‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 186 sur 208 · I. — Le viol · texte numérisé non relu

I. — Le viol

Le viol peut non seulement être pratiqué sur des somnambules passives, inconscientes, il peut encore être commis sur des sujets qui savent ce qu’on leur fait, qui se livrent parce qu’on le leur suggère et qui peuvent même prendre une part active à l’acte du coït. Voici un procès se rapportant à cette variété de viol :

Affaire Castellan. — Le docteur Tardieu rapporte dans son Étude medico-légale sur les attentats aux lUŒurs, la communication suivante, qu’il doit au docteur J. Roux ; Le 31 mai 1865, vers 6 heures du soir, un homme de vingt-cinq ans, laid, mal vêtu, portant de longs cheveux noirs et une barbe inculte, affligé en Outre d’un pied bot, se présentait à la porte

CHAPITIUC VI.

d’une maison du hameau des flonilo, commune de Sollicslarlide (Var), habitée par un vieillard, le sieur Hughes, et deux do ses enfants, un jeune garçon d’une quinzaine d’années et une fille de vingt-six ans, appelée Joséphine. Cet homme, qu’on a su depuis se nommer Castellan Trinothée, était un ancien ouvrier bouchonnier qui, à la suite d’une blessure à la main, avait abandonné son travail pour contractei- des habitudes de vagabondage et se donnant à l’occasion pour un guérisseur, pour un magnétiseur et mémo quehjue peu pour sorcier. Du reste il était inconnu dans le hameau et ne s’exprimait que par gestes, feignant d’ètre sourd et muet.

On a pitié de sa misère, on le laisse prendre place à table et l’on remarque qu’il affecte certaines pratiques étranges; le lendemain Castellan reste seul avec Joséphine, quelques voisins se montrent dans la matinée, l’un d’eux remarque en entrant que Castellan traçait avec la main des signes circulaires derrière la jeune fille, celle-ci paraissait en éprouver du malaise. De midi à 4 heures, le mendiant reste seul avec la jeune fille, ce qui s’est passé pendant ce temps n’est connu que par la déposition de cette dernière. A midi, poussée^ dit-elle, par un sentiment de compassion, elle invita Castellan à partager son diner. Il accepta et s’assit en face d’elle. Elle prit d’abord une cuillerée de haricots ; au moment où elle allait porter la deuxième à sa houche, Castellan, rapprochant le pouce et l’index, fit geste de projeter quelque chose dans la cuiller, sans qu’elle y vit rien tomher toutefois. Tout d un coup, avant d’avoir pu avaler cette deuxième cuilleree, elle se sentit défaillii . A partir de ce moment ses souvenirs deviennent plus confus. Revenue à elle sous l’influence de quelques aspersions d’eau froide que lui aurait faites Castellan, elle se serait dirigée vers la porte et se serait évanouie de nouveau avant d y arriver. Alors il l’aurait prise dans ses bras, l’aurait emportée dans sa chambre, couchée sur un lit, et aurait assouvi sur elle sa biutale passion. Elle prétend qu’elle a eu conscience de ce qui sc passait, mais sans pouvoir s’y opposer en aucune manière. Elle n’a pas eu la force seulement de frapper contre le mur, ce qui aurait suffi pour attirer les voisins. Elle ne se souvient pas si

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Castollaii a renouvelé sur elle, plusieurs fois les mêmes actes. Elle croit avoir reçu des coups, mais elle ne peut dire pourquoi. Elle ne sait, enfin, s’il lui a commandé de sortir avec lui; mais elle est convaincue qu’elle y a été poussée par une force irrésistible.

Quoi qu’il en soit, vers 4 heures, on les voit sortir ensemble et s’éloigner, au grand étonnement des voisins, que l’air égaré de Joséphine Hughes remplit de compassion, et qui ne peuvent comprendre qu’une jeune fille dont la réputation est restée intacte jusque-là, puisse suivre ainsi un mendiant, bien fait pour inspirer la répulsion. Elle part avec de grossiers vêtements de travail, jetant aux gens qu’elle rencontre des paroles incohérentes, leur disant qu’elle suit le bon Dieu, etc. Castellan affirme que, sur la route, elle avait pris, suivant un usage en vigueur dans le pays, deux témoins de son départ volontaire; mais les témoins n’ont pas été retrouvés.

Ils errent pendant deux jours; le troisième jour, ils arrivent au hameau de la Capelude; ils entrent dans la maison du sieur Condrozer, et les voisins accourent en foule. La journée se passe pour la jeune fille, dans des alternatives d’exaltation et de calme relatif. Tantôt elle prodigue à Castellan les marques d’une affection passionnée, mêlant à ses caresses des phrases incohérentes dans lesquelles les mots de fleurs, âme, bon Dieu, etc., reviennent à chaque instant; tantôt, au contraire, elle le repousse et manifeste pour lui la plus profonde horreur. Le soir, elle exprime la volonté d’aller coucher avec une jeune fille dans une maison voisine. Castellan refuse de la laisser partir. Pour vaincre sa résistance, il fait quelques signes étranges; d’autres témoins affirment qu’il la touche légèrement au-dessus de la hanche et au front. Elle tombe aussitôt évanouie dans ses bras et reste ainsi près de trois quarts d’heure sans mouvement. Alors, sans qu’elle puisse sortir de cet état, il lui fait monter les quinze marches de 1 escalier en la soutenant par les aisselles et lui soulevant les jambes à l’aide de ses genoux. Pendant ce temps, il lui faisait compter à haute voix les marches qu’elle franchissait.

« Youlez-vous que je la fasse rire? » dit-il à un des assistants.

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