‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 65 sur 208 · ORTENUS ENFIN A LA LUMIÈRE, AVEC LE MÉDIUM EN VUE · texte numérisé non relu

ORTENUS ENFIN A LA LUMIÈRE, AVEC LE MÉDIUM EN VUE

« Il restait, pour arriver à une entière conviction, à essayer d’obtenir les phénomènes importants de l’obscurité, sans cependant perdre de vue le médium. Puisque l’obscurité est, à ce qu’il semble, assez favorable à leur manifestation, il fallait laisser l’obscurité aux phénomènes et maintenir la lumière pour nous et le médium. Pour cela, voici comment nous procédâmes, dans la séance du 6 octobre : une portion d’une chambre fut séparée de l’autre par une tenture, pour qu’elle restât dans l’obscurité, et le médium fut placé, assis sur une chaise, devant l’ouverture de la tenture, ayant le dos dans la partie obscure ; les bras, les mains, le visage et les pieds dans la partie éclairée de la chambre.

« Derrière la tenture, on plaça une petite chaise avec une sonnette, à un demi-mètre à peu près de la chaise du médium, et sur une autre chaise plus éloignée, on plaça un vase plein

1. On trouvera dans le livre de M. Groockes (p. 172 et suiv.) un fait à peu près analogue, en présence de plusieurs personnes et de M. Groockes luimème, « une tige d’herbe de Ghine » traversa une table...

DOCTRINES DE l’ÉCOLE DE PARIS.

d’argile humide, parfaitement humide à la surface. Dans la partie éclairée, nous finies cercle autour de la table, (pii fut placée devant le médium. Les mains de celui-ci furent toujours tenues par ses voisins, MM. Schiaparelli et Du Prel. La chambre était éclairée par une lanterne à verres rouges, placée sur une autre table. C’était la première fois que le médium était soumis à ces conditions.

« Bientôt les phénomènes commencèrent. Alors, à la lumière d’une bougie sans verres rouges, nous vîmes la tenture se gonfler vers nous ; les voisins du médium opposant leurs mains à la tenture, sentirent une résistance; la chaise de l’un d’eux fut tirée avec violence, puis cinq coups y furent frappés, ce qui signifiait que l’on demandait moins de lumière. Alors, nous allumâmes à la place la lanterne rouge en la'protégeant en outre, en partie, avec un écran; mais, peu après, nous pûmes enlever cet objet et, auparavant, la lanterne fut placée sur notre table, devant le médium. Les bords de l’orifice de la tenture furent fixés aux angles de la table et, à la demande du médium, repliés au-dessous de sa tète et fixés avec des épingles : alors, sur la tête du médium quelque chose commença à apparaître à plusieurs reprises. M. Aksakof se leva, mit la main dans la fente de la tenture, au-dessus de la tète du médium, et annonça bientôt que des doigts le touebaient à plusieurs reprises, puis sa main fut attirée à travers la tenture ; enfin, il sentit que quelque chose venait lui repousser la main ; c’était la petite chaise, il la tint, puis la chaise fut de nouveau reprise, et tomba à terre. Tous les assistants mirent la main dans l’ouverture et sentirent le contact des mains. Dans le fond noir de cette ouverture, au-dessus de la tète du médium, les lueurs bleuâtres habituelles apparurent plusieurs fois; M. Schiaparelli fut touché fortement, à travers la tenture, sur le dos, et au côté ; sa tête fut recouverte et attirée dans la partie obscure, tandis que, de la main gauche, il tenait toujours la droite du médium et de la main droite la gauche de Finzi.

« Dans cette position il se sentit toucher par des doigts nus et chauds, vit des lueurs décrivant des courbes dans l'air, et éclairant un peu la main et le corps dont ils dépendaient. Puis

CHAl'lTlUi 11.

il reprit sa place, et alors une main commença à apparaître à l’ouverture, sans être retirée aussi rapidement, et, [>ar conséquent, plus distinctement. Le médium n’ayant encore jamais vu cela, leva la tète pour regarder, et aussitôt la main lui toucha le visage. M. Du Prel, sans lèchei’ la main du médium, passa la tète dans l’ouverture, au-dessus de la tète du médium, et aussitôt il se sentit touché lortemeiit en dillérentes ]>arties et par plusieurs doigts. Entre les deux tètes, la maiu se montra encore. M. Du Prel reprit sa place, et M. Aksakof présenta un ci‘ayon dans l’ouverture j le crayon lut attiré par la main et ne tomba pas ; puis, un peu après, il fut lancé à travers la fente sur la table. Une fois apparut un poing fermé sur la tète du médium; puis après, la main ouverte se fit voirj lentement, tenant les doigts écartés. 1

« Il est impossible de compter le nombre de fois que cette] main apparut et fut touchée par l’im de nous; il suffit de dire! qu’aucun doute n’était plus possible : t élail vérüabiemenl mie\ main humaine et vivante que nous voyions et touchions, pendant\ qu’en même temps, le buste et les bras du médium demeuraienû visibles et que ses mains étaient tenues par ses deux voisins. Aj la fin de la séance, M. Du Prel passa le premier dans la partie obscure, et nous annonça une empreinte dans l’argile.

« En effet, nous constatâmes que celle-ci était déformée par une profonde éraflure de cinq doigts appartenant à la main droite (ce qui expliqua ce fait, qu’un morceau d’argile avait J été jeté sur la table, à travers l’orifice de la tenture, vers la^ fin de la séance), preuve permanente que nous n’avions pas' été hallucinés. ;

« Ces faits se répétèrent plusieurs fois^ sous la même forme ou sous une forme très peu différente, dans les soirées des 9, 13, 15, 17 et 18 octobre.

Conclusion

« Ainsi donc, tous les phénomènes merveilleux que nous avons observés, dans l’obscurité complète ou presque complète, nous

nOCTRINES DE l’ÉCOLE DE PARIS.

les avons obtenus aussi sans perdre de vue le médium, môme un instant. En cela, la séance du G octobre fut pour nous la constatation évidente et absolue de la justesse de nos observations antérieures dans l’obscurité; ce fut la preuve incontestable que, pour expliquer les phénomènes de la complète obscurité, il n’est pas absolument nécessaire de supposer une supercherie du médium, ni une illusion de noire part; ce fut pour nous la preuve que ces phénomènes peuvent résulter d’une cause identique à celle qui les produit, quand le médium est visible, avec line lumière suffisante pour contrôler la position et les mouvements.

« En publiant ce court et incomplet compte rendu de nos expériences, nous avons aussi le devoir de dire que nos convictions sont les suivantes :

« 1“ Que, dans les circonstances données^ aucun des phénomènes obtenus à la lumière plus ou moins intense n’aurait pu être produit à l’aide d’un artifice quelconque ;

.( 2“ Que la même opinion peut être affirmée en grande partie pour les phénomènes de l’obscurité complète. Pour un certain nombre de ceux-ci, nous pouvons bien reconnaître, à V extrême rigueur, la possibilité de les imiter, au moyen de quelque adroit artifice du médium ; toutefois, d’après ce que nous avons dit, il est évident que cette hypothèse serait, non seulement improbable, mais encore inutile dans le cas actuel, puisque, en l’admettant, l’ensemble des faits nettement prouvés ne s’en trouverait nullement atteint.

« Nous reconnaissons d’ailleurs que, au point de vue de la science exacte, nos expériences laissent encore à désirer, elles ont été entreprises sans que nous pussions savoir ce dont nous avions besoin, et les divers appareils que nous avons employés ont dû être préparés et improvisés par les soins de MM. Finzi, Gérosa et Ermacora.

« Toutefois, ce que nous avons vu et constaté suffit, à nos yeux, pour prouver que ces phénomènes sont bien dignes de l’attention des savants.

« Nous considérons comme notre devoir d’exprimer publiquement notre reconnaissance pour M. D. Ercole Chiaia, qui a

CIUPITRE II.

poursuivi penclanl do longues années, avec tant de zèle et de patience, en dépit des clameurs et des dénigrements, 1e développement de la faculté médianimique de ce sujet remarquable, en appelant sur lui rattention des hommes d’étude, et n’ayant en vue qu’un seul but : le triomphe d'une vérité impopulaire ;

« Alexandre Aksakof, directeur du journal Les Eludes psychiques, à Leipzig, conseiller d’Etat de S, M. l’Empereur de Russie ;

« Giovanni Schiaparelli, directeur de l’Observatoire astronomique de Milan ;

« Cari du Prel, docteur en philosophie, de Munich;

« Angelo Brofferio, professeur de philosophie ;

« Giuseppe Gerosa, professeur de physique à l’Ecole royale supérieure d’agriculture de Portici ;

« G. -B. Ermacora, docteur en physique ;

« Giorgio Finzi, docteur en physique.

« A une partie de nos séances ont assisté quelques autres personnes, parmi lesquelles nous mentionnons :

« MM. Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine de Paris, directeur de la Revue scientifique (5 séances) ;

« Cesare Lombroso, professeur à la Faculté de médecine de Turin (2 séances). »

Voici maintenant les conclusions personnelles de Richet :

« Et maintenant que peut-on conclure? dit le savant professeur, après avoir raconté minutieusement les principales expériences. Car, il ne suffit pas d enumerer des expériences , il faut dégager ou essayer de dégager le résultat final qu’elles apportent.

« Si, comme ce n’est pas tout à fait le cas, nous avions obtenu un résultat tout absolument décisif, je n’aurais pas hésité un instant à dire hautement mon opinion. La défaveur publique ne m’inquiète guère et ce ne serait pas la première fois que je me serais trouvé en désaccord avec la majorité, voire même la presque unanimité de mes confrères; les doutes que je ne crains pas d’avouer sont donc des doutes réels, non des doutes de timidité ou d)hésitatioh dans ma pensee.

DOCTRINES DE l’ÉCOLE DE PARIS.

« Certes, s’il s’agissait de prouver quelque fait simple et naturel, à peu près évident a priori, ou ne contredisant pas les données scientifiques vulgaires, je m’estimerais pleinement satisfait : les preuves seraient largement suffisantes et il me paraîtrait presque inutile de continuer, tant les faits accumulés dans ces séances paraissent éclatants et conclusifs ; mais il , s’agit de démontrer des phénomènes vraiment absurdes, contraires à tout ce que les hommes, le vulgaire ou les savants, ont admis depuis quelques milliers d’années. C’est un bouleversement radical de toute la pensée humaine, de toute l’expérience humaine, c’est un monde nouveau ouvert à nous, et, par conséquent^ il n’est pas possible d’étre trop réservé dans l’affirmation de ces étranges et stupéfiants phénomènes.

« Pour ma part, je n’admets pas du tout qu’Eusapia trompe de propos délibéré ; et je crois que, si elle trompe, c’est sans le savoir elle-même. . . car il y a, dans la production de ces phénomènes, même s’ils ne sont pas sincères, une part d’inconscience qui est certainement très grande. . .

« Quant à l’opinion des personnes qui ont suivi Eusapia pendant longtemps, elle serait d’un grand poids s’il s’agissait de phénomènes vulgaires et ordinaires ; mais les faits dont il s’agit sont trop surprenants pour que la croyance d’une personne, non habituée à l’expérimentation, détermine ma propre croyance. Je suis bien certain de la bonne foi de M. Chiaia et des autres hommes distingués qui ont, pendant des mois et des années, observé Eusapia : mais leur perspicacité ne m’est pas démontrée, et je puis parler ainsi sans les froisser, car je me défie de ma propre perspicacité. , .

« Pour ce qui est des expériences elles-mêmes : Il faut, avant tout, écarter l’hypothèse d’un compère..., et s’il y a une supercherie, c’est Eusapia seule qui la commet, sans être aidée par personne et sans que personne s’en doute. De plus, si cette supercherie existe, elle se fait sans appareils, par des moyens très simples, presque enfantins. Eusapia n’a aucun objet dans sa poche ou ses vêtements.

« Reste alors la seule hypothèse possible, c’est qu’Eusapia trompe, en remuant les objets avec ses pieds ou avec ses

GHAPITIIK II.

mains, api'ès avoir réussi A dégager ses mains ou ses pieds des mains ou des pieds de ceux ([ui sont chargés de la surveiller.

« Si ce n’est pas cela ipii est l’explication, la réalité des phénomènes donnés par elle me parait tout à fait certaine, hdi bien, je l’avoue, cette explication par des mouvements de ses pieds et de ses mains est peu satisfaisante. Dans (|uelijuesexpériences..., celle, par exemple, de la chaise qui est venue ' derrière le rideau se placer sur le bras de M. Finzi, en demi- = b lumière..., je ne vois pas comment la main d’Jiusapia a pu se '■ dégager, et comment, s’étant dégagée, cette main a pu accomplir le mouvement en question. Je me déclare donc incapable de comprendre.

« Mais, d’autre part, il s’agit de faits si absurdes qu’il ne faut pas se satisfaire à trop bon compte b Les preuves que je donne seraient bien suffisantes pour une expérience de chimie. Elles ne suffisent pas pour une expérience de spiritisme . '. . .

« En définitive : Quelque absurdes et ineptes que soient les expériences faites par Eusapia, il me parait bien difficile d'attribuer les phénomènes produits à une supercherie^ soit consciente, soit inconsciente, ou à une série de supercheries. Toutefois., la preuve formelle, irrécusable, que ce n’est pas une fraude de la part d’Eusapia et une illusion de notre part, cette preuve formelle fait défaut.

« Il faut donc chercher de nouveau une preuve irrécusabte. »

Charles Richet.

Ochorowicz se rendit également à Rome, où il assista aux expériences d’Eusapia afin d’expérimenter plus à l’aise, il invita ce célèbre médium à Varsovie, où il resta deux mois. Il y eut quarante séances, auxquelles assistèrent jusqu’à

1. Voilà un reproche que — nos lecteurs en conviendront, — l’on ne saurait adresser au scrupuleux directeur de la fieaue scie7itilîque.

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