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DISCUSSION ET OPINIONS PERSONNELLES
Voici l'opinion de quelques savants sur la question des phénomènes occultes :
La transformation de la force neurique en mouvement, lumière, eic., existe-t-elle ? Croyez-vous à ces expériences (*)?
SANCHEZ HEëRRERO (de Madrid). « Je ne crois pas du tout à ce que je n'ai pas vu, quand il est question de science expérimentale. »
Manor (de Paris). «2°?»
BréMaup (de Brest). «???°? Si je voyais, je demanderais longtemps à revoir. »
Luys (de Paris). «Je n’ai pas fait les expériences. »
Prrres (de Bordeaux). «°? »
DE JonG (de la Haye). «Je n’ai pas fait d'expériences sur cette question, et malgré tout mon respect pour mon très cher et très honoré confrère et ami Lombroso, je n’y peux pas croire, »
Lagyoïe (de Nashua-New-Hamspire). «Je crois que Lombroso s'est auto-Suggestionné, mais je ne nie rien. »
Le Menanr pes CHESNAIS (de Ville-d’Avray). (°? »
G. Bazcer (de Paris). (2???)
BARON von SCHRENCK NorziNG (de Munich). « Les faits ne sont pas encore suffisants pour permettre de porter un jugement. »
DumonTPaALLiEr (de Paris). « Cela est vraisemblable, mais je ne connais pas les expériences. »
Borrac (de Paris). (Je publierai sans doute bientôt une commu-
(1 } Réponses à mon questionnaire.
486 CHAPITRE XiX
nication sur un petit appareil très simple et très facile à construire qui prouve, je crois, que la main humaine peut, sans contact et à distance, imprimer des mouvements d'attraction et de répulsion à des corps légerement suspendus dans l’air ordinaire sous une cloche de verre. Peut-être cette expérience pourra-t-elle servir de première base pour la théorie de la transformation de la force neurique en mouvement. ) |
Buror {de Rochefort). « Oui, la transformation de la force neurique doit exister. » |
Davin (de Narbonne). « Parfaitement. Ce sont des expériences que l’on peut faire soi-même, si l’on a la chance de posséder le sujet exceptionnel qu’elles nécessitent. » ;
HENRIK PETERSEN (de Boston). « Je le crois, ayant vu les effluves lumineux du corps humain. »
JorrE (de Lille). Je crois à la transformation de la force neurique en mouvement ou en lumière, mais pas à toutes les expériences de Lombroso. |
OcHoRowWICZ Varsovie). « J'y crois depuis deux ans, à la. suite de nombreuses recherches. Maïs la théorie de Lombroso me parait insuffisante, quoique je sois bien loin de toute explication spirite. Ce qui est, pour moi, certain, c'est que l’action physique. à d’un organisme sur un autre existe et que l’on a tort de l’exclure des recherches scientifiques en l’omnipotence de la suggestion. »
Je ne puis mieux exposer ma manière de voir sur ce sujet, qu'en … reproduisant l’article que j'ai publié, le 20 février 1897, dans là 78 Revue encyclopédique Larousse et, en 1898, dans le Journal de Neurologie.
« Mme Eusapia Paladino va donc, une fois de plus, faire gémir la presse. » Telle est la première ligne du livre que vient de publier M. Guillaume de Fontenay (‘}, à propos des dernières expériences faites à Montfort-l’Amaury. L'auteur préférerait que l’on accepte, :
(1) GUILLAUME DE FoNTENAY. À propos d'Eusapia Paladino. — Les séances de 14 Montfort-l'Amaury. (Paris, Soc. d’Edit. scient., 1898.)
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sans les critiquer, les assertions burlesques admises, depuis plusieurs années, par le clan occuliste. [Il prétend qu’en chimie, en physique, en astronomie, etc., les savants acceptent de confiance et regardent comme acquis les résultats obtenus et annoncés par les maîtres ou même les émules dignes de foi; il se demande pourquoi ce crédit n’est pas accordé à ceux qui s'occupent des sciences occultes.
» L’incrédulité systématique et la négation obstinée n’ont plus que deux places d’armes, dit l’auteur : les arrière-palais du mandarinat officiel et l'ignorance bornée de cerveaux parfaitement vulgaires. ;
. » Des hauts et soi-disant infaillibles pontifes de l’Universelle connaissance, des possesseurs brevetés de toute lumière, ces humbles feuilles n’ont rien à craindre. Un inoffensif dédain, une indifiérence complète les accueilleront et les mettront à l’abri de cette critique redoutable et malfaisante qui s'embusque, pour mieux vous assommer, derrière des vocations extraordinaires et des formules bardées de racines et d’exposants. Tant mieux : c’est déjà quelque chose que de n'avoir pas à jongler avec des logarithmes pour se défendre. :
» J'avoue que la seconde catégorie d’incrédules m'’effraye beau-
Coup plus : d’abord par son effectif, et puis aussi par son voisinage ; ce sont .là gens que l’on coudoie chaque jour comme doigts de la même main, vous font très proprement, d’un seul mot, passer pour un aliéné. »
Voilà qui est clair, le lecteur est au moins immédiatement fixé sur sa valeur cérébrale : s’il croit, c'est qu’il possède une intelligence supérieure ; s’il ne croit pas, c'est que sa situation officielle lui impose un silence obstiné, ou bien que l'ignorance bornée de son cerveau, parfaitement vulgaire, ne lui permet pas de juger la valeur des phénomènes occultes.
Comme, depuis plusieurs années, j’étudie les sciences occultes et que, jusqu'ici, je n’ai pas perdu une occasion de les critiquer, j'appartiens évidemment à la seconde catégorie des négateurs et je ne puis qu’exprimer mes plus vifs remerciements à M. de Kontenay, qui m'a si bien dévoilé ma valeur intellectuelle.
Le titre que je choisis pour précéder ces quelques pages peut, à priori, paraître paradoxal : l’occultisme étant constitué par un assemblage de phénomènes contraires à toutes les lois connues de la natnre, ne peut, semble-t-il, être qualifié de scientifique. Telle est l'impression que doit éprouver celui qui ne connaît l'occullisme que trèssuperficiellement ; celui, au contraire, qui à étudié sérieusement les phénomènes merveilleux, si souvent décrits dans ces derniers temps, comprendra que l'on peut désigner sous le nom d’occultisme scientifique toute une catégorie de phénomènes que la science officielle appellerait plutôt : prestidigitation scientifique.
Je me refuserais à parler du spiritisme scientifique, je n'hésite pas à intituler cet article L'Occultisme scientifique.
Est-ce parce que je considère l’occultisme comme devant être définitivement admis par les hommes de science, alors que le spiritisme ne peut être étudié sérieusement ? Non, le titre que J'ai choisi ne doit rien faire préjuger ; il n'indique aucunement mon opinion personnelle, il a simplement pour but de rappeler que la question de l’occultisme a été étudiée par des savants et qu’elle mérite d’être envisagée sans parti pris, d'une manière réellement scientifique. |
La plupart des auteurs sérieux qui se sont occupés du merveilleux scientifique ont affirmé avec véhémence, qu'il n'y a aucun rapport entre le spiritisme et l’occultisme ; ils considèrent le spiritisme comme absolument extra-scientifique et facilement explicable ; ils envisagent, au contraire, très sérieusement, les phénomènes occultes. Trouvant ces derniers inexplicables d’après les données actuelles de la science officielle, ils n'hésitent pas à bouleverser cette science, dont l'édification a exigé des siècles !
L’occultisme est-il donc si foncièrement distinct du spiritisme ? Est-il bien vrai que les phénomènes produits par Eusapia Paladino soient absolument différents de ceux que provoquent les vulgaires spirites ?
J'avoue que je n’en suis pas convaincu. Certes, l'hypothèse est différente, puisque les spirites croient à l'intervention des esprits, alors que les occultistes admettent une tranformation de la force
neurique; mais les faits en eux-mêmes sont-ils différents ? Les spirites font tourner et parler les tables, ils font mouvoir des objets inertes en faisant appel aux esprits ; les occultistes, par l’intermédiaire des médiums, ne produisent-ils pas des phénomènes analogues ? Eusapia Paladino ne fit-elle pas tourner et parler une table devant MM. Lombroso, Tamburini, Virgilio, Bianchi et Vizioli | Certes, Eusapia, comme Home, Slade et d’ autres, produit des phénomènes bien plus complexes et bien plus extraordinaires que les spirites, mais ce n'est peut-être là qu’une différence qualitative.
Je crois donc qu'on ne peut affirmer — et la suite de cet article le prouvera — qu’il n’y à aucun rapport entre les phénomènes vulgaires du spiritisme et les phénomènes merveilleux de l’occultisme. Aussi je pense qu'une étude sérieuse des phénomènes occultes ne peut se faire qu’en procédant du simple au complexe, c’est-à-dire qu'il ne faut aborder l'étude des faits compliqués de l’occultisme qu'après avoir bien compris le mécanisme des faits relativement simples du spiritisme.
Le spiritisme est de date relativement récente : ce n’est que vers 1848, que deux jeunes filles américaines entendirent des coups mystérieux frappés dans les murs et virent des objets se déplacer spontanément ; les bruits entendus furent immédiatement interprétés, et les révélations extraordinaires que l’on recueillit firent croire que les esprits des morts pouvaient seuls être en cause. L'épidémie spirite fit de rapides progrès ; elle envahit la France vers 1853 et son extensison en Europe fut si rapide, que bientôt l’on ne put plus trouver une petite ville qui n’eût son cerele d’études Spites. S'il faut en croire Gilles de la Tourette, il y a, à Paris, plus de 20 journaux spirites, plus de 500 cabinets de consultation et plus de 40.000 affiliés. Grâce à cet élan extraordinaire, les résultats devinrent plus frappants; on ne se contenta plus de causer avec les esprits, on les fit écrire et bientôt on les photographia, on les moula, c’est-à-dire qu'on les matérialisa. C’est ainsi que Crookes obtint les célèbres photographies de Katie King, personnaëe se formant de toutes pièces devant les yeux de l’expérimentateur.
Mais on découvrit bientôt que certains photographes exécutaient
leurs images spirites en ayant recours à des manœuvres frauduleuses ; des procès s’ensuivirent et les escrocs furent condamnés. 100
Cependant, si l’on peut attribuer les photographies spirites à des M manœuvres artificielles, conscientes où inconscientes, on ne peut
nier l'existence réelle des tables tournantes et parlantes, ainsi que 3 celle des phénomènes si remarquables d'écriture spontanée. Les faits eux-mêmes se produisent, l’interprétation seule est fausse. | À On peut réaliser ces expériences quand on le veut: il suffit que plusieurs personnes se mettent autour d’une table, dans la position | 3
cabalistique, le petit doigt de chacun des assistants touchant celui du voisin, pour sentir, au bout de quelque temps, la HAE se mouvoir, tourner, danser, parler, etc.
L’explication scientifique de ces phénomènes n'est pas neuve : déjà en 1854, c’est-à-dire un an après l'introduction du spiritisme en France, l’abbé Moigno (‘} affirmait que les tables ne tournent que parce qu’on les pousse et que si l’on recouvre la table d’une couche de tale, les mains des assistants glissent et la table ne bouge plus. | | |
En 1855, Gros-Jean (?) reprit l’idée de l’abbé Moigno en la complétant d'une façon véritablement étonnante ; Janet (*) n'hésite pas. à dire que toute la théorie de la désagrégation psychologique que: Richet, Wyers et lui-même croyaient avoir inventée, se trouve parlaitement exposée dans la courté brochure de Gros-Jean. Ce psychologue montra, le premier, comment un mouvement peut être involontaire et inconscient, tout en restant cependant intelligent, grâce à la (€ disjonction des liens hiérarchiques qui unissent la volonté, l'intelligence et l'organisme ». |
«Tables parlantes, écriture involontaire, parole involontaire, M rappings et knockings, médiums, somnambulisme, telles sont, dit Gros-Jean, les différentes formes que revêt le phénomène de scission intellectuelle, qu’on pourrait peut-être convenablement désigner sous le nom de « sybilisme », d’après son mode de manifestation le plus élevé et celui, sans aucun doute, qui a joué dans le
SA dE ra niggens ss 2 ns
(1) Le Cosmos, 8 juillet 1854, résumé dans le Journal de Magnétisme.
(2) Seconde tettre de Gros-Jean à son évêque au sujet des Tables parlantes, des possessions et autres diableries. (Paris, Ledoyen, 1855.) |
(3) P. Jaxer. L'Aulomatisme psychologique (Paris, Félix Alcan, 1889), p. 397.
monde le rôle le plus important, puisque, transformé en institution publique, il a été, pendant des siècles, la base de la sanction des religions. »
: Aujourd’hui, grâce aux. travaux de nombreux psychologues, parmi lesquels il faut surtout citer P. Janet, nous connaissons l’automatisme psychologique ; nous savons qu’à côté du fonctionnement psychique supérieur, conscient et volontaire, il y a un fonctionnement psychique inférieur, automatique mais intelligent. Ge fonctionnement psychique inférieur se manifeste à l’état de veille chez les personnes distraites ; il est beaucoup plus évident dans l’état de sommeil naturel (rêves, cauchemars) et surtout dans l'état d’hypnose ; il se montre enfin d'une manière très manifeste dans certains états pathologiques, tels que l'hystérie, l’épilepsie et les symptômes qui les accompagnent (suggestibilité pathologique, dédoublements de la personnalité, idées fixes, etc.). L’automatisme psychologique comprend tous les actes paraissant spontanés, bien que n'étant pas voulus librement. Pour expliquer qu’un acte peut être à la fois intelligent et involontaire, en un mot automatique, J’'emprunterai, en le modifiant un peu, le schéma ci contre (fig. 50), dû à mon maître le professeur Grasset ().
Les centres inférieurs sont reliés entre eux de toutes manières, par des fibres transcorticales, intrapoligonales ; ils sont également reliés au centre supérieur 0 par des fibres sucorticales, suspolygonales. We
Lorsque les actes restent cantonnés dans le polygone AVTEMK, ils sont purement automatiques; ils ne deviennent volontaires et libres que lorsqu'ils arrivent jusqu’au centre supérieur 0 et que ce centre réagit sur les centres automatiques. Si l'acte arrive en O sans provoquer aucune réaction, il sera automatique, mais il sera encore conscient. Ainsi s'explique comment l'acte automatique peut être conscient ou inconscient : s'il se transmet en O sans provoquer de réaction, il est conscient; s’il reste cantonné dans le
(1) Grasser. Leçons de clinique médicale faites à l'hôpital Saint-Eloi de Montpellier (Charles Boehm, éditeur, Montpellier, 1896, 3° série, 1° fasc.), p. 64. |
olygone inférieur, il est inconscient. Dès que le centre supérieur 0 réagit, l’acte n’est plus automatique, il devient volontaire et libre.
C'est grâce à l’automatisme psychologique que l'on peut expliquer les phénomènes
0 630 | spirites, en mettant à
ie j : : part, bien entendu, les
tre + AN ne Pt fraudes conscientes et Nes # j is a en ne considérant que
les phénomènes produits par des personnes sincères.
Pour réaliser les phénomènes des tables tournantes et parlantes ainsi que l'écriture spirite, il ne faut pas nécessairement y croire, mais il ne faut pas opposer de résistance, il
Fic. 5 rs | faut penser fortement Schema géneral des centres automatiques ; :
(D’après le professeur Grasset, de Montpellier) aux manifestations que
{) Centre psychique supérieur, relié aux centres auto-
matiques ou psychiques inférieures par des traits l'on veut produire, de ,
pointillés. 5e é Cercles clairs. — Centres sensoriels ; À audition ; V vue; maniere à OCCUPET COM- T sensibilité générale. |
Cercles foncés. — Cercles moteurs : K divers mouve- plètement le centre ments du corps ; M parole articulée ; E écriture. : rue à Les flèches indiquent le sens des transmissions. psychique supérieur O )
dans ces conditions, les centres inférieurs exécutent inconsciemment et automatiquement, les mouvements nécessaires à la production du phénomène attendu. Si l’on examine d’ailleurs les écrits et les paroles des soi-disant esprits, on voit immédiatement qu’ils sont l’œuvre des assistants : Corneille fait des vers impossibles, Bossuet signe des sermons ridicules et les renseignements donnés par les esprits ne dépassent Jamais les connaissances actuelles. C'est encore l'automatisme psychologique qui explique la divination de la pensée que Cumberland et d’autres réalisent si bien ; le sujet qui dirige le devin, pense fortement à l’acte qu’il désire voir
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exécuter ; toutes les facultés de son centre supérieur O sont concentrées sur cet acte, immédiatement le polygone des centres inférieurs, automatiques, entre en vibration à l'insu du sujet et dirige l’expérimentateur. Dès que le directeur ne pense plus assez fortement à l’acte qui doit être exécuté, le devin s'arrête, indécis, il ne peut continuer ; c’est que le centre psychique 0 du sujet, n’étant plus distrait, empêche les centres inférieurs de diriger le prestidigitateur.
Nous sommes loin, dira-t-on peut-être, de l’occultisme scientifique ! Pas autant qu'on pourrait le croire. Ces prémisses étant posées, j'ai hète d'abandonner l’étude du spiritisme et d'aborder celle de l’occultisme. Comme je l’ai dit précédemment, les phénomènes occultes se relient intimement aux phénomènes spirites : en effet, parmi les expériences réalisées par les médiums, que l'on peut appeler scientifiques, en raison des études sérieuses dont ils ont été l’objet, ilen est un certain nombre qui sont absolument comparables à celles que nous venons d'étudier.
C’est ainsi que, dans l'exposé détailllé des expériences faites avec Eusapia Paladino, tant à Milan (1892) qu'à Varsovie (1893-1894), à l'ile Roubaud (1894), à Cambridge (1895) et à la villa de l’Agnélas (1895), on retrouve toujours des tables tournantes, dansantes el parlantes : toujours aussi ces tables ne sont animées que lorsque les assistants font la chaîne, dans la position cabalistique.
Indépendamment de ces phénomènes vulgaires, les médiums scientifiques tels que Home, Slade, Eusapia Paladino en produisent d’autres bien plus complexes ; ils provoquent des mouvements d'objets matériels, des attouchements, des apparitions, tout cela d’une manière si nette que des hommes de science tels que Lombroso, Tamburini. Gibier, Richet, de Rochas, Ochorowiez et d’autres n’ont pas hésité à signer des rapports très concluants.
Je ne puis ici relater ni même résumer ces nombreuses expériences, qui sont, du reste, fort clairement exposées dans un ouvrage récent de M. de Rochas (‘); voyons seulement quelles sont les conditions dans lesquelles ces expériences ont été réalisées el efforcons-nous d'établir rigoureusement les faits.
(1) ALBERT DE ROCHAS. L’extériorisation de la motricité, recueil d’observar tions et d'expériences. (Paris, Chamuel, 1896).
Constatons d'abord que les bons médiums sont toujours des né-
vrosés : pour ne parler que d’Eusapia, disons qu’elle est hystérique : dès l’âge de huit ans elle fut sujette à des hallucinations obsé-
dantes ; plus tard, elle eut des attaques de nerfs, ainsi que de
nombreux symptômes névropathiques. A vingt-deux ans, elle commença son éducation médianique sous la direction d’un spirite fervent, M. Dorniani ; elle est très hypnotisable et très suggestible. |
Eusapia est donc susceptible de présenter non seulement l’automatisme psychologique, inhérent à tout être humain, mais encore
l’automatisme pathologique, qui, dans l’hystérie, est développé au
plus haut point.
Pour produire ses effets médianiques, Eusapia entre en transe;
elle est agitée, anxieuse : sa sensibilité à la lumière devient telle”
que le moindre rayon lumineux provoque des spasmes généralisés,
d’une forte lampe, c'est une demi-obscurité permettant seulement de distinguer le contour des objets. | L’impression générale qui ressort de l’ensemble des expésiences d'Eusapia, c’est que les phénomènes occultes ont d’autant mieux réussi que l’éclairage était moins fort: «A mesure que les conditions
des gémissements, du tremblement. C'est pourquoi, le plus souvent … possible, Eusapia réclame l'obscurité complète ; il est assez rare
qu’elle consente à opérer dans un endroït éclairé, et ce que j’ap-. pelle «un endroit éclairé » n’est ni le grand jour, ni la lumière
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devenaient plus précises, les résultats devenaient plus médiocres » M
Ainsi s’exprime M. Charles Richet {‘), qui cependant est un des M à champions de l’occultisme. |
Les expériences faites à Milan en 1892, ne sont nullement dé-
monstratives ; il suffit d'en lire le compte rendu pour s’en con-”
vaincre: tout cela est de l’à peu près, rien n'y est l'ISOULEUSCRSSSS démontré.
Les expériences faites à Naples, en 1892, ne me paraissent pas ”
plus probantes : un des assistants, le professeur K...., fit remarquer
que, Chaque fois que le médium produisait la lévitation de la ta=
ble, sa robe adhérait intimement aux pieds de cette table. Après
avoir assisté à quelques expériences, M. K..: se leva brusquement à
(1) Voir Annales des sciences psychiques, février 1893.
et sortit sans rien dire; il est vraisemblable que ce savant avait acquis la conviction que les phénomènes dont il avail été témoin n'étaient dus qu’à de simples tours de prestidigitation.
Les expériences de Rome, faites en 1893, ne sont que la reproduction des précédentes; celles faites dans la même ville, en 1894, eurent pour témoins deux hommes d’une valeur scientifique incontestable, M. Charles Richet (de Paris) et M. von Schrenck- Notzing (de Munich).
Les expériences faites à Varsovie en 1893-1894 paraissent plus démonstratives, mais je ne relève, parmi les assistants, qu’un seul nom connu, c’est M. Ochorowiez ; tout en admettant la réalité des phénomènes occultes, ce savant ne peut s'empêcher de signaler que la suggestion y joue un rôle important et qu’il existe une série de transitions entre le médianisme d'ordre inférieur (automatisme, fraude) et le médianisme d'ordre supérieur, ou extériorisa tion de la motricité. | |
M. Ch. Richet assista aux nouvelles expériences faites chez lui, en 1894, au château de Carqueiranne, et à l’île Roubaud ; MM. Ochorowicz, von Schrenck-Notzing se trouvaient parmi les expérimentateurs. Un des assistants, M. Lodge, lut dans la suite, devant la Société d’études psychiques de Londres, un rapport dans lequel il cherchait à prouver que tous les phénomènes produits par Eusapia sont le résultat de la fraude. Il est juste de dire que ce rapport fut immédiatement combattu avec un certain succès par M. Ch. Richet. En 1885, Eusapia refit ses expériences à Cambridge, chez M. Myers; elles échouèrent complètement, les expérimentateurs découvrirent de nombreux trucs à l’aide desquels ils purent reproduire, en partie, les phénomènes occultes, sans l’intervention du médium. À cela les expérimentateurs français répondent que l’on avait tort de tolérer la fraude et que, de cette manière, on la suggérait mentalement.
Enfin les expériences d’occultisme furent répétées chez le colonel de Rochas, à la villa de l’Agnélas, en 1895 ; parmi les assistants se trouvaient le Dr Dariex et M. Sabatier. Ces expériences réussirent
comme celles de Naples, de Rome, de Varsovie et de l’île Roubaud. M. Sabatier remarqua cependant qu'Eusapia refusait de lui laisser tenir sa main gauche à pleine main, qu’elle la retirait peu à peu
de manière à laisser seulement la paume de la main et surtout le poignet (de M. Sabatier) en contact avec sa propre main, enfin qu'elle agitait constamment cette main, la portant vers la main
droite superposée à celle d’un autre assistant. M. Sabatier pensa qu'Eusapia avait pour but de remplacer insensiblement sa main.
gauche, placée sur celle de l’autre expérimentateur, par sa main droite tenue par lui (La figure 51 représente cette fraude,) On dira peut-être que cette série d'expériences faites par des hommes de science bien connus doit être considérée comme une série de preuves pour ainsi dire irréfutables, de l’existence réelle de l’occultisme. C’est malheureusement ce que l’on a trop pensé dans ces derniers temps ; c’est grâce à la notoriété de ceux qui se sont fait les défenseurs des phénomènes occultes, que l’incrédulité première a fait place au doute chez beaucoup et à la foi chez certains.
Mais une telle influence, bien excusable et bien compréhensible
dans le monde extra-médical, ne peut se faire sentir aussi facilement chez nous, médecins, dont les études nous ont enseigné le scepticisme le plus rigoureux. Ce n’est par parce que M. le professeur X.. nous affirme une chose que nous y croirons aveuglément ;
nous sommes trop habitués à voir nos maîtres se tromper pour
pouvoir admettre sans discussion leur opinion.
Après avoir longtemps expérimenté, Jai nié la suggestion mentale que Ochorowicz et beaucoup d’autres considèrent comme scientifiquement établie ; J'ai réfuté par des arguments et par des faits indéniables, l’extériorisation de la sensibilité affirmée par de Rochas (‘) pourquoi eroirai-je à l'occultisme, dont les mêmes auteurs sont en quelque sorte les garants ? Bien plus, j'ai combattu la télépathie que Myers considère comme démontrée ; Myers chez lequel cependant les expériences d’Eusapia (Cambridge) ont échoué ! Et von Schrenck-Notzing qui a assisté aux expériences de Rome, de Carqueiranne et de l’île Rouhaud n’hésite pas à m’écrire: ( Les faits ne sont pas encore suffisants pour me permettre de porter un jugement ! »
D'ailleurs, la preuve scientifique de la nature occulte des ho ONE
(4) Croco fils. L'hypnotisme scientifique (Paris, Société d’édit. scient., 1896,
| Un contrôleur tient le poignet gauche d’Eusapia, un autre à la main à plat sous la main droite d’Eusapia.
Eusapia a peu à peu rapproché ses deux mains.
| | Eusapia place sa main gau- | che sur la droite.
. Eusapia dégage sa main droite.
- Le contrôleur de gauche tient
- toujours.un poignet, celui de
. droite à toujours sa main sous
| une main. Tous deux croient AIT 1x - avoir contrôle sûrement. DTYR ANS 8
| Fig ol.
> di - Explication d'un truc employe par Eusapia
(Figures tirées de L’Extériorisation de la motricité, par M. de Rochas.)
saut Ébt à
médianiques n'est pas faite : c'est là un point qu'aucun homme de science ne peut nier. Or, ces phénomènes, s'ils étaient prouvés, renverseraient complètement les données de la science actuelle ;
il est donc nécessaire d’être septique et d'exiger des preuves cer-.
taines. Tant que la démonstration ne sera pas claire et précise —
et je crois qu'elle ne le sera jamais — il est du devoir de tout
homme de science de nier l'existence des forces occultes. On parle de l’hypnotisme et de l’incrédulité dont il fut l’objet au début : mais dès le début il a toujours été possible d’hypnotiser un
grand nombre de personnes en plein jour et en public. Il ne fallait.
pas, comme pour l’occultisme, un sujet tout à fait exceptionnel et des conditions d'expérimentation complètement spéciales.
On parle aussi des rayons Rœntgen, qui ont modifié si extraordinairement nos connaissances, mais ici encore on peut reproduire le phénomène chaque fois qu'on le veut.
Nous ne pouvons done admettre l’extériorisation de la motricité et nous devons nous efforcer d'expliquer les phénomènes soi-disant occultes, par les connaissances que nous possédons.
. À mon avis, la difficulté n’est pas insurmontable et, de même que pour l’extériorisation de la sensibilité, l’action des médicaments à distance, le transfert, la visibilité des effluves magnétiques
et électriques, l’explication est peut-être très simple. Cette explica-
tion, je crois qu'il faut la chercher dans l’automatisme psychologique, dans l'automatisme pathologique et dans la fraude, tout comme pour le spiritisme.
Nous avons vu qu'une partie des phénomènes occultes n’est que la reproduction des phénomènes spirites : pour toute cette catégo-
rie de faits, on admettra facilement une explication analogue à
celle qui doit être émise concernant le spiritisme. Il ne nous reste
donc plus à examiner que les phénomènes les plus complexes de
l'occultisme, qui n’entrent, certes, que pour une bonne moitié dans les séances d’Eusapia Paladino. | Pourquoi ces phénomènes,qui ne peuvent être produits par la fraude seule, ne dépendraient-ils pas de la combinaison de cette fraude avec la désagrégation psychologique du médium et des assistants ? Eusapia trompe très fréquemment — c’est là un fait que tous les
pe, 7