‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 203 sur 208 · Réponses à mon questionnaire · texte numérisé non relu

Réponses à mon questionnaire

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

que l’isolement de Charcot). Ce mode de traitement pourra être souverain dans beaucoup de manies de toxicomanie, dans la morphinomanie, par exemple, où ce qu’il importe le plus, c’est, non pas supprimer le poison, l’état morphinique, ce à quoi on arrive relativement facilement par l’isolement, mais supprimer le désir du poison. J’ai rapporté (Société d’iiypnologie et Revue de l hyjjn. 1893) une observation particulièrement intéressante à ce point de vue : une morpbinomane, hystérique, prenant de la morphine depuis six ans (un gramme avoué par jour) et guérie depuis cinq ans complètement par suppression brusque, avec cette suggestion dans l’hypnose, répétée seulement deux fois! Vous ne voudrez plus de morphine, vous n’en désirez plus.

« La suggestion doit encore être employée dans la plupart des phobies des neurasthéniques. C’est pourquoi il importe tant de signaler chacune de ces phobies, non pour multiplier les types, mais parce que la suggestion n’a chance de réussir que si elle est très précise.

« Enfin encore pour certaines mauvaises habitudes de quelques enfants; l’onanisme par exemple. »

Azam (de Bordeaux). « Oui, à mon sens, la suggestion n’a d action que contre les affections d’origine nerveuse, particulièrement contre celles qui dérivent de l’hystérie. »

Burot (de Rochefort). « La réserver surtout aux névropathes. »

G. Ballet (de Paris). « Le rôle thérapeutique est des plus restreints. » ^

Dümontpallier (de Paris). « Applications multiples. «

Sanchez Herrero (de Madrid). « La suggestion hypnotique a guéri beaucoup de maladies non réputées nerveuses »

A. Voisin (de Paris). « Il faut étendre la suggestion non seulement comme traitement des névropathes et des hystériques, mais aussi au traitement de nombreuses affections. »

Brémaud (de Brest). « La suggestion peut être utilisée dans tous les genres de maladie avec d’autant plus d’innocuité que a suggestion peut être utilisée sans sommeil préalable. C’est une arme délicate à manier. »

ciiAmiuc VI.

Luys (de l’aris). « .)’ai employé la sugge-slion dans des cas de maladies aigui’^s, cliey* imc femme (hypnotniue) altemte de méti'o-pcritonite, avec succès; dans riiémo[)tysie avec succès, » David (de INacbonne). « Il faut rélcndce au Irailemcnl de nombreuses affections, il ne laut pas croire qu il agira toujours sur les névropathes et les hystériques. »

De Jong (de la Haye). « La suggestion est certainement un des meilleurs moyens thérapeutiques dans le traitement des névropathies et des hystéries, mais dans beaucoup d’autres affections, elle peut rendre de très grands services. »

Lajoie (de Nashua-New-Ilamspire). « Il faut l’étendre à toutes les maladies susceptibles de soulagement ou d’amélioration par l’hypnotisme. »

Le Menant des Chesnais (de Yille-d’Avray). « La suggestion est un moyen de traitement qui réussit dans les affections les plus diverses eu modifiant l’état nerveux, soit cérébral, soit spinal, soit sympathique, et qui m’a donné des échecs plus particulièrement chez les hystériques qui sont des auto-sugges-

tionnés souvent très rebelles. »

Vahinahd (de Paris). « Il faut l’utiliser toutes les lo.s que l on

peut, voire môme pour un simple mal de tête. »

IlENRiK Petersen (de Boston). « On ne doit point le imiter au'x névropathes et aux hystériques, car une multitude d affections ont été guéries chez des personnes n’accusant nullement nn teint neuratique, soit héréditaire, soit acquis. »

OcHOROWicz (de Varsovie). « Il faut l’étendre au raitemen de nombreuses affections, car, d’abord les neuropathies sont loin d’ètre plus faciles à soigner hypnotiquement que les autres et 2° même dans des affections qui ne peuvent pas être gueries par l’hypnotisme (phtisie, cancer, syphilis, etc.) on peut toujours (cAc. les hypnotisables) obtenir une amelioration sub-

iective importante pour le malade. ” ^

^ Beaunis (de Paris). « On peut et on doit 1 étendre au trai e-

ment d’autres affections que les affections nerveuses et chez 1 . • Uc ..ni, -PS mie les névropathes et les hystériques. »

‘'L'Ùon vo» ScnuBNCK Nonmo (do Munich).

douteux que l'hïpnoUsme peut élce uUle dans d autres niatad.es

discussions et opinions personnelles.

que les seules uévroses fonctionnelles, par exemple, dans le carcinome, en produisant l’apaisement des douleurs et en ramenant l’appétit, le sommeil, etc. Une indication positive ne pourra jamais établir la limite de l’utilité possible de la gugg-estion. Si sous cette forme, le traitement psychique doit revenir surtout aux spécialistes pour les maladies nerveuses et mentales, cependant la sug'gestion pourra parlois être couiounee de succès entre les mains de simples médecins praticiens. La détermination plus exacte des indications doit encoie, dans l’avenir, faire l’objet de recherches. »

Déjerine (de Paris). « Je crois que Ion peut appliquer 1 hypnose sans danger à toutes espèces d hallucinations, il faut savoir la manier, voilà tout. »

JoiRE (de Lille). « 11 faut l’étendre à beaucoup d’atfections nerveuses. »

Pour faire l’étude des applications de l’hypnotisme à la thérapeutique, j’envisagerai successivement les applications chirurgicales et les applications médicales.

Comme nous l’avons vu précédemment, l’anesthésie peut, pendant l’hypnose, être telle que l’on peut traverser le bras du sujet de part en part sans qu’il s’en doute ; on peut encore appliquer sur son bras un cigare allumé sans qu’il manifeste la moindre réaction. Cette anesthésie peut être utilisée en chirurgie; dès 1859, Broca, dans une communication à l’Académie des sciences, relatait un cas dans lequel l’hypnose lui permit d’inciser sans douleur, un abcès volumineux de la marge de l’anus.

Le docteur Esdaille, dont nous avons parlé déjà, chirurgien au Bengale, relate deux cent soixante-dix opérations pratiquées sans douleur, pendant le sommeil hypnotique. Le docteur (îuérineau signala à l’Académie de médecine de Paris une amputation de cuisse sans la moindre douleur.

En 1829, le docteur Cloquet ampute un sein à une dame hypnotisée; en 1845, le docteur Loysel, de Cherbourg, ampute une jambe à une demoiselle endormie par Durand (de Gros); eu 1846, il enlève un paquet de ganglions dégénérés à un jeune homme de dix-huit ans; en 1847, le docteur Bibaud, de

ciiAPrrnE vi.

l’oiticrs, {'iilève une tumeur volumineuse de la niAchoire à une jeune fille endormie; en 1847, le docteur Fanion fait une amputation de euisse à un jeune liomine hypuolis6; le docteur Joly ampute 1e bras d’une dame, et le docteur Esdaille ampute la cuisse d’une demoiselle anesthésiée par la même mélliode.

Liébault a plusieurs fois pu arracher des dents à des sujets endormis et j’ai moi-môme souvent mis des pointes de feu à des sujets en somnambulisme, sans qu’ils ressentent aucune douleur. J’ai traité ainsi, il y a deux ans, une jeune fille atteinte de cystise ; les pointes de feu furent appliquées dans les reins trois fois, à quinze jours d’intervalle, sans que la malade ressente aucune douleur.

Il est évident qu’il faut, pour permettre ces opérations, que le sujet soit en somnambulisme véritable, s’il est en état somnambuloïde, il sent tout ce qu’on lui fait.

Il serait désirable que l’anesthésie hypnotique soit employée plus souvent qu'elle ne l’est, elle n’expose à aucun accident, elle peut être prolongée aussi longtemps que l’on veut : la seule difficulté c’est d’avoir affaire à une personne qui présente le somnambulisme véritable, cas que l'on peut évaluer à 10 ou 20 7o) mais il serait toujours désirable qu’avant de chloroformer un malade pour l’opérer, on essaie de produire l’anesthésie hypnotique.

L’hypnotisation doit être réservée pour certains cas particuliers, elle ne peut être érigée en méthode générale d’anesthésie chirurgicale. Cette anesthésie peut encore être pratiquée pour l’accouchement. Liébault déjà avait attiré l’attention sur cette c|uestion, mais ses résultats furent incomplets. En 1886 le D’’ Fritze, de Vienne, publia dans la Revue de llujpnotisme la rélation d’un accouchement pendant le sommeil hypnotique.

Dumontpallier communicj[Lia à la Société de Biologie (1887) un cas analogue ; il en déduit comme conséquence médicolégale qu’une femme peut accoucher sans avoir conscience de la naissance de son enfant. La même année Mesnet relata un cas semblable.

Ces observations démontrent qu’on peut, pour l’accouchement, avoir recours à l’anesthésie hypnoticjue, qui n’empê-

DISCUSSIONS KT OPINIONS PKHSONNELLES

elle nullement les contractions utérines ; mais ici encore ce moyen ne peut être employé que chez des sujets spéciaux, très sensibles au sommeil provoqué et qui ont été déjii endormis précédemment; il est, en ejffet, certain qu’au moment de raccoiichement ou ne pourra endormir une femme (jue si on a déjà pratiqué cette manœuvre antérieurement chez elle.

A P rès avoir parlé des applications de l’hypnotisme à la chirurgie, je dois exposer un peu plus longuement les applications de cette science à la médecine.

Les anciens magnétiseurs se faisaient illusion sur la puissance curative de l’hypnotisme, ils croyaient ce moyen capable de guérir tous les maux : « La nature, disait Mesmer, offre dans le magnétisme un moyen de guérir et de préserver tous les hommes » ... « Il n’y a qu’une maladie et qu’un remède, » disait-il encore. Aussi Mesmer guérissait-il la cécité, la goutte, etc., par ,1e magnétisme; inutile de dire que ses succès étaient faux. Le baron du Potet guérissait .la tuberculose par suggestion !

Durand (de Gros), Braid, émirent également des conclusions exagérées pour ce qui concerne la thérapeutique de l’hypnotisme. Braid rapporte le- cas de semi-cécité, de surdité, de rhumatisme, d'épilepsie, de tétanos guéris par l’hypnotisme.

Je crois que Bernheim, Liébault, Luys, en France; Van Benterghem et Van Eeden, à Amsterdam; Otto et Weterstrand, à Stockolm ; Lloyd Tuckey, à Londres, ont un peu exagéré la valeur thérapeutique de l’hypnotisme.

Si l’on peut dans certains cas améliorer des douleurs, ou des symptômes fonctionnels quelconques dus à des maladies organiques, il faut reconnaître que le plus souvent, lorsqu’il y a lésion, les symptômes ne disparaissent pas sous l’influence de la suggestion. Ces auteurs parlent d’incoordination motrice améliorée par suggestion dans les maladies de la moelle épinière, j’ai essayé de soulager ainsi un myélitique et un malade atteint de maladie de Friedreich, je n’ai rien obtenu môme pas un résultat passager.

CIIAPITBE VI.

Ces auteurs parlent de l’amélioration cpie l’on peut obtenir par la psychothérapie dans les maladies des voies digestives et particulièrement d<! la disparition des crampes d’estomac par . cette méthode; eh bien, Célestine, qui est un de mes meilleurs sujets, était précisément atteinte de gastrite, je lui ai suggéré d’avoir de l’appétit, de ne plus avoir de douleur, de se porter tout à fait bien. La malade alla mieux pendant quelques jours, mais bientôt (avait-elle trop mangé se croyant guérie?) survint une crise aiguë avec crampes, fièvre, etc., j’eus beau lui suggérer de ne plus avoir de crampe, rien n’y fit et il fallut recourir au traitement ordinaire des maladies de l’estomac pour obtenir un résultat.

J’ai essayé dans bon nombre de maladies organiques et j’ai bien rarement observé une influence salutaire ; dans bien des cas j’ai cru remarquer que l’ébranlement nerveux produit par l’hypnotisation accélérait la marche des maladies [organiques.

J'avoue que je n’oserais pas, à l’exemple de Bernheim, hypnotiser les malades atteints de fièvres aiguës, je craindrais de produire un ébranlement nerveux favorable à la généralisation de l’infection.

Est-ce à dire pour cela que l’hypnothérapie doit être rejetée dans tous les cas où une lésion organique existe? Non, on pourra l’employer dans les cas où un symptôme pénible serait difficilement supporté par le malade ; mais on ne pourra jamais hypnotiser à tort et à travers pour combattre la moindre douleur qu’un peu d’antypirine ou de morphine aurait pu faire disparaître.

On le voit, les applications de l’hypnotisme dans les maladies organiques doivent être très restreintes ; au contraire, dans les maladies fonctionnelles, la psychothérapie peut rendre des services très grands, bien qu’il faille, à mon avis, faire quelques restrictions aux données de certains auteurs.

Occupons-nous tout d’abord de l’hystérie qui, de l’avis de tous les auteurs, peut être traitée par l’hypnotisme; toutes les manifestations de la névrose hystérique sont passibles du traitement psychothérapeutique, aussi bien les attaques convulsives

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

que les paralysies, les contractures, les spasmes, les tics, l’aphonie, le mutisme, etc.

L’hypuotisation peut produire des miracles dans l’hystérie; aussi les observations de guérisons de ces phénomènes sont-elles innombrables ; avez-vous affaire à une hystérie convulsive dont les accès se renouvellent journellement on plusieurs fois par jour, essayez le traitement suggestif, endormez votre malade et suggérez-lui de ne plus avoir d’attaques, défendez-lui impérieusement d’en avoir; vous n’obtiendrez peut-être pas un résultat immédiat, mais continuez, et si c’est de l'hystérie pure, il sera bien rare que vous n’obteniez la guérison ou tout au moins une notable amélioration; les attaques étant disparues, ne cessez pas immédiatement le traitement, continuez à endormir votre malade en espaçant de plus en plus les séances et vous arriverez certainement à une guérison complète.

Mais, pourrait-on objecter, la maladie n’est nullement guérie puisqu’il suffit souvent d’une frayeur, d’une colère, etc., pour voir reparaître les accès. Ces accès peuvent en effet se reproduire sous l’influence d’une émotion ; c’est que vous ne pourrez pas, par suggestion, modifier le terrain névropathique de votre malade, vous pourrez cependant la déclarer guérie si elle reste par exemple un an sans avoir une attaque. Dans ce cas, c’est une récidive et non pas une rechute ; un exemple fera mieux comprendre ma pensée :

Supposez un individu prédisposé à la pneumonie, il est atteint un beau jour par cette maladie; il en guérit complètement’, l’hiver suivant il prend froid, il est une seconde fois atteint de pneumonie, déclarerez-vous, comme conclusion de cette seconde atteinte, que la première n’a pas été complètement guérie? Certainement non. J^b bien, je crois que le malade atteint d’hystérie convulsive journalière qui reste un an ou deux sans avoir d’accès, et qui, à la suite d’une frayeur ou d’une émotion quelconque, manifeste de nouveau des attaques, je crois que ce malade doit être considéré commeayant été guéri de sa maladie lors de sa première atteinte.

Mais certains médecins ne vont pas jusqu’à croire que la suggestion puisse arrêter les attaques d’hystérie, fût-ce pendant

CIIAI’ITRE VI.

un an. Ils se basent sur un cas, di.v cas même, dans lesquels l’amélioration n a été (jue passagère, durant (piebpies jours ; c’est (pie ces médecins ont opéré avec la conviction intime de l’inutilité de l’hypnothérapie, ils ont suggéré mollement, d’une voi.v peu convaincante, la guérison à leur malade, ils ont peutêtre fait la sug'g'estion d’un ton narquois; or le sujet se rend parfaitement compte de l’état cérébral de son bypnoliseur, il sent son hésitation, il ne peut dès lors plus être suggestionné par lui. D'autres médecins, plus consciencicu.v, ont opéré avec calme et conviction, ils ont observé deu.v ou trois échecs successifs. Etait-ce bien de l’hystérie pure? Découragés par ces résultats négatifs ils n’ont plus rien tenté, persuadés de la nullité thérapeutique de l’hypnotisme.

C’est qu’ils ignorent ce que c’est que les séries en clinique, ils ignorent que l’on peut, en huit jours, voir dix cas d’une affection rare que l’on restera ensuite dix ans sans rencontrer encore.

Quelles que soient les conditions dans lesquelles se sont placés les incrédules, il est un fait certain, c’est que la suggestion hypnotique est capable, dans la plupart des cas, de guérir ou d’améliorer l’hystérie convulsive jmre. Je dis dans la plupart des cas, car quelquefois ou n’arrive à aucun résultat, c’est le plus souvent que la foi manque au malade, il se fait avant de s’endormir l’auto-suggestion qu’il ne guérira pas; d’autres fois^ cependant, le malade est convaincu, il est certain du résultat et la guérison n^a pas lieu, ce sont lù des cas exceptionnels que l’on ne peut explicpier.

Tout ce que je viens de dire de l’hystérie convulsive est applicable à tous les phénomènes hystériijues : paralysies, contractures, tics, aphonie, mutisme, délire, etc., tous peuvent être guéris par la suggestion hypnotique.

Quant à la neurasthénie, je ne crois pas que l’on puisse admettre, avec Berhneim, que lorsqu’elle est localisée et non héréditaire la suggestion peut produire la guérison et que lorsqu’elle est généralisée, même si elle est acquise, l’on n’obtiendra aucun résultat. Beaucoup de neurasthéniques (non héréditaires), ne sont pas hypnotisables, ils ne sont pas capables de fixer

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

leur attentiou sur un point fjuelconijue. Mais, par contre, lors- (pi’ils sont hypnotisables, on peut obtenir en très peu de temps des résultats éclatants, surtout dans la neurasthénie hystérique. J’ai, pour ma part, réussi plusieurs fois dans ce cas.

Pour ce qui concerne l’aliénation mentale, je crois ([ii’il n’y a pas beaucoup A espérer de la suggestion hypnoti([ue, il est, d’ailleurs, le plus souvent impossible d’hypnotiser les aliénés A moins, cependant, d’avoir recours A la méthode indiquée par Voisin. Il y a quelques jours A peine, le D’’ II... m'a appelé en consultation pour un mélancolique refusant toute nourriture, il m’a été absolument impossible de l’endormir.

Pour l’épilepsie, on ne peut pas espérer grand’chose non plus de la psychothérapie, c’est d’ailleurs quand l’hystérie prend le caractère épileptoïde qu’elle résiste A ce traitement.

Pour la chorée, je crois qu’il y a lieu de distinguer la nature même de la maladie : si l’on a affaire à une chorée hystérique, rythmique ou arythmique, il est certain que les résultats de la thérapeutique suggestive seront éclatants. Mais si l’on se trouve en face delà chorée véritable, la chorée de Sydenham, on pourra quelquefois obtenir encore la guérison, mais pas d’une manière aussi constante. C’est ainsi que j’ai guéri dernièrement, en huit jours, une jeune choréique de sept ans, dont la mère était hystérique, et qui présentait elle-même quelques stigmates de la grande névrosé; il m’est au contraire arrivé, une autre fois, de n’obtenir aucun résultat de l’hypnotisme, il s’agissait de la chorée de Sydenham, chez une jeune Tille de dix ans. Malgré mon intervention la maladie dura six semaines. Il ne faut pas trop généraliser ces données, car on peut obtenir, dans certains cas, des résultats, môme dans la chorée véritable, mais on devra s’attendre à la possibilité d’un échec.

Les mêmes observations s’appliquent aux tics qui peuvent aussi dépendre de l’hystérie et guérir rapidement par la suggestion ; ils sont, au contraire, très rebelles A ce traitement lorsqu’ils sont héréditaires.

Les névralgies guérissent assez facilement par sus’gestion, je pense cependant qn’on ne devra recourir A ce moyen

CMAIMTUI': VI.

qu’après avoir essayé les autres méthodes qui suffisent dans la plupart des cas.

La morphinomanie et l’alcoolisme devront dans certains cas, être traités par l’hypnotisme, bien que les morphinomanes et les alcooliques soient en général très difficilement hypnotisables. Les auteurs rapportent des exemples de guérisons semblables ; pour ma part, je ne suis jamais parvenu à endormir ni un morpbinomane, ni un alcoolique invétéré.

L’incontinence d’urine est une des affections dans lesquelles la suggestion réussit le plus souvent ; pour n’en citer qu’un exemple qui m’est personnel, je dirai que l’année dernière le D’’ Gratia m’adressa un jeune Allemand âgé de dix-neuf ans et atteint de cette infirmité depuis plusieurs années. Ce jeune homme, qui habitait Stuttgart, avait été traité partons les moyens connus. Je 1 endors et ne parviens à obtenir que le premier degré des états somnambuloïdes, c’est-à-dire un sommeil cessant aussitôt que les moyens hypnogènes étaient suspendus ; maigre cela, dès la première séance, le malade n’urina plus au lit; je recommençai l’hypnotisation journellement, puis tous les deux jours, en lui suggérant de se réveiller quand il devait uriner. J aurais voulu espacer de plus en plus les séances et arriver à ne 1 endormir que tous les mois ou tous les deux mois; mais ce malade, après la dixième séance, dut partir pour 1 Angleterre , je craignais que la cessation subite du traitement ne provoquât la réapparition de l’infirmité. Eh bien, la guérison se maintint, et actuellement encore, dix mois après ce court traitement, le jeune homme n’urine plus au lit.

Je crois que pour l’incontinence d urine, on peut d emblee avoir recours au traitement suggestif, et cela à cause des résultats étonnants que l’on peut en obtenir.

Pour ce c[ui concerne la pédagogie, je ne sais s il faut conseiller d’employer trop vite l’hypnotisation, je craindrais que ces pratiques n'agissent défavorablement sur des cerveaux si sensibles; il est certain que pour combattre des pratiques onaniques exagérées, ou une paresse incorrigible, ou peut avoir recours à cette méthode, mais je n’oserais conseiller de traiter ainsi une foule d’enfants dont les vices et les habitudes

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

peuvent être corrigés d’une autre façon; réservons donc, autant que possible, la suggestion hypnotiipie pour les enfants incorrigibles dont on ne sait que faire.

Les applications de l’hypnotliérapie comprennent des indications assez précises ; en général les troubles fonctionnels seuls peuvent être guéris par cette méthode et parmi ceux-ci les phénomènes hystériques et l’incontinence d’urine sont ceux qui seront le plus souvent efficacement combattus.

Ne recourons pas dans tous les cas à l’hypnothérapie, étudions notre jnalade et ne l’endormons que si nous espérons pouvoir le soulager; si nous voulons hypnotiser à tort et à travers tous nos malades, nous nous rendrons ridicules et 1 on nous considérera comme des charlatans.

Proposons le moins possible à nos malades de les endormir, car nous serons souvent mal reçus ; attendons qu’ils nous le demandent, ou bien proposons-le incidemment, sans avoir l’air d’y attacher trop d’importance ; soyons prudents et surtout n’hypnotisons jamais une femme sans témoins.

Je résumerai ma pensée en citant cette phrase de Pitres ;

« Usez de la suggestion, n’en abusez pas ; restez médecins, ne devenez pas hypnotiseurs. »

Des rapports de l’hystérie et de l’hypnotisme.

J"ai, à différentes reprises déjà, affirmé que l’hypnose est non pas un phénomène pathologique, mais bien un phénomène physiologique. 11 est incontestable que des individus absolument sains peuvent être hypnotisés; l’hypuotisme n’est donc pas, ainsi que l’enseigne l’École de la Salpétrière, une manifestation de l’hystérie.

Page 1