fermés; si on délie le sujet d’ouvrir les yeux, il se réveille.

(c 3" Sommeil véritable, sans perte de conscience ni de sensibilité, ne cessant pas lorsqu’on suspend les moyens hypnogénes; les yeux sont fermés ; si on défie le sujet d’ouvrir les yeux, il fait de vains efforts.

« 4° Sommeil véritable, sans perte de conscience ni de sensibilité^ ne cessant pas lorsqu’on suspend les moyens bypnogènes ; les yeux sont fermés; si on défie le sujet d ouvrir les yeux, il fait de vains efforts. Si on soulève les paupières, cét état somnambuloïde les yeux fermés, se transforme en état analogue les yeux ouverts.

« Dans tous ces états somnambuloïdes, le sujet est suggestible, mais il n’exécute pas les ordres qui lui déplaisent ; au contraire, dans les états somnambuliques véritables, il agit automatiquement, souvent sans contrôle.

« Il y a deux variétés d’états somnambuliques :

« 1" État somnambulique les yeux fermés ;

« 2° État somnambulique les yeux ouverts.

« Toutes les formes de sommeil hypnotique peuvent trouver place dans ces états types. »

On le voit, cette manière de voir se rapproche beaucoup de celle de Tamburini, qui considère les phénomènes somatiques décrits par Charcot comme pouvant se réaliser, en dehors de toute suggestion , chez les hystériques.

Mais, si j’ai obtenu chez certains sujets une catalepsie et une léthargie spontanée en dehors de toute suggestion , ces phénomènes n’ont cependant pas présenté tous les caractères que leur attribuait Charcot. Ainsi, je n’ai jamais vu la catalepsie se développer subitement, sans suggestion, sous l’influence d’un bruit subit ou d’une lumière vive ; je n’ai jamais pu non plus transformer la léthargie en catalepsie par l’occlusion des paupières.

Fig. 60.

Fig,

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

Lorsque j’ai pu observer la catalepsie chez des sujets neufs, c’est à la suite d’un soninieil soinnarabulitiue prolongé, provoqué soit par la fixation d’un objet lirillant, soit par des passes : le sujet, qui jusqu’alors présentait tous les caractères du somnainbulisine, ne répondait plus, n’obéissait plus aux suggestious ; il était immobile, toutes les parties de son corps conservaient les attitudes qu’on leur communiquait, il était anesthésique et présentait le phénomène de suggestion par attitude. Il était impossible de le réveiller par suggestion ; il fallait, pour arriver à ce résultat, souffler à plusieurs reprises sur ses yeux. Mais cet état cataleptique ne s’accompagnait pas forcément d’ouverture des paupières ; les yeux pouvaient être ouverts ou fermés sans que rien ne fût changé aux autres symptômes cataleptiques.

Jamais je n’ai vu l’occlusion des paupières d’un cataleptique provoquer la léthargie. Le sujet en léthargie était inerte, dans la résolution, anesthésique, ses membres étaient mous, flasques; il paraissait sans communication aucune avec le monde extérieur, ne répondant pas, n’obéissant pas, ne se réveillant pas par suggestion ; ses yeux étaient ouverts ou fermés et leur ouverture ne produisait pas la catalepsie. La fig. 60 (pl. XIX) représente une malade à Fétat de veille; la fig. 65 (pl. XXI) montre son attitude à l’état de sommeil; les fig. 61 (pl. XIX), 62 et 63 (pl. XX) indiquent jusqu’à quel point les attitudes communiquées se conservent, quelle qu’en soit la difficulté; la fig. 64 (pl, XXI) représente la catalepsie instantanée, jjar suggestion, au bruit d’un coup de revolver.

Quant à l’hyperexcitabilité neuro-musculaire, je ne l’ai observée qu’une seule fois, et encore ne suis-je pas tout à fait certain de ne pas avoir fait une suggestion involontaire.

On le voit, les phénomènes cataleptiques et léthargiques que j’ai observés, diffèrent sensiblement de ceux de Charcot : ils se rapprochent plutôt de ceux que Pitres décrit. Ils sont beaucoup moins extraordinaires que ceux qu’annonce le chef de l’Ecole de Paris.

Pour résumer ma pensée, je dirai que les trois états de Charcot, modifiés selon ce que je viens d’indiquer, peuvent

CIIAPITRK VI.

ç> observer, indépendamment do tonte suggestion consciente ou inconsciente, mais (|ue ces états n’appartienuent j>as à l’iiypnotisme ordinaire, physiologi(|ue , (ju’ils dépendent d’nn état pathologique, l’hystérie.

L’hypnotisme par lui-mème me parait être un état physiologique, selon les données de l’Ecole de Nancy; il ne se manifeste, par lui-même, que sous forme d’un somnamhulisme plus ou moins accusé.

Procédés d’hypnotisation et de réveil.

Comme l’a dit Richer, tous les procédés d’hypnotisation sont bons; cependant il est incontestable que, pour obtenir les résultats les plus avantageux, il faut user à la fois de tous les procédés.

Nous avons vu, en parlant de la méthode de Liébault, que cet expérimentateur regarde fixement le sujet en lui suggérant le sommeil ; Bernheim opère souvent de même, (]uelquefois encore il fait fixer ses doigts par le malade, d’autres fois il fait des passes.

Voici l’opinion de quelques auteurs qui ont bien voulu répondre à la question ;

Quel procédé dliypnotisation et de réoeil préférez-vous ‘ ?

Sanchez Heriie;ivo (de Madrid). « La fixation de la vue du sujet en la mienne, ou en mon appareil hypnotisateur, et la suggestion. » ■

Marot (de Paris). « Électisme. Fixation du regard, pression des globes oculaires,- souffle pour le réveil, le tout accompagné de suggestions : Vous dormez, etc..., réveillez-vous. »

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