CHAPITRE II
dans un coin; si, an contraire, Lnys lui présentait le pôle négatif (bleu), le sujet s’élançait et le caressait aniourenseinent. Il sulïisait alors de retourner brusquement l’aimant pour que de nouveau le sujet soit terrorisé.
Lnys a fait dessiner par son sujet ce (pi’il voyait; ce dernier a parfaitement représenté un barreau aimanté aux deux pôles duquel s’échappaient des effluves bleues et rouges. Ce n’est pas seulement les pôles d’un aimant desquels le sujet voyait ainsi s’échapper des effluves, il voyait aussi ces deux fluides, bleu et rouge, aux deux pôles d’une machine électrique quelconque, et, ce (|ui est plus extraordinaire encore, le sujet voyait aussi ces mômes effluves s’échapper du corps humain :
« Non seulement, dit Luys‘, les sujets hypnotisés ont la propriété de voir les effluves électro-magnétiques, mais encore ils peuvent être adaptés, en raison de cette curieuse propriété, à reconnaître des effluves analogues qui se dégagent des êtres vivants, à les distinguer, celles du côté droit (rouges) et celles du côté gauche (bleues). »
Ces effluves s’échapperaient des organes des sens, du nez, des yeux, des oreilles, de la bouche; j’ai vu de nombreux croquis, faits par le sujet môme, sur lesquels il avait peint ses sensations : des organes des sens du côté droit s’échappaient des effluves rouges, de ceux du côté gauche, des effluves bleues.
Luys a été plus loin encore, il a voulu me prouver que le sujet était à même de diagnostiquer les maladies nerveuses suivant la couleur des effluves émanant des yeux : tandis qu’un homme normal aurait un œil rouge et un œil bleu, le névropathe aurait un œil jaune ou violet (toujours d’après le dire du sujet).
Ces expériences réussissaient parfaitement avec les sujets de Luys.
l. Luys, toc. cit., p. 321.
DOCTRINES DE l’ÉCOLE DE PARIS.
De l’extériorisation de la sensibilité. '
« Dès qu’on magnétise nn sujet, dit le colonel Albert de Rochas', la sensibilité disparaît chez celui-ci à. la surface de la peau. C’est là nn fait établi depuis longtemps; mais ce que l’on igTîorait, c’est c[ue cette sensibilité s extériorise ; il se forme, dès l’état de rapport, autour de son corps, une couche .j^
sensible, séparée de la peau par quelques centimètres. Si le magnétiseur ou une personne quelconque pince, pique ou .V
caresse la peau du sujet, celui-ci ne sent rien; si le magnéti- r
seur fait les mêmes opérations sur la couche sensible, le sujet éprouve les sensations correspondantes. '
a De pins, on constate qu’à mesure que l’hypnose s’appro- ’ .
fondit, il se forme une série de couches analogues à peu près équidistantes, dont la sensibilité décroît proportionnellement à leur éloignement du corps. » i.
Les expériences du colonel de Rochas, auxquelles nous i
avons assisté fréquemment, à l’hôpital de la Charité, dans le service de M. Lnys, sont fort intéressantes : lorsqu’il pique avec une aiguille l’atmosphère entourant un sujet, celui- .f
ci ressent une douleur, alors que l’on peut traverser sa peau de part en part sans qu’il manifeste rien.
Si l’on place nn verre d’eau dans les mains du sujet et que l’on plonge une pointe dans le liquide, la douleur est aussitôt ressentie. Ce phénomène se produit même si l’on éloigne le verre de la personne en expérience ; il faut donc que l’eau se soit chargée de la sensibilité extériorisée. Cette sensibilité peut persister assez longtemps dans les corps qui en sont chargés : ' i ■
« J’ai sensibilisé, dit M. de Rochas, une dissolution saturée • ^
d’hyposullite de soude en la plaçant à la portée du bras de ;.j
L... endormie et extériorisée. Le sujet étant réveillé, un aide a : |
1. De Rochas, Z-es états profonds de l’hypnose. Paris, 1892, p. 57.
CHAPITIIE 11.
déterminé, à son insu, la cristallisation, et au môme instant, le bras de L... s^est contracturé, lui faisant éprouver de violentes douleurs. C’était prévu ; mais ce qui l’était moins, c’est qu’une douzaine de jours après, quand j’enfonçai la pointe d’un poignard dans le ballon qui contenait l’iiyposullite cristallisé, un cri retentit dans la pièce voisine, où L. . ignorant ce que je faisais, causait avec d’autres personnes : elle avait ressenti le coup, probablement au bras ; mais ne m’occupant pas alors du phénomène de la localisation des sensations, je ne pensai pas à le lui demander. »
« J’essayai, dit encore M. de Rochas, si la cire ne jouirait pas comme l’eau de la propriété d’emmagasiner la sensibilité, et je reconnus qu’elle la possédait au plus haut degré, ainsi que d’autres substances, comme le cold-cream et le velours.
« Une petite statuette, confectionnée avec de la cire à modeler et sensibilisée par un séjour de quelques instants en face et à une petite distance d’un sujet extériorisé, transmettait à ce sujet la sensation des piqûres dont je la perçais, vers le haut du corps si je piquais la statuette à la tête, vers le bas si je la piquais aux pieds.
« Cependant, je parvins à localiser exactement la sensation, en implantant dans la tète de la figurine, une mèche de cheveux coupée à la nuque du sujet pendant son sommeil.
« M. X. . . ayant alors emporté la statuette ainsi préparée, derrière un bureau où nous ne pouvions la voir, ni le sujet ni moi, je réveillai le sujet qui, sans quitter sa place, se mit à causer jusqu’au moment où, se retournant brusquement et portant la main derrière sa tête, il demanda en riant qui lui tirait les cheveux, au moment précis où M. X. . , avait, à son insu, arraché les cheveux de la statuette. »
Si l’on remplace la statuette par une plaque photographique sur laquelle on reproduit ensuite l’image du sujet, ce dernier sent chaque fois qu’on touche la photographie.
Voici un fait de cette 'nature raconté par Sicard dePlauzolles'.
1. Sicard de PlaUZOLLES, Les expériences du Luys et de M. de Rochas SU"' V extériorisation de la sensibilité (Ann. de Psychiatrie, 1893, 2).
DOCTRINES DE l’ÉCOLE DE PARIS.
« Une troisième plaque qui, avant d’étre placée dans l’appareil photographique, avait été fortement chargée de la sensibilité du sujet endormi et extériorisé , a donné une photographie présentant un rapport complet de sensibilité avec lui. ('iliaque fois que M. de Rochas touchait l’image, le sujet endormi sentait le contact précisément au point du corps correspondant au point touché de la photographie. M. de Hochas prit une épingle et égratigna deux fois la plaque sur l’image de la main du sujet : celui-ci s’évanouit; quand il fut réveillé, la main présentait deux stig-mates rouges. »
Action à distance des substances toxiques et médicamenteuses.
MM. Bourru et Burot, professeurs à l’Ecole de médecine de Rochefort, voulant étudier les phénomènes produits par le contact des métaux chez les hypnotisés, imaginèrent, pour contrôler leurs premiers résultats, d’avoir recours à des solutions salines. Ils virent, à leur grande surprise, ces solutions agir, par le simple contact sur la peau, comme si on les avait fait ingérer aux sujets.
Ils expérimentèrent alors avec les alcaloïdes et ils virent qu’un morceau hrut d’opium, enveloppé dans un morceau de papier et placé sur la tète d’un sujet, provoquait rapidement un sommeil profond ; avec l’atropine ils obtinrent la dilatation de la pupille; avec le chloral un sommeil avec ronflement; avec la digitaline des vomissements ; avec le jahorandi une salivation abondante et de la sudation ; avec l’eau de lauriercerise ils virent se produire une extase religieuse avec visions, etc.
CIIAPITIVE II.
Ces résultats furent comniuaiqués par les auteurs au congrès de Grenoble, en 1885, puis à la Société de Psychologie physiologique, en 1887 ; ils furent enfin publiés en un volume de 300 pages.
Habituellement les auteurs se servaient de tubes non hermétiquement fermés ; ces tubes, que les auteurs appliquaient d’abord contre la peau, doivent plutôt être placés à 5 centimètres de cette dernière, de crainte d’obtenir des résultats trop forts. Les solutions contenues dans les tubes doivent être diluées afin d’éviter les actions brutales, toxiques, des substances; la durée de l’application varie de deux à cinq minutes; chez certains sujets, il faut même beaucoup plus longtemps pour obtenir un résultat; on peut appliquer la substance à n’importe quelle partie du corps.
Ces recherches furent reprises par Luys, Dècle, Chazarain, Dufour et de Rochas.
Luys rendit compte de ses résultats à la Société de Biologie et à l’Académie de médecine de Paris, il produisit l’ivresse avec l’alcool, la purgation avec l’huile de ricin et l’exorbitis avec l’essence de thym.
L’Académie de médecine nomma une Commission chargée d’examiner les faits signalés par Luys; Dujardin-Beaumetz, rapporteur, émit un avis défavorable pour M. Luys. La Commission fit placer diverses substances dans des tubes semblables; ces dernières, préparées par une tierce personne, étaient ignorées des expérimentateurs. Les phénomènes furent toujours à peu près identiques, que l’on approche des substances actives ou des corps inertes : le sujet qui, de l’avis de Brouardel, était un simulateur, a dit et agi au hasard. Dans ces conditions, la Commission a pensé que les faits annoncés par M. Luys n’étaient pas démontrés et qu’il n’y avait pas lieu d’en tenir compte.
DOCTRINES DE l’ÉCOLE DE PARIS.
Des suggestions hypnotiques.
Que faut-il entendre par sug’g-estion hypnotique? « C’est, dit M. Paul Janet, l’opération par laquelle, dans le cas d’hyp- I notisme, ou peut-être dans certains états de veille à définir, i on peut, à l’aide de certaines sensations, surtout à l’aide de ^ la parole, provoquer, chez un sujet nerveux bien disposé, [I une série de phénomènes plus ou moins automatiques, le faire J parler, agir, penser, sentir, comme on le veut, en un mot, le ^ transformer eu machine. »
« Elle consiste en ce fait, dit Gilles de la Tourette, que, pendant les états hypnotiques, l’expérimentateur peut, dans I certaines conditions, faire accepter au sujet d’expérience des i idées capables de se traduire par des actes, qui non seulement ‘ pourront être effectués pendant le sommeil, mais encore j s’accompliront fatalement au réveil. »
I Pour Binet et Féré’, la suggestion, dans son acception I rigoureuse, « est une opération qui produit un effet quelconque sur un sujet en passant par son intelligence », Plus loin, les auteurs précisent davantage, ils disent que la suggestion consiste à introduire, cultiver et renforcer dans l’esprit du sujet en expérience une idée. L’idée se résout en image, l’image se résout en sensations rappelées : la suggestion agit donc comme un rappel de sensations, elle consiste dans le renouvellement psychique d’une excitation périphérique que le sujet a déjà éprouvée.
Binet et Féré admettent deux espèces fondamentales de suggestions : l’ime a pour effet de produire un phénomène actif, une sensation, une douleur, un acte, une hallucination; l’autre a pour effet de produire un phénomène paralytique.