LEZ
presque tous les sujets, et cette différence doit tenir trés probablement à une différence plus profonde encore dans l’état général
du système nerveux-et de l'organisme. Sans doute, ici, comme
ailleurs, la nature obéit à la loi de continuité ;: les deux sommeils
peuvent venir l’un à l’autre par une infinité de degrés, mais il en
est de même aussi du sommeil et de la veille. D'ailleurs, les curieuses expériences de Montin, trop peu. connues en général du public scientifique, prouvent que la plupart des phénomènes dits hypnotiques (suggestions, conträctures, attitudes cataleptiques, etc.), peuvent être obtenus par des manœuvres très simples chez un grand nombre de personnes qu’on n’a jamais endormies, qu’on n’endormira peut-être jamais de leur vie, et qui restent parfaitement éveillées pendant toute la durée des expériences. La vérité selon moi, c’est que le système nerveux est susceptible d’un grand nombre de modalités plus ou moins caractérisées, dont les deux formes extrêmes sont : la veille et le sommeil, qui nous servent de types pour concevoir et mesurer toutes les autres: mais celles-ci ne sont à proprement parler ni des veilles, ni du sommeil, quelque ressemblance plus ou moins marquée qu’elles puissent présenter avec l’un ou l’autre de ces types. La plupart de ces modalités restent en puissance. chez la grande majorité des individus; elles n'apparaissent et ne se firent chez quelques-uns que dans les conditions plus ou moins accidentelles que l’expérience seule peut nous apprendre. ». TA Ocnorowicz (de Varsovie). «Non, mais il ÿ a des transitions et en outre, le sommeil ordinaire, lui aussi, peut être provoqué par suggestion, )»
SANcHez HERRERO (de Madrid). « Le sommeil hypnotique à plus de différences que d’analogie avec le sommeil ordinaire. »
Luys (de Paris). « Non, c'est un sommeil incomplet, dans lequel une ou plusieurs régions sensorielles de l’écorce continuent à être en.éveil. » | SA dinar:
Manor (de Paris). « La nature du sommeil naturel étant à peu près inconnue, il est bien difficile de dire si le sômmeil hypnotique
est de même nature.
» Il y a certes de grands rapports entre eux, en particulier entre
les suggestions de l'hypnose et celles que l'on peut donner en
dirigeant certains rêves du sommeil ordinaire. A rapprocher aussi de la suggestion dont l’acte se prolonge après l'hypnose, l’action prolongée de certains rêves après le réveil, en particulier de certains cauchemars.
» Y a-t-il identité cependant ? Cela ne paraît pas. Peut-être peuton en trouver une preuve dans le trouble intellectuel et surtout moral (personnalité) que produit l'hypnose répétée, et aussi dans les relations morales qui paraissent être établies entre l’hypnotisé et l’hypnotiseur. » |
Azam (de Bordeaux). («Je ne crois pas, il ressemble plutôt au sommeil spontané et subit qu’on observe souvent chez les hystériques. »
A. Voisin (de Paris). «Le sommeil hypnotique n’est pas de même nature que le sommeil ordinaire. » |
BEAUNIS (de Paris). (IL est difficile de répondre d’une façon précise à cette question, puisque nous ne connaissons pas la nature intime du sommeil naturel. Cependant, pour ma part, je crois, malgré les analogies des deux sortes de sommeil, qu’il y a entre eux des différences assez marquées et caractéristiques. »
BrémauD (de Brest). « Le sommeil chez les hystériques ou névrosés a des caractères particuliers que n’a pas le sommeil chez les individus complètement sains. Ce n’est pas à la nature particulière d’un sommeil hypnotique que l’on doit rapporter les phénomènes dont il s’agit, mais à la nature particulière du sujet. »
Prrres (de Bordeaux). (Non. »
MEsxer (de Paris). « Non. »
G. Bazzer (de Paris). « Non. »
Buror (de Rocheïort). «Le sommeil hypnotique est différent du sommeil ordinaire. »
Joire (de Lille). «Non. »
Lagoir (Nashua New-Hamspire). «Oui, mais l’un est provoqué, l’autre spontané. »
DE JoxG (de la Haye). « Mes expériences m'ont démontré qu'il y a une grande analogie entre le sommeil hypnotique et le sommeil naturel. » ;
Le MEnaNT pes CHeEsNais (de Ville-d'Avray). («Le sommeil hypno-
tique est de même nature que le sommeil ordinaire, avec cette différence que, dans le premier, toutes les sensations, les images, les rêves sont provoqués et dirigés par l’hypnotiseur, tandis que, dans le sommeil ordinaire, ils résultent simplement de troubles du grand sympathique ou du système médullaire, tenant en activité certaines cellules cérébrales pendant le sommeil des autres. »
Davin (de Narbonne). « Hypnotique ou naturel, le sommeil est toujours provoqué ; dans le premier cas, la cause déterminante vient du dehors; dans le second, elle est inhérente au sujet. Les causes n'étant pas les mêmes, les effets sont nécessairement différents, mais la nature du sommeil ne change pas. Tel un instrument de musique. » |
BARON VON SCHRENCK NorziNG (de Munich). « De la même manière que l’on peut, par la suggestion, créer des états anormaux et guérir des désordres fonctionnels, on peut, dans beaucoup de cas. produire un véritable sommeil qui ne saurait en rien être distingué du sommeil normal. Par l'association des circonstances qui accompagnent le sommeil (position couchée du corps, demi-obscurité, appel de l’attention sur l’idée du sommeil}, on provoque les sensations correspondantes du relâchement des membres, de locclusion des yeux, de la cessation des représentations et des perceptions, etc. En procédant ainsi, on doit s'efforcer de capturer aussi complètement que possible la conscience par l’association en question. Immédiatement on ne produit ainsi rien d’autre qu’un état passif de repos. Cependant, les excitations représentatives ainsi provoquées artificiellement,n’agissent jamais sur l'esprit avec la même intensité que les excitations naturelles, par exemple, que l'épuisement physique du système nerveux qui produit le sommeil normal, ainsi que Je l’ai démontré ailleurs. »
HENRIK PETERSEN (de Boston). «Oui. »
2 Le sommeil hypnotique est-il toujours dû à la suggestion ?
Borrac (de Paris). « A la seconde question, je répondrai aussi négativement. Mais pour expliquer ma réponse, il me faudrait entrer dans une discussion approfondie de la doctrine de l’École de Nancy, et je dépasserais de beaucoup les proportions d’une lettre.
Peut-être suffira-t-il de dire que la suggestion ne peut pas, selon
moi, être la cause profonde et suffisante des phénomènes qu’on lui attribue, étant une cause purement suggestive et presque verbale, mais qu’elle en est seulement l’occasion, la condition déterminante. La vrai cause doit être une certaine modification (de nature encore inconnue) de l'état circulatoire et nerveux des centres cérébraux et de tout le système cérébro-spinal. Tant que cette modification n’est pas produite, j'ai beau dire à quelqu'un : Vous ne pouvez pas Ouvrir les yeux, vous ne pouvez plus plier le bras,
la jambe, il se moque de mes suggestions. Or, il n’y a, & priori, au-
cune raison de supposer que cette modification ne puisse être pro-
duite que par la suggestion elle-même, là où elle est possible (car elle ne l’est pas chez tout le monde, et il faut aussi que le sujet y soit prédisposé), elle semble bien plutôt pouvoir être produite par un grand nombre de causes différentes, par toutes celles qui troubient assez profondément l'équilibre habituel du système. D'autre
part, l’expérience prouve que des pratiques purement physiques, comme par exemple la fixation prolongée d’un point unique (expé-
riences de Braid, Grimes, Philips) la produisent très rapidement
chez un grand nombre de sujets et préparent ceux-ci à subir les
eflets de la suggestion. »
SANCHEZ HERRERO (de Madrid). «Non. »
Luys (de Paris). « Non, il peut être spontané. »
Manor (de Paris). (11 semble bien que certains états d’hypnose soient souvent dus à autre chose que la suggestion; certains états cataleptiques, par exemple, produits chez des nerveux par un grand bruit subit. Je crois aussi que l'action propre de lhypnotisme n’est pas indifférente. J’ai remarqué, par exemple, une grande analogie dans le sommeil des personnes que j'ai endormies et certaines de celles-là avaient un sommeil très différent, endormies par d'autres hypnotiseurs. Je fais allusion en particulier à l’état d'éveil intellectuel. Les passes aussi ont peut-être une action propre ? »
AzAM (de Bordeaux). « Pas toujours ; le fait d'une jeune hystérique qui tombait en sommeil en se regardant à la glace, fait cité à la Société médico-psychologique de Paris, prouve le contraire. »
A Voisin (de Paris). « Le sommeil hypnotique n’est pas toujours dû à la suggestion. »
BEauNIs (de Paris). «11 peut se produire sans suggestion ; mais c’est l'exception. »
BRÈMAUD (de Brest). «Le sommeil peut être dû à la suggestion, il peut survenir normalement, être l'effet de phénomènes morbides. Mais quelle que soit la cause du sommeil, celui-ci présente, chez les hystériques ou névrosés, des caractères particuliers. »
Prrres (de Bordeaux). (Non. »
VARINARD (de Paris). (Non. Il peut être tout à fait mécanique et dû à l’action d’une force cachée, dont le nom m'importe peu (électrique, magnétique, neurique}). Je crois donc qu'a côté de l'hypnotisme, il y a le magnétisme !!! »
Layore (de Nashua-New-Hamspire). «Non, je fus appelé, il y a 16 mois, auprès d’un enfant qui dormait depuis 20 heures ; très alarmés, les parents me demandent ce que cela veut dire : Je réveillai l'enfant (12 ans) assez difficilement, en lui suggérant l’idée du réveil. Et ce garçon me montra sur la table une boule reluisante : (Je m'amusais à essayer de regarder le soleil qui donnait sur cette boule, je me suis fatigué et je ne me rappelle plus rien, dit-il. » Il n'y a eu là, évidemment, pas de suggestion autre que celle (?) inhérente à la fatigue (?) »
Davip (de Narbonne). « Le sommeil hypnotique peut être accidentel. Si, dans la pratique de l'hypnotisme, on n’observe pas toutes les règles qu’un opérateur doit connaître, le sujet qui a été endormi est exposé à tomber dans le sommeil hypnotique accidentel. »
Buror (de Rochefort). « Non. »
OcHorowiez (de Varsovie). « Le plus souvent, mais pas -toujours, »
Joire (de Lille). «J'ai endormi des sujets, déjà entraînés, à leur insu. »
DumonrpazLier (de Paris). « Ou à la suggestion, ou à lautosuggestion. »
Le Mexanr pes Cnesnais (de Ville-d’Avray). « Je crois que le sommeil hypnotique est toujours dû à la suggestion. »
DE JoxG (de la Haye). « Le sommeil hypnotique est toujours un produit de suggestion. ».
HENRIK P£ETERSEN (de Boston). ( Oui, car toute fatigue des sens peut être considérée comme auto-suggestion et souvent inconsciemment. »
G. Bazzer (de Paris). « Le plus souvent, peut-être toujours. »
DÉJERINE (de Paris). « Oui. »
BARON von SCHRENCK NorziNG (de Munich). « Oui. »
30 Les trois états de Charcot existent-1ls ?
AzAM (de Bordeaux). « Oui. » |
A. Voisin (de Paris). « Les trois états de Charcot existent. »
Prrres (de Bordeaux). ( Oui. »
MEsxer (de Paris). « Oui. »
Luys (de Paris). «Oui. »
Lago (de Gashua-New-Hamspire)., «Oui. »
Davip (de Narbonne). « Oui, mais non pas chez tous les sujets, et encore ne se manifestent-ils pas invariablement dans l'ordre successif qui a été indiqué. »
G. BaLzer (de Paris). « Incontestablement, mais l'exemple, . l'éducation inconsciente n’est pas étrangère à leur production. »
Buror (de Rochefort). « Oui, chez les grandes hystériques. »
DumonTPaLLier (de Paris). « Ils sont artificiels. »
SANCHEZ HERRERO (de Paris). « Non. »
MaroT (de Paris). « Certes, mais ils paraissent surtout dus à l'éducation, ou, si l’on veut, à la suggestion. En tout cas, on les trouve rarement dans l’ordre et avec les stigmates que leur assignait Charcot. Quand on endort un sujet pour la première fois, c’est dans l’état de somnambulisme qu’on le met le plus généralement, et je n’ai, pour ma part, jamais constaté l’hyperexcitabilité musculaire, que j'ai vue chez des sujets de Charcot. »
BEAUNIS (de Paris). « Non. » à
BRrémauD (de Brest). « Les trois états de Charcot existent en jant que faits-observations, c’est-à-dire que l’on peut les constater ou les provoquer artificiellement. Is n'existent pas en tant que syndrôme constant, semblables à eux-mêmes et naissant spontanément, en dehors de la suggestion et d'éducation préalable, peut-
ètre involontaire. Sur des centaines de sujets, je n'ai jamais, depuis que je me suis tenu en garde contre la suggestion, constaté le développement spontané de ces états ; ils existent à titre de syndrôme pathologique spontané chez les hystériques à cerises. »
DE Joxe (de la Haye). «Les trois états de Charcot n’existent pas. »
Le MENANT Des CHESNAIS (de Ville-d'Avray). « Les trois états de Charcot n'existent pas. »
DéJere (de Paris). « Non. »
Ocxorowicz (de Varsovie). « Les trois états de Charcot, tels qu'ils ont été décrits, par lui, en détail, n’existent pas ; cependant, en tant que création artificielle, ils peuvent être reproduits par suggestion volontaire ou involontaire chez un petit nombre de sujets éminemment suggestibles, comme toute autre combinaison de symptômes d'ailleurs. Ce qui existe certainement, ce sont les différents degrés de profondeur de l’hypnose, parmi lesquels on peut distinguer plus ou moins nettement les trois phases suivantes :
« 40 Aïdéie (la léthargie) ;
» 20 Monoïdéie (la catalepsie) ;
» 30 Polyidéie (somnambulisme passif et actif).
» Mais quant aux phénomènes extérieurs particuliers, il faut les préciser pour chaque sujet individuellement. Les signes extérieurs physiques, l'hyperexcitabilité neuro-musculaire, etc., peuvent se manifester dans toutes ces phases psychiques, même à l’état de veille. » |
JoiRe (de Lille). « Ces trois états existent, mais ils sont purement artificiels et ne se rencontrent franchement isolés que chez les sujets déjà entraïnés. »
Baron von SCHRENCK NorziNG (de Munich}. « Les trois stades de Charcot sont un mélange de symptômes hystériques et d'états hypnotiques, et je ne les ai jamais rencontrés d’une manière bien nette. »
PA
1° Le sommeil hypnotique est-il de même nature que le sommeil ordinaire ?
Je n’hésite pas à répondre avec Braid, Beaunis, Semal, Charcot, Richer, Pitres, Luys, Dumontpallier, Boirac, Sanchez Herrero,
Marot, Azam, A. Voisin, Brémaud, Pitres et Mesnet : Non, le sommeil hypnotique n’est pas de même nature que le sommeil naturel.
Il m’est arrivé bien souvent, en cherchant à endormir un sujet par la fixation d’un objet brillant, de n’obtenir qu'un sommeil naturel au lieu du sommeil hypnotique. L'aspect du malade était alors tout différent ; si on lui parlait, si on lui suggérait une idée quelconque, il se réveillait.
J'ai eu souvent affaire à des alcocliques chez lesquels je ne parvenais pas à produire l'hypnose ; chaque fois que je leur faisais fixer un point brillant, ils s'endormaient du sommeil du juste, ronflant avec entrain, mais se réveillant dès que je leur adressais la parole. Le commandement et la persuasion n'étaient pas non plus capables d'amener l'hypnose.
Quant à la possibilité de produire des suggestions chez les dor-
meurs ordinaires, Je crois que c’est une rare exception : j'ai cherché bien souvent à provoquer ces phénomènes, et c’est à peine si, sur 100 dormeurs naturels, 2? ou 3 m'ont répondu et ont obéi aux suggestions que je leur adressais à brüle-pourpoint.
Si, au lieu de suggestionner subitement des dormeurs, je leur persuadais auparavant de continuer à dormir tranquillement, de me répondre et de m'obéir, beaucoup d’entre eux devenaient manifestement suggestibles.
C’est que, par cette méthode, j ‘avais transformé le sommeil normal en sommeil hypnotique.
Sur quoi puis-je me baser pour avancer une telle proposition ? Sur ce fait bien simple que, dans le premier cas, en m'adressant aux dormeurs naturels, J'observais constamment, ou presque constamment (99 pour 100), la conservation intégrale de la sensibilité cutanée à la douleur ; dans le second cas, lorsque je suggérais le sommeil avant d’expérimenter, je constatais presque toujours une abolition ou une diminution de cette sensibilité. Si je n’observais pas constamment cette anesthésie ou cette analgésie, cela ne prouve nullement que je n’avais pas transformé le sommeil naturel en sommeil hypnotique, car on sait que les états
superficiels de l'hypnose se caractérisent par la conservation de la sensibilité.
Mais comment se fait-il que, sans faire aucune manœuvre dans le but de transformer le sommeil naturel en hypnose, j'ai obtenu la suggestibilité 2 ou 3 fois sur 100? C’est bien simple : c’est que, parmi ces sujets, les uns étaient des hystériques éminemment suggestibles, chez lesquels la suggestion se réalisait aussi bien à l’état de veille, et que les autres étaient si sensibles au sommeil hypnotique qu'un simple commandement suffisait à les plonger en état hypnotique ; chez les uns, en effet, la sensibilité persistait intacte, et des stigmates évidents d’hystérie existaient; chez les autres, la sensibilité était altérée, et aucun stigmate n’était décelable à l'examen le plus minutieux.
D'ailleurs, l’état de la sensibilité générale n'est-il pas tout différent dans le sommeil naturel et dans le ssmmeil hypnotique ? Chez le dormeur naturel, n’y a-t-il pas, en général, conservation de la sensibilité cutanée à la douleur, alors que, chez l’hypnotisé, cette sensibilité est très souvent abolie complètement : si l'on pique un dormeur naturel, il se réveille généralement ; si, au contraire, on agit de même sur un hypnotisé, il ne sent rien, pour peu que l'hypnose soit profonde (‘).
2% Le sommeil hypnotique est-il toujours dû à la suggestion ? Ici encore, je répondrai avec Braid, Beaunis, Semal, Charcot, Richer, Pitres, Luys, Boirac, Sanchez Herrero, Marot, Azam, A. Voisin, Brémaud, Varinard, Lajoie et David : Non, le sommeil hypnotique n'est pas toujours dû à la suggestion.
Pour prouver cette assertion, je ne me baserai pas Au sur le raisonnement, | invoquerai encore des faits.
Pour l'Ecole de Nancy, on ne s'endort que par suggestion : — « Cependant, ai-je objecté lors de mon séjour à Nancy, lorsque j'endors à l'hôpital une malade, par la simple fixation d’un miroir, sans rien lui dire, ce n’est pas de la suggestion ? »
— (Si, m’a-t-on répondu, c’est de la suggestion inconsciente, la malade a entendu parler de vous, elle sait que vous avez l’habitude d’endormir, et toutes les manœuvres que vous faites reviennent à donner des ordres. »
(1) Voir Croce. Les suggestibilités (Revue de psychologie, juin-juillet 1898) .
— (Pardon, à mon retour de Paris, Jai hypnotisé une hystérique, à l’hôpital de Molenbeek, par la simple fixation du regard ; on ne savait pas, dans cet hôpital, que je m’occupais de la question, et aucune manœuvre de ce genre n’y avait encore été pratiquée. Cette malade a présenté, dès la première séance, le somnambulisme véritable avec insensibilité complète ; il n’y a pas de suggestion inconsciente possible dans ces conditions. »
Un fait, cependant, sembla prouver la possibilité d’une telle suggestion : à la consultation externe de l'hôpital de Nancy se présente, pour la première fois, une malade anémique. Je dis à M. Sterne, adjoint de M. le professeur Bernheim : ( Puisque vous admettez la suggestion inconsciente, endormez cette malade sans le lui suggérer verbalement, sans lui faire fixer un objet brillant et sans faire de passes. » M. Sterne couche la malade, il appuie la main sur la région frontale, sans regarder la jeune fille, et, aw bout de quelques secondes, le sommeil hypnotique se manifeste, non pas un somimeil simulé, mais un sommeil somnambulique bien caractérisé. |
En comparant ce fait à ma première expérience de l'hôpital de Molenbeek, on pourrait done admettre que ma malade, endormie par mon miroir, l’était par simple suggestion inconsciente ? Non, car l’hôpital de Nancy est bien connu dans les environs pour les guérisons que l’on y obtient par l'hypnotisme ; il n’est pas dans la ville un habitant, peut-être, qui ne sache que M. Bernheim endort ses malades pour les guérir. Par conséquent, lorsque la jeune fille en question s’est présentée à la consultation du D' Bernheim, et surtout lorsqu'on l’a fait coucher, elle à été suggestionnée, parce qu'elle savait que l’on peut endormir par ces moyens ; à l’hôpital de Molenbeek, les conditions étaient toutes différentes, puisqu'on n’y avait pas l'habitude d’'hypnotiser.
Depuis lors, à tout instant, il m'est arrivé d’endormir par fixation d’un objet brillant, des sujets ignorant absolument ce qu'on leur voulait. |
D'ailleurs, les faits rapportés précédemment par Azam et Lajoie viennent à l'appui de cette manière de voir : une hystérique s’endort en se regardant dans une glace ; un enfant de 12 ans, chez lequel aucune pratique hypnotique n’a été entreprise, s'endort en
s'amusant à regarder une boule brillante, et il s'endort non pas d’un sommeil normal, mais d’un sommeil profond, durant 20 heures, que rien ne fait disparaître et qui nécessite la présence d’un médecin pour être dissipé.
La fascination, si bien décrite par Brémaud, n’est autre qu’un état d’hypnose produit, sans suggestion aucune, par la fixation du regard. La fascination provoque immédiatement la perte de la spontanéité, l'impuissance de se soustraire à l'influence de l'objet ou de la personne qui opère, l’obéissance passive ; elle: n’est pas particulière à l’homme ; le vautour, le faucon. le serpent fascinent leur proie et l’immobilisent.
Je sais bien que, d’après Bernheim, la fixation du regard est une suggestion inconsciente, que la fatigue du regard donne l’idée du sommeil. Mais cela devient de la théorie pure : rien ne prouve l'existence de cette suggestion inconsciente chez tous les sujets ; d’autant plus que certains individus, incapables d’être hypnotisés par suggestion verbale, s’endorment rapidement par la fixation d'un objet brillant. Du reste, la fascination ne nécessite pas la fatigue du regard ; l'oiseau, fasciné par le serpent, n'exige pas que ce dernier fatigue son regard : à peine l’a-t-il rencontré, qu'il est immobilisé et incaepable de s’y soustraire. |
Je préfère admettre que le sommeil hypnotique n’est pas toujours dû à la suggestion et qu’il peut être obtenu non seulement par suggestion, mais encore par tous les moyens ayant pour résultat de concentrer l'attention du sujet sur un point unique et de provoquer la dissociation intellectuelle que nous verrons être la cause de l'hypnose (!).
Les trois états de Charcot existent-ils ?
Pour répondre à cette question, ilme suffira de citer un passage de mes conférences au jeune Barreau de Bruxelles, sur l'hypnotisme et le crime (?) : « Que devons-nous penser en présence des
(1) Voir Croco. Op. cit. (Revue de psychologie, juin-juillet 1898). (2) Croco. L’hypnotisme et le crime(conférences au jeune Barreau de Bruxelles), Bruxelles, 1894.
deux grandes doctrines si différentes de Charcot et de PCIe * Laquelle allons-nous admettre ?
«Après avoir fait de nombreuses expériences, nous avons pu nous convaincre que le sommeil hypnotique se manifeste presque toujours sous la forme d’un somnambulisme plus ou moins profond. La catalepsie et la léthargie ont été d’une rareté exceptionnelle et ne se sont manifestées que chez des sujets fortement hystériques, dont les accès étaient suivis d'états comateux, représentant assez exactement les phénomènes cataleptiques et léthargiques que l’on pouvait voir apparaître par l’hypnotisation.
» Nous avons cherché à classer les principaux états sous lesquels peut se présenter le sommeil hypnotique ordinaire et nous avons cru pouvoir admettre, parmi les états se rapportant au somnambulisme, deux variétés fondamentales : les états somnambuloides et les états somnambuliques proprement dits.
» Les états Ssomnambuloïdes sont caractérisés par la conservation de la conscience et de la sensibilité ; les états somnambuliques s’accompagnent de perte de la conscience, d’automatisme et de perte de la sensibilité.
» Parmi les états somnambuloïdes, nous devons admettre quatre variétés essentielles :
» 4° Engourdissement sans perte de conscience ni de sensibilité, état cessant aussitôt que les moyens hypnogènes sont suspendus ; les yeux sont ouveris. |
» 20 Engourdissement plus profond, sans perte de conscience ni de sensibilité, ne cessant pas lorsqu'on suspend les moyens hypnogènes ; les yeux sont fermés ; si on défie le sujet d'ouvrir les yeux, il se réveille.
» 3° Sommeil véritable, sans perte de conscience ni de sensibilité, ne cessant pas lorsqu'on suspend les moyens hypnogènes ; les yeux sont fermés; si on défie le sujet d'ouvrir les yeux, il fait de vains efforts.
» 4o Sommeil véritable, sans perte de conscience ni de sensibilité, ne cessant pas lorsqu'on suspend les moyens hypnogènes ; les yeux sont fermés; si on défie le sujet d'ouvrir les yeux, il fait de vains efforts. Si on soulève les paupières, cet état somnambuloide les yeux fermés, se transforme en état analogue les yeux ouverts.
4 MO OACR “e .TTe AIN ’ " f l , ÿ ù à LS ; | Er
nr +
» Dans tous ces états somnambuloïdes, le sujet est.suggestible, mais il n exécute pas les ordres qui lui déplaisent; au contraire, dans les états somnambuliques véritables, il agit automatiquement, souvent sans contrôle.
» IL y a deux variétés d'états somnambuliques :
» {0 Etat somnambulique les yeux fermés ;
» 2° Etat somnambulique les yeux ouverts.
» Toutes les formes de sommeïl hypnotique peuvent trouver place dans ces états types. )
On le voit, cette manière . voir se pu oehe beaucoup de celle de Tamburini, qui considère les phénomènes somatiques décrits par Charcot comme pouvant se réaliser, en dehors de toute suggestion, chez les hystériques..
Mais, si J'ai obtenu chez certains sujets une catalepsie et une léthargie spontanée en dehors de toute suggestion, ces phénomènes
n’ont cependant pas présenté tous les caractères que leur attribuait Charcot. Ainsi, Je n’ai jamais vu la catalepsie se développer subitement, sans suggestion, sous l'influence d’un bruit subit ou d'une lumière vive ; je n’ai jamais pu non plus transformer la catalepsie en léthargie par l’occlusion des paupières. Lorsque j'ai pu observer la catalepsie chez des sujets neufs, c'est à la suite d'un sommeil somnambulique prolongé, provoqué soit par la fixation d'un objet brillant, soit par des passes. Le sujet, qui jusqu'’alors présentait tous les caractères du somnambulisme, ne répondait plus, n’obéissait plus aux suggestions ; il était immobile, toutes les parties de son corps conservaient les attitudes qu’on leur communiquait, il était anesthésique et présentait le phénomène de suggestion par attitude. Il était impossible de ie réveiller par suggestion ; il fallait, pour arriver à ce résultat, souffler à plusieurs reprises sur ses yeux. Mais cet état cataleptique ne s’accompagnait pas forcément d'ouverture des paupières : les yeux pouvaient être ouverts ou fermés sans que rien ne fût changé aux autres symptômes cataleptiques.
Jamais je n'ai vu l’occlusion des paupières dan cataleptique provoquer la léthargie. Le sujet en léthargie était inerte, dans la résolution, anesthésique, ses membres étaient mous, flasques ; il paraissait sans communication aucune avec le monde extérieur,
ne répondant pas, n’obéissant pas, ne se réveillant pas par suggestion ; ses yeux étaient ouverts ou fermés et leur ouverture ne produisait pas la catalepsie.
Quant à l’hyperexcitabilité neuro-musculaire, je ne l’ai observée qu’une seule fois, et encore ne suis-je pas tout à fait certain de ne pas avoir fait une suggestion involontaire.
On le voit, les phénomènes cataleptiques et léthargiques que j'ai observés, diffèrent sensiblement de ceux de Charcot : ils se rapprochent plutôt de ceux que Pitres décrit. Ils sont beaucoup moins extraordinaires que ceux qu’annonce le chef de l’École de Paris.
Pour résumer ma pensée, je dirai que les trois états de Charcot, modifiés selon ce que je viens d'indiquer, peuvent s’observer, indépendamment de toute suggestion consciente ou inconsciente, mais que ces états n’appartiennent pas à l’hypnotisme ordinaire, physiologique, qu’ils dépendent d’un état pathologique, l’hystérie.
L'hypnotisme par lui-même me paraît être un état physiologique, selon les données de l'Ecole de Nancy; il ne se manifeste par lui-même que sous forme d’un somnambulisme plus ou moins
accusé.
ÉCOLE DE PARIS
Hypnotisation
Comme le dit fort bien P. Richer, tous les moyens d’hypnotisation sont bons lorsqu'ils s'adressent à un organisme prédisposé. A la Salpêtrière, on avait recours à tous les procédés connus pour produire le sommeil hypnotique ; telle méthode qui ne réussissait pas chez l’un réussissait souvent chez l’autre.
Le plus souvent cependant les procédés d’hypnotisation dont se servaient les partisans de l’École de Paris reposaient sur des in-
fluences physiques ; ils étaient constitués par des excitations sen-
sorielles ; on peut les résumer dans le tableau suivant ;
a. Procédé par excitation du sens de la vue.