L’heure exacte de l’action à distance est tirée au sort
2. Elle n’est communiquée à M. Gihert que quelques-minutes avant le terme, et aussitôt les membres de la commission se rendent au pavillon où se trouve le sujet;
3. Ni le sujet, ni aucun habitant du pavillon, situé îV près d un kilomètre de distance, n’ont connaissance de riieure où
CHAPITUE II.
doit se réaliser la suggestion, ui inéinc du genre d’expérience qui doit avoir lieu ;
4. Pour éviter la suggestion involontaire, ni Ocliorowicz ni aucun de ces messieurs n’entrent dans le pavillon que pour vérifier le sommeil.
Première expérience. — (libert doit endormir le sujet de son cabinet, rue Saint-Quentin 51, et lui ordonner mentalement de descendre dans la rue : commencement de l’action bbeures 50 ; exécution probable 6 heures 5. MM. F. Myers, Myers, Marillier et Ocliorowicz, se rendent à G heures près du pavillon ; le sujet ne vient pas dans la rue. Ils pénètrent dans le pavillon et trouvent le sujet inerte, mais éveillé; quelques moments après il tombe en léthargie; puis, revenu en somnambulisme, il raconte que, vers six heures, il allait s’endormir, quand un coup de sonnette l’a réveillé, mais qu’après il n’a pu résister au sommeil.
Deuxième expérience. — Faire passer M”" B., à distance, de son sommeil naturel (à minuit en somnambulisme et venir trouver M. Gibert dans son cabinet, rue baint-Quentin.
Échec complet.
Troisième expérience. — Endormir de chez lui M“® B., à midi moins dix, en exerçant une action mentale pendant 10 minutes. M’”” B. devait rester endormie au salon.
MM. F. Myers, leD" Myers, Marillier et Ochorowicz arrivent sans bruit, à midi 7; M“® B. est dans sa chambre; ils envoient la cuisinière demander si M”*” B. ne descend pas déjeuner; celle-ci descend à midi dix, elle tombe en léthargie, puis en somnambulisme, elle déclare que M. Gibert lui a joué ce tour.
Ochorowicz lui touche le pouce et concentre sa pensée sur l’ordre de donner la main, le sujet tressaille et tend la main; cette expérience est répétée trois fois avec succès. L’expérimentateur a remarqué qu’uue concentration trop forte de sa pensée nuisait au résultat désiré, une pensée formulée nettement, pour ainsi dire en passant, sans tension mentale,
DOCTRINES DE l’ÉCOLE DE PARIS.
réussissait mieux. Il faut un état de mouoïdéie passive et non un état de mouoïdéie active.
Quatrième expérience . — Endormir de loin le sujet et le faire venir à travers la ville; l’action mentale devait commencer à neuf heures moins 5, et durer jusqu’à 9 heures 10. M”" B. se trouvait au pavillon avec la cuisinière, elle jouait du piano. Les quatre expérimentateurs arrivent près du pavillon à 9 heures passées, ils surveillent la maison ; à 9 heures 25 ils voient une ombre apparaître à la porte du jardin, puis elle disparait. (A ce moment Clibert avait eu une syncope qui dura jusqu’à 9 heures 35).
A 9 heures 30, l’ombre reparaît, se précipite dans la rue et marche : à 9 heures 35 elle s’arrête, chancelle, puis reprend sa marche et se dirige vers l’habitation de Gibert. Ce dernier, croyant l’expérience manquée, sort de chez lui, croise la somnambule qui ne le reconnaît pas. B. entre chez Gibert, les expérimentateurs la suivent, la somnambule cherche :« Où est-il?.. . Où est M. Gibert? » A ce moment Gibert lui suggère mentalement de venir à lui, elle obéit et une joie folle s’empare d’elle.
Elle raconte ses impressions, elle reconnaît MM. Gibert et Janet : « Et ce monsieur, dit-elle, comment l’appelez-vous?... où est-il?. . . » Elle tend la main dans la direction d’Ochorowicz, lui prend le pouce, le reconnaît. — Comment vous appelezvous donc? Monsieur. . . Oko. . . Goro. . . Je ne sais pas. . . »
Ochorowicz lui suggère mentalement son nom ; elle ne parvient pas à l’énoncer.
— Vous ôtes... Vous n’ôtes pas Anglais. Vous êtes de Paris... mais vous n’ôtes pas Français, vous êtes seulement venu pour la France... vous ôtes de... Comment appelezvous votre pays? Bre. . . non. . . Po. . . Pologne, n’est-ce pas? Vous endormez beaucoup, beaucoup de monde... Pourquoi? Je ne veux pas que vous endormiez tant de monde !... Attendez... Qu’est-ce que vous faites à Paris?.., Une fabrique, vous faites des ap. . . apa. . . Comment appelez-vous ça. . . des appareils, n’est-ce pas?
CIIAPITHK II.
HH
— A quoi servent ces appareils? demande (libert. Ocliorowicz pense aux téléphones, mais le sujet désigne riiypnosco|)e qu’elle a vu la veille dans ses mains.
La transmission des sensations fut faite de la manièi-e , suivante : Gihert boit un verre d’eau :Y côté de M““ B. Cette dernière fait aussitôt des mouvements de déglutition. Gibert et Marinier passent dans une chambre voisine, Ocborowicz souffle à l’oreille de Marillier : « Pincez la main droile. » Deux minutes après M“° B. manifeste de la douleur surtout à la main droite — « Non, dit-elle, rie faites pas cela, . , méchant! »
— « Piquez le milieu du front » ; la somnambule porte les mains au front et répète la, même phrase que tantôt.
Voici une suggestion qui ne devait se réaliser que le lendemain ; passer au salon, prendre un album de photographie, qui se trouvait sur la table et l’ouvrir eu examinant les portraits. Pour faire cette suggestion mentale Gibert prit les mains du sujet, il appuya son front sur le .sien, — Ecoute bien, Léonie, dit-il, et sans aucun mouvement des lèvres, il lui fît la Dansmission. Le lendemain la suggestion se réalisa.
Les expérimentateurs firent encore quelques expériences qui réussirent plus ou moins bien.
Ocborowicz quitta le Havre profondément ému, il aboutit à cette conclusion « qu’en éliminant les trois premières expériences, qui sont restées incertaines, la quatrième tient bien debout et ne peut pas être expliquée sans une liaison causale entre un acte de volonté et un effet produit à distance^ »
Cette visite au Havre fut faite par Ocborowicz eu 1886, et c’est en 1887 qu’il publia le premier traité complet sur la suggestion mentale. L’auteur étudie d’abord les suggestions mentales apparentes : l’acte de reconnaître une personne qui touche le sujet d’un seul doigt n’est qu’une suggestion par conjecture ; le somnambule, qui n’a aucune distraction, dont toutes les sensations contribuent à une seule opération perceptive, devine mieux que nous la connexion de certains signes. Beaucoup d’expériences spiritiques ne sont que de la suggestion