PLANCHE I
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D’après PAUL RICHER Études cliniques sur la grande Hystérie
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ÉCOLE DE NANCY
Dans ma première édition je disais « Liébault fut le fondateur de l'Ecole de Nancy ». Je m'étais laissé influencer par mes prédécesseurs qui tous considéraient le savant Nancéen comme le véritable inventeur de la doctrine suggestive de l'hypnose. Je savais bien, et Je l’avais signalé dans mon aperçu historique, que l’abbé Faria avait, le premier, affirmé la non-existence du fluide magnétique, qu'il avait proclamé la nature suggestive du sommeil hypnotique ; je savais aussi que Braïd avait repris les idées du prêtre portugais ; mais j’ignorais que le savant chirurgien de Manchester eut émis et développé d'une manière approfondie, la plupart des théories que les fondateurs de l'Ecole de Nancy considèrent comme leur appartenant en propre. L’intéressant article (‘) publié récemment par mon distingué confrère et ami, le docteur Milne Pramwell, de Londres, m'a ouvert les yeux ; après avoir compulsé les ouvrages de Braid, j’ai pu me convaincre que mon collègue anglais a parfaitement raison de revendiquer pour son illustre compatriote, l'honneur d’avoir éclairei d’une manière étonnante, les problèmes si ardus de l’hypnotisme.
N'oublions pas que, lorsque Braid entreprit l’étude de cette question, l’hypnotisme que l’on appelait encore alors le magnétisme, malgré les travaux de Faria, était considéré comme un phénomène extra-scientifique et merveilleux. N’est-il pas étonnant, dans ces conditions, de trouver dans les écrits de Braïd une explication précise et scientifique de l’hypnotisme ?
(4) Mie BRAMwEL. James Braid, Son œuvre, ses écrits (Revue de l'hypnotisme, n°° 10, 11, 12, 13, 14, 15). (1897).
« Quelque combinaison matérielle que ce soit, dit-il, jusqu'alors demeurée impuissante à provoquer l’hypnose, peut devenir suflisante dès que l'opérateur affirme qu’elle possède infailliblement cette vertu. »
«Je devins de plus en plus convaineu, dit-il encore, que l’état hypnotique est essentiellement un état de concentration mentale durant lequel les facultés intellectuelles du patient sont à ce point absorbées par une simple idée, ou à ce point prises par telle fascination de la pensée, qu’elles paraissent ne plus exister et je crus pouvoir conclure que cette concentration d'attention a pour conséquence d’intensifier, dans un degré correspondant, toutes les in- fluences que l'esprit du patient pourrait avoir sur ses propres fonctions physiques, devant la condition de veille, c’est-à-dire lorsque son attention est beaucoup plus diffuse et beaucoup plus distraite. D'ailleurs, toutes les impressions faites sur le corps d’un: individu par un autre, soit au moyen de la parole, soit par des impressions sensibles. n’agissent-elles pas comme suggestions de pensée ou d’action sur le premier en attirant ou en fixant son attention sur une fonction ou sur une partie de son corps ? Admettant donc que toutes les suggestions et impressions, capables d'agir sur un individu dans la condition de veille, peuvent être appelées à agir de la même manière dans le sommeil nerveux et à produire des effets correspondants d'autant plus grands, que l’attention y est plus concentrée et que les facultés du sujet y sont devenues plus intenses, je crois expliquer clairement la question et la rendre intelligible à la conception impartiale de qui que ce soit, en disant que le but réel des différents procédés employés pour déterminer l'hypnose est évidemment de produire un état de concentration, d’abstraction ou d'attention, autrement dit, un état de monoïdéisme. » |
Se basant sur ces principes, Braid donne.les définitions suivantes : (la monoïdéologie est la doctine de l'influence des idées dominantes sur les actions. mentales et physiques ; monoïdéiser c'est l’action d'exécuter les procédés nécessaires pour déterminer le monoïdéisme ; le monoïdéiseur est celui qui monoïdéise; le monoîidéisé c’est la personne en état de monoïdéisme. »
Quoique Braid ait été le véritable initiateur de la théorie sugges-
tive de l'hypnose et de la théorie du monoïdéisme, sa doctrine difière de celle de Liébault en ce qu’elle comporte une distinction complète entre le sommeil naturel et le sommeil hypnotique.
«Le rêve, dit-il, provient d’un repos inaccoutumé de l'esprit et de son inhabileté à se porter lui-même fortement sur aucun point. C’est un défaut de l'attention qui, au lieu dese fixer sur un objet, erre faiblement et inefficacement sur mille sujets. Or ceci est tout le contraire de ce qui est produit par mon action, puisque je considère comme la première, la plus indispensable condition, de fixer l'attention sur une idée et les yeux sur un point. »
Contrairement aussi à Liébault, Braid nie l’état de rapport entre le sujet et l’hypnotiseur ; il disait qu’un somnambule, supposé en rapport avec l’hypnotiseur, entendait les suggestions faites par une tierce personne et y obéissait lorsque rien ne pouvait lui faire croire qu’il ne devait être en communication qu'avec son seul hypnotiseur. |
Liébault publia, en 4866, son premier ouvrage intitulé : Du sommeil et des états analogues, considérés surtout au point de vue de l'action du moral sur le physique. Ce travail, bien fait pour attirer l'attention des savants, passa inaperçu; il fallut les efforts combinés de Bernheim (!), de Liégeois (?), de Beaunis (*}, etc., pour faire appré- Gier, à leur juste valeur, les idées émises par Liébault, que tous les savants de Nancy considèrent comme leur chef d'école. On ne peut s'empêcher d'admirer la conduite de cet homme qui, abandonné, dédaigné, méprisé, continua ses recherches avec persévérance. dans l'ombre, prodiguant ses soins aux malheureux envers et contre tous. « Dans la situation qui me fut faite, dit-il (‘), comme un condamné maudissant ses juges, Je n’eus plus qu’à m’enfermer dans mon manteau, et à attendre des jours meilleurs, comme certains novateurs désespérés ; je finis même par ne plus compter que sur d'autres générations pour l’éclosion des vérités
(1) BERNHEIM, De la suggestion. Paris, 1884.
(2) Liécuois, De la suggestion hypnotique dans ses rapports avec le droit civil et le droit criminel. 1884.
(3) Beaunis. Études physiologiques el psychologiques sur le somnambulisme provoqué. Paris, 1886.
(4) LréBaur. Le sommeil provoqué et les élats analogues. Paris, 1889, p. 40.
dont je me sentais les mains pleines ; quand, depuis peu, grâce à la perspicacité et au concours inattendu de savants courageux et indépendants, un changement imprévu s’est fait dans le sens de ces vérités, et c’est l'aurore de ce réveil de l'opinion publique en leur faveur que je salue dans cette nouvelle édition. »
Contrairement à Braid, Liébault s’efforçait de prouver l’analogie du sommeil artificiel avec le sommeil naturel. « Si l'on considère, l’un après l’autre, les signes de la formation du sommeil ordinaire et du sommeil artificiel, disait-il, on remarquera qu'ils sont les mêmes. » |
Le sommeil ordinaire s'accompagne généralement des éléments suivants : consentement au sommeil, isolement des sens, afflux de l'attention sur l’idée de s'endormir, et, subsidiairement, besoin plus ou moins pressant de reposer et moyens mécaniques facilitant l’immobilisation de l'attention.
Pour produire le sommeil artificiel, on recherche les mêmes Conditions ; il y a un élément en moins, le besoin de repos, et un autre en plus, l’injonction de dormir.
De cette comparaison, Liébault conclut avec Braid, que, dans les deux formes de sommeil : « c’est le retrait de l'attention loin des sens, et son accumulation dans le cerveau, sur une idée, qui en est l’élément principal (‘). »
Mais le sommeil ne se présente pas toujours sous le même aspect : on peut obtenir un sommeil artificiel sans profondeur, pendant lequel les sujets s’éveillent au moindre bruit et ont encore une conscience nette ; ils se rappellent, au réveil, ce qui s’est passé pendant leur sommeil. Les dormeurs profonds, au contraire, présentent l'amnésie pour tout ce qui s’est passé pendant leur sommeil ; il n’y a plus de liaison psychique, il y a solution de continuité du sommeil à la veille. Eh bien ! d’après Liébault, tous ces phénomènes, on les constate chez les dormeurs ordinaires : sommeil léger avec conservation du souvenir des rêves et sommeil profond avec amnésie au réveil.
« D’après ce coup, d'œil jeté au vol sur le sommeil, dit Lié-
* 4) LiéBaur. Le sommeil provoqué et les élats analogues. Paris 1889, p. 12..
bault (‘), il ressort que, de quelque manière qu’il naisse, il se présente sous deux aspects : ou il est profond, ou il est léger. Profond, 1l se manifeste de deux façons : par suite de l'arrêt ou du ralentissement de l'attention sur des idées, il y a abolition des fonctions des sens et du système locomoteur ; ou bien pendant la pensée, entrant en mouvement avec l'énergie proportionnelle à sa concentration, certains sens et certaines parties du système musculaire se mettent à son service, et il en résulte le réve en action, si étrange, connu sous le nom de somnambulisme. Dans l’un et dans l’autre cas, il y a perte de souvenir au réveil. Quand, au contraire, le sommeil est léger, les sens ne sont pas fermés, ils ne sont qu’afflaiblis et les muscles qu’appesantis. C’est qu’aussi, dans cette orme, l’attention, peu accumulée au cerveau, est encore stimulée par les sensations, et, consécutivement, la pensée, ralentie, est moins concentrée que dans la forme précédente, et elle a, de plus, moins d'effet sur l'organisme ; les rêves ne s’y traduisent jamais par des mouvements réguliers, parce que les idées sont moins nettes, moins bien formulées, plus changeantes et exprimées avec moins d'énergie. Ce sommeil laisse toujours dans la mémoire le souvenir des rèves que l’on a faits, principalement de ceux qui devancent le sommeil. »
Le dormeur ordinaire s'endort par auto-suggestion. tandis que le dormeur artificiel s'endort par une suggestion venant de l'extérieur : le premier s'isole de tout ce qui se passe autour de lui ; le second reste en rapport avec l'opérateur, parce qu’en s’endormant, son attention reste fixée sur l’hypnotiseur.
Il admet deux sortes fondamentales de sommeils : le sommeil léger et le sommeil profond. |
Le sommeil léger comprend, d’après lui, quatre degrés :
1% degré. — Somnolence, torpeur, pesanteur de tête, difficulté à soulever les paupières. ,
(1) Lépaurr. Loc. cit., p. 25, èdition de 1889.
2° degré. — Commencement de catalepsie. Le sujet peut encore faire des mouvements si on l’en défie.
3° degré. — Catalepsie, aptitude à ‘exécuter des mouvements automatiques, le sujet ne peut arrêter l’automatisme rotatoire sugvéré. :
. 4° degré. — Catalepsie, automatisme rotatoire, le sujet ne peut porter son attention que sur l’hypnotiseur et ne se rappelle, au réveil, que ce qui s’est passé entre lui et l'opérateur.
Le sommeil profond comprend deux degrés :
1% degré. — Sommeil somnambulique avec amnésie au réveil et hallucinabilité pendant le sommeil.
2° degré. — Sommeil somnambulique avec amnésie au réveil
et hallucinabilité intra et post-hypnotique.
Liébault croit au rapport entre l’hypnotisé et l’hypnotiseur : (il est généralement observé, dit-il, que tous les somnambules artificiels sont, par leurs sens, en relation directe et unique avec ceux qui les ont endormis. Le sujetentend tout ce que l'opérateur lui dit, mais il n'entend que lui, à condition cependant que le sommei soit suffisamment profond. Il entend seulement l’opérateur lorsque celui-ci s'adresse à lui et non pas lorsqu'il parle à une troisième personne. )
Telles sont les idées émises par Liébault, idées qui furent le point de départ des recherches de Bernheim et qui servirent de base à l'édification des théories de l’École de Nancy.
Bernheim ('} développa et étendit considérablement la théorie suggestive de Liébault. Pour lui, il vaudrait mieux supprimer complètement le mot hypnotisme, et le remplacer par état de suggestion. Le sommeil, ou l’idée du sommeil n’est en effet pas: nécessaire pour qu’il y ait influence hypnotique : on peut, par simple suggestion, cataleptiser, insensibiliser, automatiser même un sujet éveillé ayant toute sa conscience, comme on peut l’'endormir en le lui ordonnant : « N’ai-je pas démontré ainsi, dit Bernheim (?),‘que le sommeil, ou l'idée du sommeil n’est
(4) BerNuem. La suggestion dans l'état hypnolique, 1884. (2) Bernueim. Hypnotisme, Suggestion, psychothérapie, 1891.
lui-mème qu’un des phénomènes obtenus par l'influence hypnotique au même titre que la catalepsie et l’hallucination, mais que ce phènomène, sommeil, n’est pas le prélude obligé, ni le mécanisme générateur des autres ?.... il y a hypnose sans sommeil, tous les phénomènes de l’hypnotisme existent sans sommeil.
« Qu'est-ce, d’ailleurs, que le sommeil ? Comment peut-on le caractériser ? Par l’immobilité du corps, la résolution des membres, l'occlusion des yeux, le souvenir des rêves ou l’amnésie ? Mais ces signes se rencontrent dans une foule d’états tels que, lapoplexie, l’épilepsie, etc. Tant que l’on ne connaîtra pas ce qu'est le sommeil physiologique, on ne pourra dire si le sommeil apparent de l'hypnotisé est toujours un sommeil réel. » D’après Bernheim ('}, beaucoup de sujets ne dorment pas, mais croient dormir, parce qu’on le leur affirme : « c’est donc restreindre singulièrement la conception du mot hypnose, c’est méconnaitre la nature réelle du phénomène que de le définir par sommeil provoqué. »
« Si l’on veut conserver le mot hypnose, état hypnotique, nous le définirons ainsi : état psychique particulier susceptible d'être provoqué, qui met en activité ou exalte à des degrés divers la suggestibilité, c’est-à-dire l’aptitude à être influencé par une idée acceptée par le cerveau et à la réaliser (?).»
Les phénomènes hypnotiques ne sont que des phénomènes de suggestibilité; l'auteur reconnaît que le sommeil facilite singulièrement la suggestion, mais il croit que le sommeil, qu’il soit naturel ou provoqué, n'agit qu’en atténuant l'initiative intellectuelle, en concentrant l’activité cérébrale sur les phénomènes d’automatisme. Dans certains cas, le sommeil peut même créer la suggestibilité, mais il faut bien comprendre que ce sommeil n'est pas nécessaire pour produire la suggestion.
Récemment, au Congrès international de Moscou, Bernheim reprenait une assertion, faite par Delbœuf (*) en 1891 et
=. (1) BeRNHEIM. Loc. cil., p. 75.
(2) In., Loc. cit., p. 76.
(3). DELBŒUr . Comme quoi iln’y à pas d'hypnotisme (Revue de l'hypnolisme 1891, p. 135). s
par lui-même : @Il n’y a pas d’'hypnotisme, il n’y a que des degrés et des modes divers de suggestibilité. |
Hartenberg {‘) dans une récente communication à la Société d’hypnologie s’écrie : «Ne parlons plus d’hypnotisme, ce mot seul effraie tout le monde et ne parlons que de suggestion. »
Pour ce qui concerne la elassification des états hypnotiques, Bernheim ne peut admettre celle de Liébault : il n’a pas observé, comme ce dernier auteur, le rapport exclusif entre l’hypnotiseur et l'hypnotisé ; presque tous ses somnambules se mettent facile-
ment en rapport avec tout le monde. Il y a là une question d'éducation:
Bernheim propose de diviser les états hypnotiques en deux classes, suivant qu'il y a ou non souvenir au réveil.
ire CLASSE. — Souvenir conservé au réveil.
1er degré. — Torpeur, somnolence ou sensations diverses, telles que chaleur, engourdissement par suggestion.
2e degré. — Impossibilité d'ouvrir les yeux spontanément.
3° degré. — Catalepsie suggestive avec possibilité de la rompre.
4° degré. — Catalepsie irrésistible avec impossibilité pour le sujet de la rompre. ÿ
d° degré. — Contracture involontaire suggestive (à ce degré, ordinairement analgésie suggestive).
ܰ degré. — Obéissance automatique,
2e CLASSE, — Amnésie au réveil.
7° degré. — Absence d’hallucinabilité.
8° degré. — Mallucinabilité pendant le sommeil.
9 degré. — Hallucinabilité intra et post-hypnotique.
Bernheim reconnaît que cette classification est artificielle, qu’il y a des variantes à l'infini et que certains sujets peuvent ne pas entrer dans un de ces degrés.
« Si nous n'avons pas pris, dit Bernheim (‘}, comme point de dé-
(1) HarrTENBERG. Revue médicale, 17 novembre 1897. (2) BeRNHEIM. Loc. cil., édition de 1884. | “es
part de nos recherches, les trois phases de l’hypnotisme hystérique, telles que Charcot les décrit, c’est que nous n’avons pas pu, par nos observations, en confirmer l'existence. Voici ce que nous observons constamment à Nancy : quand un sujet, hystérique ou non, est hypnotisé par n'importe quel procédé : fixation d’un objet brillant, des doigts ou des yeux de l’opérateur, passes, suggestion verbale, occlusion des paupières, il arrive un moment où les yeux restent clos, souvent, mais non toujours, renversés sous les paupières supérieures ; quelquefois les paupières sont agitées de mouvements fibrillaires ; mais ce n’est pas constant. Nous ne constatons alors ni hyperexcitabilité neuro-musculaire, ni exagération des reflexes tendineux. Est-ce la léthargie ? Dans cet état comme dans tous les états hypnotiques, et j'insiste sur ce fait, l’hypnotisé entend l'opérateur, il a l’attention et l'oreille fixées sur lui. Souvent il répond aux questions, il répond presque toujours si on insiste et si on lui dit qu’il peut parler... Le sujet, dans cet état, est apte à manilester les phénomènes de catalepsie ou de somnambulisme, sans qu’on soit obligé de le soumettre à aucune manipulation, pourvu qu'il soit à un degré suffisant d’hypnotisation. |
» Pour mettre un membre en catalepsie, il n’est pas nécessaire d'ouvrir les yeux du sujet, ni de le soumettre à une vive lumière ou à un bruit violent, comme on fait à la Salpêtrière; il suffit de lever ce membre, de le laisser quelque temps en Pair, au besoin d'affirmer que ce membre ne peut plus être abaisssé; il reste en catalepsie suggestive. L’hypnotisé, dont la volonté ou Île pouvoir de résistance est affaibli, conserve passivement l'attitude imprimée...
» Nous n’avons constaté que des degrés variables de suggestibilité chez les hypnotisés : les uns n’ont que de l’occlusion des yeux avec ou sans engourdissement ; d’autres ont, en outre de la résolution des membres avec inertie ou inaptitude à faire des mouvements spontanés ; d’autres gardent les attitudes imprimées (catalepsie suggestive). Enfin la contracture suggestive, l’obéissance automatique, l’anesthésie, les hallucinations provoquées marquent le développement progressif de cette suggestibilité. Un sujet envi-
Ton sur six où sept de ceux qu’on hypnotise, arrive au degré le plus élevé, au somnambulisme avec amnésie au réveil, et, quand il n'y arrive pas d'emblée par le seul fait de l’hypnotisation, aucune des manœuvres que nous avons essayées n’a pu le développer; la suggestion seule continuée a pu le produire. |
» Jamais je n’ai pu réaliser les trois phases de la Salpêtrière, et ce n’est pas faute d’avoir cherché. J'ajoute même qu'à Paris, j'ai vu, dans trois hôpitaux, des sujets hypnotisés devant moi; ils se comportaient tous comme nos sujets... Une seule fois j'aivu un sujet qui réalisait à la perfection les trois périodes: léthargique, cataleptique, somnambulique. C'était une jeune fille qui avait passé trois ans à la Salpêtrière, et l’impression que J'en ai conservée, pourquoi ne pas le dire? c'est que, soumise par des manipulations à une culture spéciale, imitant par suggestion inconsciente les phénomènes qu'elle voyait se produire chez les autres somnambules de la même École, dressée par imitation à réaliser les phénomènes réflexes dans un certain ordre typique, ce n'était plus une hypnotisée naturelle, c'était un produit de culture faussée, c'était bien une névrose hypnotique suggestive. ».
La catalepsie, d’après Bernheim, est un phénomène purement psychique, dû à l’absence d'initiative cérébrale. Peut-être intervient-il un élément actif, suggestif ; le sujet auquel on élève le bras a l’idée de continuer à le tenir en l’air. Ce qui prouve la vérité de cette théorie, c’est que l’on obtient ces phénomènes sans hypnose dans des cas de stupeur cérébrale, dans la fièvre typhoïde par exemple.
Beaunis est beaucoup moins affirmatif que Bernheim ; il admet que la suggestion joue un grand rôle dans la production des phénomènes hypnotiques, mais il ne peut se résoudre à conclure que tous ces phénomènes dépendent uniquement de la suggestion.: « Je suis convaincu, dit-il (‘)}, pour ma part, que la suggestion n’explique pas tout, et qu'il y a autre chose ». |
Pour Liébault, Bernheim, Beaunis, Liégeois, etc., l'hypnose n’est pas, comme Charcot le pensait, un sommeil pathologique, c’est : un sommeil physiologique susceptible de se développer aussi bien,
(1) Beaunis. Le Somnambulisme provoqué, 1887, p. 230.
si pas mieux, chez les sujets sains que chez les hystériques.
Tamburini (‘) déclare également que l'hypnotisme ne doit pas être considéré comme un état pathologique, il croit que les phénomènes somatiques décrits par l’École de Paris existent, qu'ils peuvent se produire et qu’ils se sont produits réellement en dehors de toute espèce de suggestion (*), mais qu’ils dépendent alors, non pas de l'hypnose, mais bien de l’hystérie.
«Tous les phénomènes caractéristiques des trois périodes du grand hypnotisme se réduisent à des phénomènes de mouvement tels que l’hyperexcitabilité neuro-musculaire, l’hyperexcitabilité cutanée ; ces phénomènes somatiques existent indépendamment de toute influence suggestive dans certains cas de grande hystérie, mais ils ne justifient cependant pas la division nosographique des trois périodes, ils ne sont qu’une manifestation différente d’un état uniqne, c’est-à-dire de l'excitabilité augmentée des centres nerveux et que la variété des dites manifestations est pendante uniquement de la nature différente, de l'intensité et de la durée des excitations employées pour les produire (*)..
» Les phénomènes somatiques de l’hypnotisme seraient ainsi dus à l’augmentation de l’excitabilité réflexe, dans laquelle la sugsestibilité peut aussi rentrer, n'étant due qu’à une plus grande facilité à la production des réflexes psychiques.
» Lorsque ces phénomènes somatiques se présentent, ils n’appartiennent pas à l'hypnotisme, mais ils préexistent et appartiennent à l’hystérie, comme autant de stigmates hystériques.
» 4° Si les phénomènes étaient propres à l’hypnotisme, ils devraient se manifester constamment.
» 20 Quelquefois les phénomènes somatiques ne s’obtiennent dans l’hypnotisme que lorsqu'ils sont arrivés à faire partie spontanément du cadre phénoménique de l’hystérie.
» 3° Les phénomènes généraux de la léthargie, de la catalepsie et du somnambulisme peuvent s’observer comme de véritables et propres manifestations hystériques.
(4) TamBurinr. Sur La nature des phénomènes somatiques dans l'hypnotisme (Soc. d'hypnologie, oct. 1891).
(2) (TamBurinr. Société d'hypnologie, p. 53.
(3) Id., tbid., p. 54.
50 GHAPITRE II
» 4° L’hypnotisme, dans beaucoup de cas, ne fait que reproduire les phénomènes de l'accès hystérique.
» Pour nous done, dit Tamburini, l’hypnotisme, dans les cas même de grande hystérie, ne constitue jamais une névrose par elle-même, mais il ne fait dans ces cas, que mettre en évidence les phénomènes pathologiques de lhystérie ».
Dumontpallier (‘) considère les trois états de Charcot comme artificiels, 1l ne croit pas que les contractures soient différentes suivant les périodes du sommeil hypnotique ; pour lui, lhyperexcitabilité neuro-musculaire peut se manifester dans toutes les périodes de l’hypnose, mais les procédés qui la font apparaître sont variables. Dans ja léthargie, c'est la pression des masses musculaires ou le choc d’un nerf; dans la catalepsie le vent d’un soufflet, une goutte d’éther dans la gouttière épitrochléenne réussit à déterminer la griffe cubitale, etc.
Magnin (©) soutient la même opinion, il conclut de ses expériences que des excitations infiniment faibles peuvent donner naissance à des contractures intenses et localisées ; dans la catalepsie il a obtenu des résultats analogues à ceux de Dumontpallier. D'après ces deux auteurs done, le réflexe cutané suffit à déterminer les contractures dans toutes les phases de l'hypnose.
Brémaud (*) soutient que les contractures se manifestent dans la catalepsie, sous l’influence d'un petit choc, d’un courant d'air, etc.
Richer (‘) maintient les faits observés par Charcot et par lui: il croit que MM. Dumontpallier, Magnin et Brémaud ont expérimenté sur des sujets ne présentant pas de caractères tranchés.
Cette théorie de la suggestion a réuni un grand nombre de partisans, non seulement à Nancy et à Paris, mais aussi à l’étranger.
Le professeur Forel, de Zurich, déclare que tout est suggestion dans l’hypnotisme, mais il restreint considérablement le mot suggestion ; la suggestion, dans son sens le plus large contient :
(1) DumonrPaLriER. SOC. de Biologie, 4 mars, 1882.
(2) MaGnin. Étude clin. el expérim. sur l’hypnotisme. Paris, 1884. (3) BRéMmau». Soc. de Biologie, 12 janvier 1884.
(4) Ricuer. Soc. de Biologie, décembre 1883.
Adi -da. RS TE AESE" CET vd Y
LES PHASES DU SOMMEIL HYPNOTIQUE ol
1° Le fait psychique qui se passe dans le cerveau de l’hypnotisé, fait qui est le même que dans l’auto-suggestion.
2° L'action de suggérer de la part de l’hypnotiseur.
Le premier n’est pas du tout particulier à l'hypnotisme: c’est un des faits fondamentaux du dynamisme cérébral.
» Donc, dit Forel, en introduisant la notion de suggestion hypnotique, il faut éviter de lui faire envahir les notions psychophysiologiques déjà connues auparavant ». Ce qu'il faut appeler suggestion hypnotique, c’est «l’action d’une âme sur une autre ».
Parmi les plus chauds défenseurs de cette doctrine, il faut citer notre compatriote Delbœuf. Ayant d'abord visité la Salpêtrière: Delbœuf fut convaincu de la réalité des théories de Charcot. « Je revins, dit-il (‘), de la Salpêtrière, reconnaissant, émerveillé, mais un peu bouleversé; je n’eus plus qu’un désir, avoir un sujet pour expérimenter par moi-même,en notant avec soin toutes les circonstances qui entoureraient la naissance des phénomènes hypnotiques ».
M. le professeur Mastus lui procura une jeune malade hystérique, chez laquelle il ne put reproduire les trois états décrits par Charcot; n'ayant obtenu aucun résultat plus probant avec trois autres sujets, il expérimenta sur deux ou trois jeunes gens qui avaient été fascinés par Donato. Les phénomènes qu'il observa se montrèrent absolument différents de ceux qu'il avait développés précédemmet chez des sujets vierges de toute expérience. « Je tenais enfin, dit-il (?), l'explication des phénomènes exhibés à la Salpêtrière : ils étaient dus à l'entraînement et à la suggestion. L'opérateur aura considéré comme essentiels des caractères tout individuels, sinon purement accidentels, présentés par Son premier sujet. |
» Usant inconsciemment de la suggestion, il les aura transformés en signes habituels : il se sera attaché, toujours sans le Savoir, à les obtenir des autres sujets qui les auront reproduits par imitation et ainsi le maître et les élèves s’influençant réciproquement, n'auront pas cessé d'alimenter leur erreur... Je suis revenu de
(1) DecBœur. Le magnétisme animal, Paris, 1889, p. 9. AMId Loc: cit. p.140. ;
Paris absolument convaincu. Il est heureux pour moi que, contre mon attente, mon premier sujet n'ait pas obéi à mes manœuvres, corroborées pourtant — j'en suis sûr — d'injonctions verbales, sans quoi je verserais peut-être encore dans le Salpêtriérisme ».
L'auteur résume sa pensée dans une phrase bien caractéristique : QI n’y à pas d’hypnotisme, il n°Y a que des degrés et des modes divers de suggestibilité (‘) ».
On le voit, Delbœuf est partisan de l’École de Nancy pour ce qui concerne la nature suggestive des phénomènes hypnotiques.
Le D' Semal (?), de Mons, se déclare de l'avis de l'Ééole de Nancy pour ce qui concerne la nature suggestive de l'hypnose, mais il ne peut admettre l'identité de nature du sommeil normal et du sommeil hypnotique: « Le sommeil, qui n’est du reste pas indispensable à la production des phénomènes hypnotiques, constitue seulement l'état favorable à l'établisssement d’une aptitude qui domine entièrement la situation, la suggestibilité du sujet... En dehors de cette condition, il n’y à pas d’hypnose, y eût-il même sommeil, et celui-ci doit, en somme, être considéré comme le résultat primordial de la suggestion. C’est pourquoi il est inexact de comparer le sommeil normal au sommeil hypnotique ; ils n’ont de commun que le fait même de dormir, ce qui n’a pas toujours lieu ». Semal ajoute que l’analogie n’est pas grande entre le rêve ordinaire et le rêve hypnotique; l'hypnose n’est pas une névrose puisqu'elle est, la plupart du temps, dépourvue de phénomènes somatiques, mais elle constitue un état mental particulier, voisin des psychoses, qui est la suggestibilité. L’hypnose est donc, pour Semal, une psychose expérimentale.
Puisque nous en sommes aux auteurs belges, mentionnons encore parmi les partisans de l’École de Nancy, l’avocat Bonjean (!), de Verviers, et Henri Nizet (‘}, de Bruxelles: tous deux ont expérimenté sans parti pris; ils n’ont jamais réussi à reproduire les
(1) Dezsœur. Comme quoi il n'y a pas d'hypnotisme.(Revue de l’hypnotisme, p. 135, 1891-1892).
(2) SemaL. La psychose hypnotique.(Bul. Acad. de Belgique, 1888, et Revue de l'hypnot., 1888, p. 71).
(3) BonsEan. L'hypnotisme. Paris, 1890.
(4) Nizer. L'hypnotisme. Etude critique. Bruxelles, 1891.
trois états de Charcot. « Nous avons vainement cherché à obtenir les résultats annoncés par l'honorable écrivain, dit Bonjean. Mais, en les supposant exacts, ces métamorphoses nous intéresseraient à un autre titre. La suggestion n’y avait-elle pas son petit mot à dire? Apparemment, et notre insuccès nous a permis de conclure que nos sujets ne passaient pas de la catalepsie à la léthargie et de la léthargie au somnambulisme, tout simplement parce que leur éducation n'avait jamais porté sur ces troubles fonctionnels. »
De son côté, Henri Nizet, dans un ouvrage fort bien tait, dit : « Nos expériences personnelles, souvent répétées, relatives à la théorie des trois états, nous ont invariablement donné des résultats négatifs, si bien que nous en sommes venu à penser que les manœuvres employées à la Salpêtrière pour provoquer la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme, ne sont que le véhicule d’une suggestion inconsciente des opérateurs, suggestion facilitée par l'habitude clinique. »
Le D' van Velsen se rallie aussi aux idées émises par l'École de Nancy : «Retenons. dit-il (‘)}, d’ailleurs, qu’au fond de toutes, absolument toutes les manœuvres des hypnotiseurs, on trouve la suggestion..... c'est ma conviction la plus profonde, conviction que je base sur les hypnotisations que j'ai faites ou vu faire et que j'estime à environ dix mille. »
(4) Van Vecsen. {nn. de l'Institut chirurgical de Bruxelles, 1894, p. 104.
DISCUSSION ET OPINIONS PERSONNELLES
Que devons-nous penser en présence de doctrines si différentes ? Devons-nous, avec Charcot, Richer, Pitres, Luys, etc., admettre que l'hypnose se manifeste sous trois aspects bien distincts: la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme ? Devons-nous, au contraire, avec Liébault, Bernheiïm, Liégeois, etc., considérer l’essai nosographique de la Salpétrière comme inexact, artificiel et dù à la suggestion ? Ou bien devons-nous croire, avec Tamburini, que les phénomènes somatiques du grand hypnotisme se produi-
sent réellement en dehors de toute suggestion, mais que ces phé=
nomènes appartiennent non pas à l'hypnotisme mais bien à l’hystérie ? Devons-nous, avec les premiers auteurs, considérer le sommeil hypnotique comme pathologique et tout différent du sommeil ordinaire, ou bien devons-nous avec les autres expérimentateurs, affirmer que l'hypnose est un état physiologique semblable au sommeil ordinaire ?
Avant de discuter ces questions, je vais mentionner l'opinion de quelques auteurs qui ont bien voulu me faire connaître leurs idées : |
1° Le sommeil hypnotique est-il de même nature que le sommeil ordinaire (1) ?
DuMonTPALLIER (de Paris). «Non. »
Boirac (de Paris). « Non, le sommeil, dit hypnotique, ne me semble pas de même nature que le sommeil ordinaire. 1l en diffère profondément par la suggestibilité anormale qu’il développe chez
(4) Réponses à mon questionnaire.