‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 142 sur 208 · I. — ETA1’ DE LA SENSIDILITI · texte numérisé non relu

I. — ETA1’ DE LA SENSIDILITI

Examinons tout d’abord l’état de la sensibilité en dehoi’s fie toute suggestion, celui f[ui se présente spontanément sous l’influence du sommeil hypnotique pur et simple.

A. — Etat de la sensibilité en dehors de toute suggestion.

A. Sensibilité générale. — Il faut disting-uer la sensibilité cutanée à la douleur, au contact et à la température.

Les modifications de la sensibilité à la douleur pendant l’hypnose, étudiées chez des sujets vierg-es de toute expérience,)] m’ont paru, en g'énéral, suivre une marche assez constante ; 1^ plus souvent la diminution de la sensibilité à la douleur e.st^j eu rapport direct avec la profondeur du sommeil. C’est ce qiiq m’a autorisé A- considérer l’état de la sensibilité cutanée comme un des caractères principaux des différents états hypnotiques. Lorsque le sommeil est léger, lorsqu’il ne se manifeste que par un engourdissement plus ou moins profond, le sujet sent la piqûre ou le pincement, il se réveille, ou bien sa figure se contracte, elle prend l’expression de la douleur et la partie fin corps lésée tend à s’écarter de la main qui pique ou qui pince. C’est ce que l’on rencontre dans les états que j’ai appelés « somnambiiloides ».

11 est certain que la sensibilité à la douleur dans les états somnambuloïdes, n’est pas toujours aussi nette qu’à l’état de veille, il existe des transitions insensibles, formant un trait d’union ininterrompu aux états somnambuliques, dans lesquels celte sensibilité est généralement abolie. Ainsi, dans les deux premiers degrés des états somnambuloïdes, la sensibilité e.st presque toujours intacte, tandis que, dans les deux derniers degrés, elle s’émousse d’habitude de plus eu plus, à mesure que le sommeil devient plus prolond.

discussions et opinions peiisonnelles.

(Vest pourquoi, lorsipi’on hypnotise pour la, première fois une personne, et qu’elle n’alteint qu’un des deux premiers degrés de sommeil, sa sensibilité est normale; lorsqu’au contraire on réÿiète les séances d’hypnotisation, et que le sommeil devient de plus en plus profond^ la sensibilité à la douleur diminue graduellement jusqu’à être complètement abolie, et cela sans suggestion aucune.

. Dans les états profonds, somnambuliques véritables, l’anesthésie spontanée est la règle presque absolue ; on peut presque toujours alors piquer, pincer le sujet sans réveiller aucune réaction; on peut couper impunément, ainsi que l’attestent les. opérations chirurgicales que l’on pratique en somnambulisme profond, sans provoquer la moindre douleur. Ici encore, des transitions insensibles existent depuis la simple hypoestliésie, propre aux derniers degrés des états somnambuloïdes, jusqu’à l’anesthésie complète, caractéristique du sommeil le plus profond.

Ces données relatives à l’état de la sensibilité cutanée m’ont été suggérées par de très nombreuses expériences ; elles représentent la règle.

Mais il n’y a pas de règle sans exception, aussi ai-je toujours eu soin de restreindre mes affirmations par les mots : généralement, le plus souvent, d’habitude, etc.

C’est que, dans quelques cas, j’ai observé des états de sensibilité qui n’étaient nullement en rapport avec la profondeur du sommeil ; j’ai vu des sujets profondément endormis, suggestibles au dernier point, automates parfaits, jusqu’à réaliser les suggestions les plus criminelles, chez lesquels la sensibilité cutanée était intacte. Dans d’autres cas des sujets peu suggestibles, en états somnambuloïdes, étaient complètement anesthésiques. Ces cas existent, ils doivent être signalés, mais étant exceptionnels, ils ne peuvent justifier l’opinion que rien n’est constant dans l’état de la sensibilité des hypnotisés.

La sensibilité au contact et à la température parait suivre les mêmes règles (pic la sensibilité à la douleur, il m’a cependant semblé que les exceptions à la règle sont plus nombreuses pour la sensibilité thermique, c’est-à-dire (|ue les

CtlAlMTHK VI.

sujets réagissent plus souvent pour ce genre de sensibilité (pic pour les deux autres, (ihez tous mes sujets j'ai étudié les trois genres de sensibilité (la première en perçant d’outre en outre la peau du sujet, la seconde en produisant un contact quelconque, la troisième en plaçant subitement un cigare allumé contre le bras) et j’ai remarqué que certains sujets, insensibles à la piqûre, réagissent à la brûlure; au contraire, tous les sujets insensibles à la brûlure l’étaient également à la piqûre.

11. Sensibililés spéciales. — Ici encore nous devons d’abord étudier l’état de la sensibilité sensorielle eu dehors de toute suggestion. Généralement, lorsqu’on endort un sujet, ses yeux se ferment. Il n’y a que le premier degré des états somnambuloïdes dans lequel les yeux soient ouverts, et encore, dans cet état, les yeux sont immobiles, fixes, absorbés dans la contemplation soit du regard de l'hypnotiseur, soit du miroir, soit des doigts, soit d’un point de repère extérieur quelconque, ils ne voient pas.

On peut donc dire que, normalement, chez les sujets vierges de toute expérience, le sommeil hypnotique s’accompagne d’abolition ou de diminution notable du sens de la vue. Si l’on soulève les paupières, le sujet voit, répondra-t-on! Oui, mais l’acte de découvrir l’œil, n’est-il pas une suggestion involontaire? Nous ne devons envisager ici que 1 état de la sensibilité, sans l’intervention d’aucune suggestion, c’est pourquoi je conclus à l’abolition presque constante de la vision. Il faut même remarquer que la sensibilité visuelle disparait beaucoup plus rapidement que la sensibilité cutanée, puisque la plupart des sujets qui conservent cette deinièic

sensibilité, ont les yeux fermés.

Pour ce qui concerne la sensibilité auditive, on peut dire, qu’en général, elle ne s’éteint jamais ; j ai bien observé des sujets qui ne me répondaient pas, qui ne m obéissaient pas, qui semblaient étrangers à tout ce qui se disait autour d’eux, ne se réveillant même pas par suggestion verbale, mais je dois reconnaître que ce sont là des cas tout à fait exceptionnels, je dirai pathologiques : les malades qui ont présenté ce phéno-

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mène, ont aussi très souvent moniCesté les symptômes hystériques fie catalej)sie et de léthargie de Charcot.

La sensibilité olfactive et gustative m’a paru se modifier en raison des altérations de la sensibilité cutanée à la douleur : les sujets eu états somnambuloïdes sentaient plus ou moins fortement rammoniaque, ceux qui atteignaient les états somnambuliques restaient insensibles à ce produit. Des résultats analogucsont été obtenus pour la sensibilité gustative explorée à l'aide de sel, d’acides, etc. Il est bien évident, comme c’est du reste le cas pour la sensibililé cutauée à la douleur, qu’il existe des transitions insensibles entre la sensibilité intacte de ces sens et leur anesthésie complète. On peut aussi rencontrer des cas exceptionnels, clans lesquels ces sens sont normaux alors que la sensibilité cutanée est abolie.

Le sens musculaire parait suivre les mêmes règles ; en général, dans les états superficiels de l’hypnose, le sujet a conscience des attitudes c|ue l’on imprime à ses membres; dans les états profonds, au contraire, il ignore absolument la position cju’on leur donne, ce cjui peut faciliter singulièrement la perpétration du viol et des attentats à la pudeur.

Cependant, objectera-t-on peut-être, dans certains cas, le sens musculaire paraît exalté, puisqu’on peut produire des suggestions par attitudes communicpiées ! On peut certes produire des suggestions par le sens musculaire, mais, encore une fois, nous ne devons étudier ici que l’état de la sensibilité en dehors de toute suggestion ; en donnant à un sujet une attitude particulière, celle de la prière, par exemple, on lui suggère l’idée de la prière, on réveille le sens musculaire en manipulant le sujet. Si l’on place tout .simplement un membre dans une attitude cjuelconque et que bon interroge le sujet sur la position qu’occupe ce membre, il répondra généralement : «Je ne sais pas », à condition bien entendu que l’hypnose soit suffisamment profonde.

Les sensations viscérales subissent-elles des modifications spontanées pendant l’hypnose ? Certainement, et la preuve en est dans la possibilité de pratiquer sans douleur des opérations chirurgicales dans les états profonds de l’hypnose.

CIIAIMTRK VI.

- Eli résumé doue, on peut dire ([ue sans suggestion, spontanément, par le seul fait de l’hypnose, les sensibilités tant générales que spéciales subissent des modifications, en général |d’autant plus intenses que le sommeil est plus profond ; de toutes les sensibilités celle qui s’émousse le plus rapidement c’est la vision, celle qui s’émousse le moins rapidement c’est l’ouïe.

Comment se fait-il que l’ouïe seule ne subit pas l’inlluence bypoesthésiante du s'onuneil hypnotique ; c'est que l’hypnotiseur restant eu communication av'ec son sujet, par ce sens, lui suggère involontairement d’entendre.

ji — État de la sensibilité modifiée par suggestion.

Les sensibilités générales et spéciales étant, sous l’influence du sommeil provoqué, dans l’état que nous venons de décrire, on peut, par suggestion, les modifier comme on veut : on peut les amoindrir, les abolir, les exalter au gré de l’hypnotiseur. C’est ainsi qu’on peut produire une finesse excessive de la sensibilité douloureuse, thermique, tactile, visuelle, olfactive, gustative, musculaire ou viscérale. Ce sont là des états artificiels suggérés, nullement inhérents au sommeil hypnotique môme. Il serait tout aussi absurde d admettie l’exaltation des sensibilités chez l’hypnotisé comme un caractère de l’hypnose, que de considérer la criminalité comme inhérente à cet état. On peut par suggestion provoijuer cette exaltation comme on peut par suggestion produire des actes criminels.

Pour résumer ma pensée, je dirai que les sensibilités de l’hypnotisé peuvent être amoindries, abolies, exaltées, perverties au gré de l’hypnotiseur, mais que ces modifications suggestives n’altèrent en rien la réalité des modifications spontanées que subissent ces sensibilités sous l’influence spéciale

de l’hypnose.

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