CHAPITRE VI
et aussitôt elle pousse un éclat de rire insensé. Un voisin aide à la déshabiller j lui relire ses bas, et, surpris de son état d’insensibilité, lui chatouille fortement la plante des pieds sans produire sur elle la moindre impression. Pour la rappeler à elle, Castellan lui applique trois vigoureux soufflets. Le lendemain, Joséphine présente le même état que les jours précédents ; tantôt la jeune fille tombe dans ses idées exti-avag’antes, tantôt elle déplore vivement sa position, prie les gens qui l’entourent de ne pas l’abandonner et repousse Castellan avec horreur.
Le surlendemain matin ils rencontrent des chasseurs qui interpellent Castellan; pendant que le mendiant s’arrête, la jeune fille continue sa route, et, se trouvant masquée par un pli de terrain, elle fait un détour et arrive en courant à la maison d’où elle venait de sortir, exprimant toute sa joie d’avoir échappé à son ennemi et demandant avec instance qu’on la dérobe à ses recherches.
Castellan ayant été arrêté sous l’inculpation de vagabondage et de mendicité, le magistrat a soulevé subsidiairement la question de savoir si, dans ses relations intimes avec la fille Hughes, le prévenu avait pu, par l’influence des manœuvres magnétiques, abolir sa liberté morale au point que les relations prissent le caractère du viol.
Les docteurs Auban et J. Roux furent chargés de donner leur opinion au sujet de cette aflaire; avec MM. Tardieu, Devergie, Coste et de Braquier, ils sont arrivés aux conclusions suivantes :
1“ Que par des manœuvres dites magnétiques, on peut exercer, sur la volonté de toute personne exceptionnellement disposée par son tempérament nerveux, une influence telle que sa liberté morale soit pervertie, ou plus ou moins complètement anéantie.
2“ Qu’en plongeant une jeune fille dans le sommeil magnétique, on peut avoir avec elle des relations intimes dont elle n’ait pas conscience au moment où elles s’accomplissent.
3" Qu’il est possible que, par l’effet magnétique, la sensibilité soit assez émoussée et la volonté suffisamment annihilée chez
Fio. 79.
DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES
nue jeune fille, pour qu’en dehors du sommeil magnétique i complet elle n’ait plus la liberté morale nécessaire pour J s’opposer à des relations intimes ou pour y donner un consentement intelligent.
Ces conclusions furent confirmées par les docteurs Hériart, Jj Paulet et Theus appelés à éclairer le jury sur cette affaire mystérieuse et Castellan fut condamné à douze ans de travaux forcés.
L’affaire Castellan est la seule que l’on puisse rapporter au viol d’une somnambule active, mais l’expérimentation prouve que ce crime pourrait être commis dans bien des cas par un hypnotiseur malhonnête. (Expériences de Liégeois).
J’ai pu, avec Léonie, me convaincre de la possibilité de ce genre de viol, il suffisait de lui dire : « Voici votre amant, » pour qu’elle étreigne avec passion le premier élève venu qu’il me plaisait de désigner. La figure 78 (PI. XXVIII) représente une de ces scènes.
Il est certain que l’on pourrait par ce subterfuge, violer une jeune fille, à plus forte raison une jeune femme, en lui faisant w prendre une part active à l’acte du coït.
Toutefois la résistance doit être grande chez les sujets dont le sens moral est très développé ; il est certain qu’une jeune fille qui désire ardemment se marier, qui se représente l’état d’épouse, pourra accepter l’illusion du mariage, mais une r' jeune fille innocente qui n’a jamais songé au mariage que par 'j-- hasard, n’acceptera, je crois, pas cette illusion. (Expérience ' , de Delbœuf).
Le criminel ne sera du reste jamais certain de l’impunité, les circonstances énoncées précédemment à propos du viol des somnambules passives, peuvent mettre la justice sur la voie de la vérité : l’hypnotiseur malhonnête court toujours de grands dangers.