‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 190 sur 208 · IV. — Les faux et les captations de testaments · texte numérisé non relu

IV. — Les faux et les captations de testaments

Les faux, comme les vols, peuvent être intra ou post-hypnotiques, suivant qu’on les fait exécuter pendant ou après le sommeil hypnotique.

a. Les faux intra-hypnotiques sont assez facilement réalisables : je ne connais aucun procès se rapportant à ce genre de délit, mais l’expérimentation en prouve la possibilité. Dans

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l’étiide que j’ai faite des suggestions intra-hypiiotiques , j’ai ^ rapporté quelques expériences de faux : j’ai fait faire par

I X... et Adrienne C., des bons de 500 et de 1 000 francs

; parfaitement écrits et valables.

J’ai reproduit souvent cette expérience et j’ai réussi dans un ï certain nombre de cas à obtenir des bons pour des sommes f importantes.

^ Dmis les expériences précédentes, je n’ai parlé que des

I' sujets automates ; mais lorsqu’il s’agit de faire faire des faux

à d’autres somnambules, on rencontre quelquefois une résistance invincible.

Il m’a été absolument impossible de faire faire un bon de oOO francs par Joséphine :

« Écrivez. «

, Elle prend la plume.

« Bon pour cinq cents francs. »

Elle ne bouge pas.

« Eh bien !

I ; — Je n’écrirai pas cela, je ne vous dois rien.

— Écrivez, je vous l’ordonne, vous ne pourriez pas fairt ^ autrement.

■i — Non, jamais, je ne vous dois rien. »

' Il m’a été absolument impossible de lui faire écrire le bon ; voyant cette résistance, j’écris sur un morceau de papier : « Bon pour cinq cents francs », et je lui dis :

« Signez. »

Elle obéit, parce que rien dans mon ordre n’a choqué son sens moral ; elle ne se rend pas compte que donner sa signature est un acte grave.

• Mais voici Jeanne L., je l’endors et je lui dis :

[ « Écrivez. »

I Elle prend la plume,

ï « Bon pour cinq cents francs.

' — Jamais je n’écrirai cela, je ne dois rien à personne.

— Je veux que vous l’écriviez, vous n’avez pas de volonté, je vous ordonne d’écrire, il le faut.

— Je ne veux pas écrire que je dois de l’argent.

r.iiAi'iTiU': VI.

— Mais vous me devez celle somme ; vous vous rappelez bien qu’un jour, ay;mt à payer voire tapissier, vous m’avez emprunté de l’argent,

— Je ne dois jamais rien à personne ; je paie tout ce que j’achète.

— Rappelez-vous bien, c’était un jeudi, à 2 heures de l’après-midi, vous êtes accourue chez moi disant que vous deviez une forte somme sous peine d’être poursuivie.

— Non, non, cela n’est pas vrai et je ne veux pas m’entendre parler de la sorte. »

Usant alors du subterfuge fjui avait réussi chez Joséphine D. . . ., j’écris le hou et le lui présente :

« Signez ce papier.

— Qu’est-ce?

— C’est un fait insignifiant.

— Oui, mais de quoi s’agit-il?

— Signez, cela ne vous regarde pas.

— Gomment! cela ne me regarde pas, mais. Monsieur, je ne donne ma signature que quand je sais pourquoi.

— C’est un bon.

— Un bon! Pourquoi?

— Un bon de 500 francs.

— Je ne le signerai pas, il est inutile d’insister. »

Il n’y eut pas moyen de faire obéir la malade; je voulus alors m’assurer si la résistance serait la même pour l’exécution d’un acte indifférent.

« Écrivez, lui dis-je. »

Elle prend la plume.

(c Écrivez : Je m’appelle Jeanne L. . ., je demeure rue. . ., n“ . . . , etc. »

Elle m’obéit à l’instant.

Ces expériences prouvent que la résistance des somnambules à exécuter des actes criminels se fait suivant les lois que j ai indiquées déjà à propos des suggestions intra-hypnotiques : certains sujets sont des automates parfaits, ils exécutent tous les ordres, quels qu’ils soient, ils réalisent l’idéal de Liégeois . « Ils sont comme le bâton dans la main du voyageur; » ou

DISCUSSIONS lîT OPINIONS PKllSONNKLLUS.

encore : « Ils vont à leur but comme la pierre qui roule; » d’autres résistent A toutes les suggestions qui leur sont désagréables, ils n’exécutent que les ordres conformes A leurs sentiments intimes, ils réalisent l’idéal de Brouardel; d’autres enfin sont intermédiaires entre les deux variétés précédentes, ils opposent une résistance apparente que l’on peut toujours vaincre en insistant.

h) Les faux post-liypnotic[ues sont beaucoup plus difficiles à j-éaliser, cependant chez certains sujets particuliers on peut arriver à faire écrire ou signer des bons après le réveil.

Comme je l’ai dit précédemment, à propos de l’étude de la résistance aux suggestions post-hypnotiques, il est possible de faire écrire à Eudoxie M..., après le réveil, un bon de 1 000 francs signé.

« Ecoutez-moi bien, lui dis-je; après votre réveil je ferai entrer ici deux personnes, devant elles vous écrirez : Je reconnais devoir à M. X. . ., la somme de 1 000 francs.

Bon pour mille francs.

Bruxelles, le 1892.

Vous m’avez bien compris, il faut que vous écriviez sans hésitation. »

Je réveille Endoxie, je fais entrer deux personnes, la jeune fille les regarde, puis elle se dirige vers une table, s’assied et écrit textuellement ce qui lui avait été suggéré; elle paraissait éveillée. Quelques instants après, elle ne se souvenait plus d’avoir écrit le bon.

« Regardez, vous avez écrit que vous me devez 1 000 francs.

— Moi ! je n’ai rien écrit.

C est cependant bien votre écriture et votre signature.

— Oui, mais je ne me rappelle pas l’avoir écrit, vous me l’aurez sans doute fait faire pendant que je dormais! »

Cette phrase aurait suffi, prononcée devant deux témoins, pour faire découvrir la fraude, mais un habile escroc aurait procède autrement. Après avoir de nouveau endormi Eudoxie, je lui dis :

CIIAPITIIK VI.

« A votre réveil vous écrirez telle chose (je répète les termes du premier bon), vous saurez me devoir cette somme pour un prêt que je vous ai fait il y a un an, et vous reconnaîtrez parfaitement m’avoir fait un bon en échange de la somme que je yous ai remise. »

Je la réveille.

« Reconnaissez-vous ce bon de 1000 francs?

— Oui, je vous l’ai donné il y a un an; j’avais besoin d’argent, vous m’avez prêté 1 000 francs. »

Eudoxie M. . reconnaît, devant deux témoins, la dette que je lui ai suggérée; cette jeune fille obéit automatiquement aux ordres qu’on lui donne en somnambulisme. Mais en général, la résistance à faire faire un faux billet après le réveil est bien plus grande encore que celle que l’on rencontre pour les faux intra-bypnotiques. Les figures 80 (PI. XXIX) et 82 (PI. XXX) sont les reproductions de faux billets écrits par Eudoxie pendant le somnambulisme.

X..., qui nous a fait un bon signé de 500 francs pendant le sommeil, ne réalise pas le faux après le réveil; Adrienne G... résiste aussi beaucoup plus pour réaliser le faux post-hypnotiqne que pour le faire pendant le sommeil.

Il ressort de ce que je viens de dire que l’on peut, dans certaines circonstances, faire signer ê un sujet, soit pendant, soit après le sommeil, un billet quelconque; mais le faux exécuté dans de telles conditions, peut exposer le suggestionneur à de grands dangers. Il peut, en effet, se faire que le sujet se demande comment et pourquoi il a emprunté une somme, il sait que M. X. . . hypnotise, ses parents, ses amis le .savent, des soupçons naîtront dans leurs esprits, ils feront une enquête et l’escroc sera dévoilé. Malgré ces dangers que court l’hypnotiseur criminel, il peut arriver, dans bien des cas, que le vol réussisse, il faut que l’on soit averti de la chose afin de pouvoir, dans l’occurrence, dévoiler le faussaire.

On comprend que l’on peut tout aussi facilement faire faiie, par un somnambule, un faux testament que 1 on peut lui faire exécuter un bon à payer.

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