‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 77 sur 208 · Bernheim, loc. cil., édition de · texte numérisé non relu

Bernheim, loc. cil., édition de

doctrines de l’école de NANCY.

hystérique ou non, est hypnotisé par n’iniporte quel procédé, fixation d’un objet brillant, des doigts on dos yeux de l’opérateur, passes, suggestion vocale, occlusion des paupières, il arrive un moment où les yeux restent clos, souvent, mais non toujours, renversés sous les paupières supérieures; quelquefois les paupières sont agitées de mouvements fibrillaires ; mais ce n’est pas constant. Nous ne constatons alors ni hyperexcitabilité neuro-musculaire, ni exagération des reflexes tendineux. Est-ce la léthargie? Dans cet état, comme dans tous les états hypnotiques, et j’insiste sur ce fait, l’hypnotisé entend l’opérateur, il a l’attention et l’oreille fixées sur lui. Souvent il répond aux questions, il répond presque toujours si on insiste et si on lui dit qu’il peut parler... Le sujet dans cet état est apte à manifester les phénomènes de catalepsie ou de somnambulisme, sans qu’on soit obligé de le soumettre à aucune manipulation, pourvu qu’il soit à un degré suffisant d’hypnotisation.

« Pour mettre un membre en catalepsie, il n’est pas nécessaire d’ouvrir les yeux du sujet, ni de le soumettre à une vive lumière ou à un bruit violent, comme on fait à la Salpêtrière; il suffit de lever ce membre, de le laisser quelque temps en l’air, au besoin d’affirmer que ce membre ne peut plus être abaissé; il reste en catalepsie suggestive. L’hypnotisé, dont la volonté ou le pouvoir de résistance est affaibli, conserve passivement l’attitude imprimée...

« Nous n’avons constaté que des degrés variables de suggestibilité chez les hypnotisés ; les uns n’ont que de l’occlusion des yeux avec ou sans engourdissement; d’autres ont en outre de la résolution des membres avec inertie ou inaptitude à faire des mouvements spontanés ; d’autres gardent les attitudes imprimées (catalepsie suggestive). Enfin la contracture suggestive, l’obéissance automatique, l’anesthésie, les hallucinations provoquées marquent le développement progressif de cette suggestibilité. Un sujet environ sur six ou sept de ceux qu’on hypnotise arrive au degré le plus élevé, au somnambulisme avec amnésie au réveil, et, quand il n’y arrive pas d’emblée par le seul fait de l’hypnotisation, aucune des manœuvres que

CIIAPITIIE III.

nous avons essayées n’a |hi le clévelo[)[)ei*; la suggestion seule continuée a pu le produire...

« Jamais je n’ai pu l’éaliser les trois jihases de la Salpétrière, et ce n’est pas laute d’avoir cherché. J’ajoute même (pi’à Paris j’ai vu dans trois hôpitaux des sujets hypnotisés devant moi; ils se comportaient tous comme nos sujets... Une seule fois j’ai vu un sujet qui réalisait à la perfection les trois périodes : léthargique, cataleptique, somnambulique. C’était une jeune fille qui avait passé trois ans à la Salpêtrière, et l’impression que j’en ai conserv'^ée, pourquoi ne pas le dire? c’est que, soumise par des manipulations à une culture spéciale, imitant par sug-gestion inconsciente les phénomènes qu’elle voyait se produire chez les autres somnambules de la même Ecole, dressée par imitation à réaliser les phénomènes réflexes dans un certain ordre typique, ce n’était plus une hypnotisée naturelle, c’était un produit de culture faussée, c’était bien une névrose hypnotique suggestive. »

La catalepsie, d’après Bernheim, est un phénomène purement psychique, dû à l’absence d’initiative cérébrale. Peutêtre intervient-il un élément actif, suggestif; le sujet auquel on élève le bras a l’idée de continuer à le tenir en l’air. Ce qui prouve la vérité de cette théorie, c’est que l’on obtient ces phénomènes sans hypnose dans des cas de stupeur cérébrale, dans la fièvre typhoïde par exemple.

Beaunis est beaucoup moins affirmatif que Bernheim, il admet que la suggestion joue un grand rôle dans la production des phénomènes hypnotiques, mais il ne peut conclure que tous ces phénomènes dépendent uniquement de la suggestion : « Je suis convaincu, dit-iU, pour ma part, que la suggestion n’explique pas tout, et qu’il y a autre chose. »

Pour Liébault, Bernheim, Beaunis, Liégeois, etc., l’hypnose n’est pas, comme Charcot le pensait, un sommeil pathologique, c’est un sommeil physiologique, susceptible de se développer aussi bien, si pas mieux, chez les sujets sains que chez les hystériques.

Page 1