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CHAPITRE III

Suggestion à 305 jours d’intervalle faite par M. Liégeois.

L’auteur dit à un jeune sujet endormi : « Dans un an, à. pareille heure, voici ce que vous aurez l’idée de faire; vous viendrez chez M. Liéhault dans la matinée. Vous direz que vos yeux ont été si bien depuis un an, (juc vous devez aller le remercier lui et M. Liégeois. Vous exprimerez votre gratitude à l’un et à l’autre et vous leur demanderez la permission de les embrasser, ce qu’ils vous accorderont volontiers.

U Cela fait, vous verrez entrer dans le cabinet du docteur un chien et un singe savant, Fun portant l’autre. Ils se mettront à faire mille gambades et mille grimaces et cela vous fera rire. Cinq minutes plus tard vous verrez arriver un bohémien suivi d’un ours apprivoisé. Cet homme sera heureux de retrouver son singe et son chien qu’il craignait d’avoir perdus ; et pour amuser la société il fera danser son ours, un ours gris d’Amérique, de grande taille, mais très doux et qui ne vous fera pas peur. Quand il sera sur le point de partir, vous prierez M. Liégeois de vous donner dix centimes comme aumône au chien qui quêtera et vous les lui remettrez vous-

même. » 1

La suggestion se réalisa exactement, sauf cependant que le ' sujet ne songea pas à embrasser MM. Liébault et Liégeois, qu’il | ne vit pas d’ours et, qu’au lieu d’arriver à neuf heures du matin, ‘ il vint à dix heures dix minutes.

M. Liégeois endort alors le sujet et lui demande ti « Pourquoi donc avez-vous vu tout à l’heure ce singe et ce chien? — Parce que vous m’en avez donné la suggestion] le 12 octobre 1885. — Ne vous êtes-vous pas trompé d’heure;! je croyais vous avoir indiqué neuf heures du matin ? — j « Non, Monsieur, c’est vous qui faites erreur; vous m’avez! endormie, non sur le banc où je suis assise en ce moment,! mais sur celui qui est en face ; puis vous m’avez fait aller avecj vous dans le jardin et m’avez dit de revenir dans un an à| pareille heure ; or, il était alors dix heures dix minutes et je^ suis arrivé donc à l’heure, dix heures dix minutes. — Mais^ pourquoi n’avez-vous vu aucun ours et n’avez-vous embrassé ni M. Liébault ni moi? — Parce que vous ne m’avez dit cela

DOCTIUNES DE l’ÉCOLE DE NANCY.

qu’ime fois, tandis que le reste de la suggestion a été dit deux fois. »

L’interprétation de ces suggestions à longue écliéancc est difficile à faire. « l*our ma part, dit M. Beaunis, je pencherais A y voir une sorte de mécanisme disposé pour produire à heure fixe un mouvement, quehpie chose en un mot de comparable à un mouvement d’horlogerie. »

Bernheim n’admet pas (pie l’on puisse comparer le cerveau de l'hypnotisé à une machine: « Il y a des idées latentes, dit-il, il n’y a pas d’idées inconscientes »... « Le somnambule, ditil encore, entre souvent dans l’état de conscience somnambulique, dans lequel les impressions déposées dans un môme état antérieur peuvent se réveiller. Il se souvient alors de l’ordre reçu, de la suggestion commandée : il sait que tel phénomène doit s’accomplir tel jour; il prend ses étapes, si je puis dire; il se confirme dans son idée de ne pas l’oublier et de la réaliser au moment voulu, comme le dormeur normal dans l’idée de ne pas manquer l’heure du réveil. Cette idée est alors, chez le somnambule, parfaitement consciente. Seulement, c[uand il cesse de se concentrer, quand nous lui parlons, quand nous appelons de nouveau sou activité nerveuse au dehors, nous lui rendons son état de conscience normal, comme quand nous disons à l’enfant d’ouvrir les yeux et de regarder au dehors avec son cerveau. La concentration n’existe plus; le souvenir est de nouveau éteint ou latent; et, au moment où le somnambule a accompli l’acte suggéré, il eroit de très bonne foi que l'idée est fraîchement éclose, spontanément éelose dans son cerveau ; il ne se sonvieni plus qu’il s’en est souvenu. »

Bernheim' admet de la même manière que le dormeur ordinaire se réveille à heure fixe, parce qu’il y a pensé sciemment et consciemment toute la nuit.

L’hallucination suggérée peut être positive ou négative : la première crée une image sensorielle fictive, tamlis que la seconde supprime une image sensorielle réelle. L’hallucination n’existe que chez un petit nombre de sujets.

Forel a fort bien fait remarquer que l’hallucination positive s’accompagne d’hallucination négative et réciproquement ; le

CIIAIMTIIE 111.

sujet auquel ou lait voir une hallucination devra effacer les i objets réels |)our y substituer les images positives et le sujet ainpiel on suggère une ballucination négative ne verra pas le vide à la place de ce qui doit être invisible, il créera une, perception positive, remplaçant celle qu’il doit neutraliser. Bernheim a appelé Judlucinalion rvlroactwc « des images, des souvenirs créés de toutes pièces dans le cerveau d’un sujet ne correspondant à aucune réalité. » On peut faire croire à certains sujets qu’ils ont vu, entendu, fait telle chose à telle époque de leur vie.

Bernheim nie les caractères objectifs attribués par Binet et | | Féré aux hallucinations, ce ne sont, d’après lui, que des caractères subjectifs objectivés par l’imagination ‘ : l’action du =, prisme ou de la lorgnette sur les hallucinations est purement W suggestive, ces instruments ne modifient l’image fictive que lorsque les sujets savent ce qui doit se réaliser, quand ils fi trouvent dans un objet réel, fùt-il une raie imperceptible, un , point de repère qui, subissant l’efl’et optique, suggère le même ^ effet pour l’image hallucinatoire. Quand l’expérience est faite v dans l’obscurité ou quand on supprime tout point de repère, t le sujet est désorienté, il se trompe. j

Nous devons faire remarquer que Bernheim émet là une î opinion analogue à celle de Binet et Féré : « l’image hallucina- ( toire, disent ces auteurs ^ s’associe à un point de repère extérieur et matériel, et ce sont les modifications imprimées par . les instruments d’optique à ce point matériel qui, par contre- î coup, modifient l’hallucination. » !

Bernheim nie également le fait du mélange des couleurs : il conclut que la teinte résultante, telle qu’elle se produit par la fusion de deux couleurs complémentaires réelles, ne se produit pas pour les couleurs suggérées.

11 croit à la possibilité pour le sujet de retrouver entre six ou ■ dix cartons semblables celui sur lequel on a suggéré un portrait ; c’est que le sujet trouve sur le carton un point de repère.

1. Beknheim, De la suggestion et de ses applicatio7is thérapeutiques {Revue philos., 1886).

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