Luys (Société de Biologie. Nov
3. Binet et Féré, Le magnétisme animal. Paris, 1887, p. 199, et Revue philos., 1885, p. 369.
ClIAPlTllIi VI.
Liiys* siu’ la visibilité des effluves inagnéliques et électricjues chez les sujets placés eu état hypnotique. « rarmi les aptitudes des sujets placés en état hypnoti(iue, dit Luys, il en existe une très remarquable : c’est de devenir sensibles à l’action des eflluves aimantés, d’ôtre attirés et repoussés par ces effluves, et surtout de percevoir les différences de coloration des effluves qui émanent soit du pôle positif (rouge), soit du pôle négatif (bleu). »
Ces phénomènes, que l’on pourrait qualifier de merveilleux, ont été diversement interprétés; certains auteurs s’eu sont déclarés partisans, d’autres les ont niés.
Je voudrais aujourd’hui. Messieurs, vous démontrer que tous ces phénomènes existent réellement , mais qu'ils sont tous d’ordre suggestif.
Faisons rentrer Léon, que nous avons eu soin de faire sortir pendant ces préliminaires, endormons-le et voyons ce qui va se produire.
Je lève le bras droit du sujet : ce bras reste immobile, dans la position que je lui ai donnée; j’approche un aimant, sans rien dire, de son bras gauche; au bout de quelques secondes, le bras droit s’abaisse insensiblement, le gauche s’élève et prend la position de l’autre. Je recommence cette expérience, elle réussit toujours; je la fais aux membres inférieurs, même résultat; je place l’aimant derrière la tète du sujet : ses bras s’élèvent, d’abord le droit, puis le gauche. On pourrait croire que le sujet se guide sur ma présence d’un côté ou de 1 autre de son corps et qu’il sait ainsi de quel côté j’approche l’aimant, bien que ses yeux soient bandés. Il n’en est rien. Vous voyez. Messieurs, que je viens de prier, par signes, M. R. Verhoogen d’approcher l’aimant pendant que je parlais à dessein du côté opposé; le transfert s’est produit. M. Gratia pense qu’il pourrait y avoir suggestion mentale; je me place loin du sujet, je lui tourne le dos, je ne sais ce qu’il doit faire, et le transfert réussit encore. Toutceci semblerait indiquer l’existence réelle de l’action de l’aimant sur les sujets endormis; mais si
1 . Luys, De la visibilité des effluves magnétiques et électriques cliei les sujets en état hypnotique (Ann, de psych. et dhypn., 1892, p. 193).
DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES
j’appi'oche mes poings an lieu d’apppocliei* l’aimant, les mêmes phénomènes se reproduisent de rechef!
On pourrait m’objecter que si Charcot, Luys etc., attribuent au fluide magnétique certaines actions sur les somnambules, Luys, de Rochas, etc., croient que l’homme e.st cliargé d’un fluide analogue et que, par conséquent, quand j’approche mes poings, le fluide qui s’en dégage peut agir semblablement sur le somnambule.
Malheureusement, si j’approche ma canne au lieu d’approcher l’aimant ou mes poings, le transfert se fait encore; je puis approcher un objet quelconque , toujours le phénomène se réalise. Il faudrait donc admettre que tous les corps sont bons conducteurs du fluide humain et que ce fluide humain est analogue au fluide de l’aimant.
.le ne crois pas pouvoir accepter une telle théorie et je préfère conclure de ces expériences une chose bien simple : c’est que mon sujet sent lorsqu’on approche un objet quelconque de sou corps, qu’il est hyperesthésié, qu’il possède en somme une sensibilité très grande, une espèce de pseudo-extériorisation de la sensibilité.
On pourrait objecter k cette manière de voir que Léon est anesthésique, puisqu’on peut, comme je l’ai fait tantôt, le piquer, le brûler sans produire de réaction. Je répondrai à cela que mon sujet peut parfaitement être en même temps anesthésique et hyperesthésique pour certaines sensations, qu’il peut présenter une dissociation sensorielle analogue à celle des noctambules qui ne voient, qui ne sentent, n’entendent que ce qui fait partie de leur rêve. Un noctambule se lève, il allume sa bougie, il travaille ; plusieurs personnes entrent, il ne les voit pas; elles allument d’autres bougies, il ne s’aperçoit de rien et continue à travailler; quelqu’un éteint la bougie allumée, par le noctandjule^ aussitôt ce dernier ne voit plus, il tâtonne, cherche des allumettes, se heurte aux meubles ; il ne voit que lorsque sa bougie est allumée ; les autres lumières ne l’éclairent pas, il ne les voit pas.
Eh bien. Messieurs, je crois que Léon présente une dissociation analogue; son rêve, à lui, c’est ce que je veux lui faire
CIlAl'lTllE VI.
faire, c’est la. suf’f’cstion. .le no lui ai jannais dit de présenter ces pliénoinènes , mais cerlaines phrases peuvent m’avoir échappé et avoir produit eliez lui une véi-itable suggestion; je dirai avec Bernheim’, « qu’on ne saurait croire avec quelle finesse certains hypnotisés flairent^ si je puis dire ainsi, l’idée qu’ils doivent réaliser ; un mot, un geste, une intonation les mettent sur la voie. »
Pour moi, tous ces phénomènes sont dus à de la suggestion inconsciente, involontaire.
Quant au transfert de Babinski, d’un sujet à un autre, j’en ai vu de nombreux exemples à la Charité, dans le service de Luys. Je suppose un individu atteint de contractures hystériques; on le fait asseoir^ on lui place les mains dans celles d’un sujet endormi, assis en face de lui, les genoux de l’un touchant ceux de l’autre. On promène un aimant tout le long des bras des deux individus en passant par leur poitrine; bientôt la contracture se manifeste chez le sujet endormi , en tout semblable à ce qu’elle était chez l’hystérique éveillé.
On peut reproduire ces expériences, mais elles ne réussissent que quand le sujet endormi sait quelle maladie il doit présenter' si on lui bande fortement les yeux, si on l’amène ensuite auprès d’un malade qu’il n’a jamais vu, si l’on a surtout soin de ne laisser échapper aucune parole, de ne faire aucun geste, le sujet présente des phénomènes qui peuvent encore, par hasard, être exacts, mais qui, le plus souvent, sont inexacts.
Pour prouver d’une manière irréfutable la nature suggestive du transfert de Babinski, je puis procéder comme je l’ai lait pour le transfert ordinaire : au lieu de me servir de 1 aimant, je promène mes poings ou une canne sur les bras des deux individus eu expérience, et le translert se reproduit tout aussi bien (ju’avec l’aimant.
Cela diminue-t-il la valeur thérapeutique du transfert de Babinski, tel que Luys l’employait à la Charité.^ ÎNullement, car si tout, dans le transfert, est suggestif, ce transfert frappe
1. Beunheim, De l'aclion médicamenteuse à distance (lievue de l’li]ipnotisme, 1888, p. 164.)
DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES
I fortement l’imagination du malade qui voit son mal passer I à un autre individu et qui s’en trouve véritablement soulagé. I Le transfert peut être un puissant moyen curatif par sugges-
i tion, bien qu’il n’ait, à mon avis, aucune valeur scientilique.
! Est-il nécessaire de dire que le transfert à distance d’étals névropathiques variés à l’aide d’une couronne aimantée,
I procédé recommandé par Luys, n’est aussi qu’une manière de ï suggestion?
! Ici encore, comme pour le transfert ordinaire et le transfert L de Babinski, on peut obtenir des expériences très belles et très concluantes; mais c’est toujours que le sujet endormi, chez lequel doivent se manifester les symptômes névropathiques, i a flairé, deviné par un indice quelconque ce qu’il doit présenter;
cette sensibilité exquise que vous avez remarquée. Messieurs,
I dans les expériences de transfert, le sujet la met à son service I pour recueillir les moindres impressions pouvant lui faire
i deviner ce qu’il doit faire. Ici encore, si l’on fait l’expérience avec un malade que le sujet ne connaît pas, si l’on a soin de ne lui donner aucun indice, les résultats sont vagues, incons- I tants; si l’on se sert d’une fausse couronne aimantée, en fer ou en bois, l’expérience réussit tout aussi bien qu’avec la couronne aimantée véritable.
Je crois donc que la valeur scientifique de ces couronnes aimantées est douteuse, mais, je crois que leur valeur thérapeutique est, au contraire, très grande; j’ai été témoin, à la Charité, d’améliorations et même de guérisons par l’application ; journalière de ces couronnes. C’est que, de même que le transfert, l’application de ces couronnes est un moyen puissant de suggestion ; le mélancolique, le neurasthénique, le névropathe quelconque qui voit la maladie qui l’obsède passer ainsi de son cerveau à celui d’un autre individu croit réellement être . débarrassé d’une partie de son mal et guérit, ou est soulagé par suggestion.
‘ La polarisation psychique de Binet et Féré se réalise dans ' les mêmes circonstances : Si je donne à Léon l’hallucination f d’un singe, ou si je lui fais regarder pendant son sommeil (les yeux ouverts) un banc ou un objet quelconque, riiallucination