PRÉFACE IX
tout en noir, se disant folle, n’osant paraître devant ses amis, de crainte de voir sur leur physionomie l'expression de pitié qu'elle devait inspirer. Triste du matin au soir, ne dormant pas, mangeant à peine, cette malheureuse créature voulait s’écarter du monde, vivre seule, pour ne pas être à. charge à sa famille. Elle avait consulté une foule de médecins des plus renommés, aucun n'avait pu la soulager; elle avait été à Lourdes sans succès, quoique très dévote.
Ayant entendu parler de Luys, cette malade alla consulter cet éminent neurologue qui me l’adressa. Eh bien, cette jeune femme fut guérie de sa mélancolie en deux mois, par la suggestion hypnotique ! Elle est actuellement heureuse, gaie, choyée par son mari et ses enfants.
N’était-il pas du devoir de tout médecin de prévoir, comme l’a fait Luys, que, seule, la suggestion pourrait la guérir ?
Un praticien, il est vrai, lui avait conseillé ce moyen, mais, ne sachant l'appliquer lui-même, il l’avait envoyée à un magnétiseur, qui ne parvint pas à l’endormir ! 0
Est-il admissible qu’un médecin soit forcé, pour endormir un malade, de l’adresser à une personne étrangère à l’art de guérir ? Et cependant, je connais plusieurs cas semblables dans lesquels des médecins durent avoir recours à des particuliers pour guérir leurs malades. De tels faits ne devraient plus se produire; tout étudiant, en obtenant son diplôme de docteur en médecine, devrait connaître
x PRÉFACE
. lhypnotisme, ses indications et ses contre-indications. Il’ ne suffit pas qu'un professeur ait effleuré
ce sujet dans une de ses leçons pour que les jeunes: médecins soient à même d'appliquer la suggestion dans leur pratique, il faut qu’on leur expose l’hyp-
nologie tout entière, avec ses dangers et ses bienfaits. é | - Le seul moyen d'atteindre ce but, c’est d’enseigner
lPhypnologie dans nos Universités; je me rallie en cela entièrement à l’avis de M. Semal, médecin de l’Asile d’aliénés de Mons, membre de l’Académie de
médecine, qui, déjà en 1888, déclarait hautement au sein de cette assemblée que « l’hypnotisme devrait trouver accès dans le programme universitaire, seule
manifestation décente d’en vulgariser la connaissance.
Une prise de possession, bien légitime cette fois,
empêchera l'emploi empirique et banal d’un puissant
agent thérapeutique, et le maintiendra aux mains
des médecins aussi longtemps qu’il existera une loi
sur l’art de guérir. »
Tel est l'avis, également, de la plupart des savants français : le Congrès de l'Hypnotisme, tenu à Paris en 1889, vota, à l’unanimaié moins une voix, la conclu-
sion suivante : «Ilest désirable que l'étude de l’hyp-
notisme et de ses applications soit introduite dans
l'enseignement des sciences médicales. »
- C’est en partant de ce principe que j'ai résolu, le
premier en Belgique, de donner aux étudiants des conférences cliniques d'hypnologie, à l'hôpital de Mo-
lenbeék ; c'était là une entreprise assez téméraire, eu
égard à l’éloignement de cet hôpital, mais je comp-