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Excitations faibles et prolongées

C'est Charcot qui a attiré l'attention sur la production du sommeil hypnotique par des excitations brusques : l’apparition brusque de la lumière solaire ou de celle d’une lampe au magnésium, dans une chambre obscure : l’action de regarder le soleil, une lampe électrique, etc., sont autant d’impressions qui peuvent développer subitement le sommeil. L'excitation violente du sens de l’ouie amèné les mêmes phénomènes : le bruit d’un tamtam, d’un gong, un coup de sifflet, la vibration d'un diapason, produisent quelquefois une hypnotisation instantanée.

L’excitation brusque du sens du toucher peut aussi provoquer le sommeil : lorsque nous parlerons des zones hypnogènes, nous verrons que la compression brusque de certaines régions du corps peut, chez certains sujets, produire un état hypnotique subit.

On peut encore rattacher aux excitations brusques des organes des sens, la compression des globes oculaires ; en pratiquant cette manœuvre, on irrite le fond de l'œil, d’où résulte une sensation lumineuse subite.

Si l’excitation est faible et prolongée, on obtient des résultats semblables ; on peut ainsi endormir un sujet, suivant le procédé de Braid, en lui faisant fixer un objet brillant, tenu à quelques centimètres de la racine du nez et un peu vers le îront, de manière à déterminer un strabisme convergent supérieur. La musique monotone développe des phénomènes semblables, c'est pourquoi Mesmer faisait exécuter des sons mélo-

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dieux et lents dans les salles où se trouvaient ses fameux baquets magnétiques.

Ce n’est pas seulement l'excitation lenté du sens de la vue et de l’ouie qui est susceptible de provoquer le sommeil hypnotique, mais encore celle de l’odorat, du goût et du toucher : Binet et Féré (‘) sont parvenus à hypnotiser une personne en

fatiguant son odorat par l'impression prolongée du muse, ils en

endormirent une autre par des titillations du pharynx. Quant à l'excitation du sens du toucher, elle était pratiquée par les anciens magnétiseurs : les passes, les attouchements prolongés, la compression lente des zones hypnogènes, réussissent assez fréquemment à endormir les sujets.

Parmi ces nombreux procédés, il en est un qu'emploient particulièrement les partisans de l’École de Paris, c’est la fixation d’un objet brillant, tel qu’un petit miroir.

Luys remarqua que si linfluence du miroir, tenu immobile devant les yeux du patient, n’est pas assez forte pour provoquer le sommeil, il suftit d'imprimer à l'appareil des petits mouvements d’oscillation, réguliers et assez rapides pour voir bientôt se manifester les phénomènes hypnotiques ; partant de ce principe, il imagina le miroir rotatif. Cet appareil est d’une sim: plicité extrême, c’est un vulgaire miroir à alouettes, dont la partie mobile, au lieu d’être parsemée de petits points brillants, est recouverte complètement d’une feuille de métal nickelé.

Les partisans de l’École de Paris admettent parfaitement que l’on peut produire le sommeil par simple suggestion, mais ils soutiennent que l’hypnose peut encore être obtenue, en dehors de toute suggestion, par les procédés physiques décrits

précédemment : pour eux, bien que la suggestion soit un des

phénomènes principaux de l’hypnotisme, il peut cependant y avoir sommeil hypnotique sans suggestion. Nous verrons bientôt qu'à Nancy on pense tout autrement.

(1) Bixer et F£Ré. Le magnétisme animal, p. 67.

Tout le monde est-il hypnotisable? Pour ‘Charcot, Richer, Gilles de la Tourette, Babinski, Pitres, etc., l’hypnotisme ne se développe que chez les hystériques et la proportion des individus hypnotisables serait d'environ 30 ‘/, ; les femmes sont en général, pour les mêmes auteurs, plus sensibles que les hommes au sommeil hypnotique. Tous les hystériques ne sont cependant pas hypnotisables : Guinon, Grasset, Pitres, etc., ont souvent rencontré des malades, atteints de la grande névrose, chez lesquels il était impossible de produire l'hypnose.

Il en est, d’après Pitres, des aptitudes hypnotiques comme de tous les symptômes hystériques : aucun n'est constant. Les manœuvres hypnotiques ne font, en définitive, que mettre en évidence certaines prédispositions morbides, elles ne créent rien. ù

Le sommeil se manifeste plus ou moins vite chez les difiérents sujets, mais un fait constant, signalé par Richer, c'est la facilité de plus en plus grande de provoquer l'hypnose à mesure que les expériences sont plus souvent répétées : un sujet que l’on endort une première fois en vingt minutes, sera hypnotisé une seconde fois en dix minutes, puis en cinq, en deux minutes, puis instantanément; c’est une véritable éducation hypnotique.

Réveil

De même que, à la Salpétrière, on produisait généralement Thypnose par un procédé physique, de même on provoquait le plus souvent le réveil par une méthode analogue : l'insufflation sur les yeux. Il suffit, en effet, de souffler une ou plusieurs fois sur les yeux pour obtenir instantanément le réveil.

L'École de Paris, pas plus qu'elle n’a ignoré le moyen de produire l'hypnose par suggestion, n’a pas non plus méconnu la’ possibilité de réveiller le sujeten affirmant le réveil: mais ce procédé psychique est plutôt le propre de l'École de Nancy, c’est ASE LE nous en réservons la description pour plus tard. Are |

ÉCOLE DE NANCY

Hypnotisation

Pour produire le sommeil artificiel, Liébault cherche à produire deux actes psychiques :

4° Direction exclusive de l’esprit du sujet sur un seul ordre de sensations, ou contemplation.

20 Acceptation fatale, par le même sujet, de l'affirmation des phénomènes hypnotiques offerts à son esprit, ou suggestion.

Pendant que le sujet qui doit être hypnotisé immobilise ses yeux sur ceux de l'expérimentateur, ce dernier lui affirme de ne songer qu’à dormir et à guérir ; il lui annonce l’engourdissement le besoin de dormir, la lourdeur des paupières, l’insensibilité générale. Lorsque les paupières clignotent, s’alourdissent, il prononce le mot sacramentel : Dormez. Liébault répète au besoin ces manœuvres, puis il appuie les pouces sur les paupières supérieures abaïssées. S’il n'obtient pas de résultat au bout d’une minute. il recommence le lendemain et il est bien rare que, par un exercice quotidien, les sujets n'arrivent pas à s'endormir.

Liébault hypnotise ses sujets devant 15 à 20 autres malades, attendant leur tour ; ces derniers se familiarisent ainsi avec sa manière d'agir et subissent l’entrainement à leur insu.

* Bernheim pense que le sommeil hypnotique ne peut être provoqué que par suggestion. Reprenant l’idée émise par Braïd, il affirme que tout peut réussir chez un sujet, pourvu qu'il soit prévenu. C'est, dit-il (‘)}, qu’un seul élément intervient en réalité dans tous

(1) BERNHEIM. Loc. cil., p. 86.

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ces procédés divers : c’est la suggestion. Le sujet s’endort (ou est hypnotisé) lorsqu'il sait qu’il doit dormir, lorsqu'il a une sensation qui l'invite au sommeil. C’est sa propre foi, son impressionnabilité psychique qui lendort... Les passes, les attouchements, les excitations sensorielles ne réussissent, je le répète, que lorsqu'elles sont associées à l’idée donnée au sujet ou devinée par lui, qu'il doit dormir. » t

Voici le procédé décrit par Bernheim dans sa première édition (‘).

«Je commence, dit-il, par dire au malade que je crois devoir, avec utilité, le soumettre à la thérapeutique hypnotique; qu'it est possible de le guérir ou de le soulager par le sommeil ; qu’il ne s’agit d'aucune pratique nuisible ou extraordinaire ; que c’est un simple sommeil qu’on peut provoquer chez tout le monde, sommeil calme, bienfaisant, qui rétablit l’équilibre du système nerveux. etc.; au besoin je fais dormir devant lui un ou deux sujets pour lui montrer que ce sommeil n’a rien de pénible, ne s'accompagne d'aucune expérience, et quand j'ai éloigné ainsi de son esprit la préoccupation que fait naître l’idée du magnétisme et la crainte un peu mystique qui est attachée à cet inconnu, surtout quand 1l a vu des malades guéris ou améliorés par ce sommeil, il est confiant et se livre. Alors, je lui dis : Regardez-moi bien et ne songez qu'à dormir. Vous allez sentir une lourdeur dans les paupières, une fatigue dans les yeux : ils clignotent, ils vont se mouiller; Ja vue devient confuse, ils se ferment. Quelques sujets ferment les yeux et dorment immédiatement. Chez d’autres, je répète, j'accentue davantage, J'ajoute le geste, peu importe la nature du geste. Je place deux doigts de la main droite devant les yeux de la personne et je l'invite à les fixer, ou bien avec les deux mains, je passe plusieurs fois de haut en bas devant ses yeux ; ou bien encore je l’engage à fixer les miens et je tâche en même temps de concentrer toute son attention sur l’idée du sommeil, Je dis: «Vos paupières se ferment, vous ne pouvez plus les ouvrir, vous éprouvez une lourdeur dans les bras, dans les jambes ; vous ne sentez plus rien, vos mains restent immobiles, vous ne voyez plus

(1) BERNHEIM. Loc. cil., 1884. |

rien ; le sommeil vient » et j'ajoute d’un ton un peu plus impérieux : (Dormez»; souvent ce mot emporte la balance ; les yeux se ferment, le malade s'endort. »

On le voit, cette pratique se rapproche beaucoup de celle: de Liébault. Mais, dans l'édition de 1891 de son livre, Berhneim décrit un procédé plus purement suggestif, il ne parle plus de faire regarder les yeux de l’opérateur, ou d’agir par des passes, il conseille simplément, après avoir rassuré le sujet, d'approcher une main doucement dé ses yeux et de dire: (Dormez » ; si les yeux ne se ferment pas, il les maintient clos et dit: «Laissez-vous aller, vos paupières sont lourdes, vos membres s’engourdissent, le sommeil vient, dormez. » Si cela ne suffit pas, il insiste, et l'hypnose se manifeste.

Liégeois hypnotise de la manière suivante : il place le sujet dans une pièce modérément éclairée, ni trop chaude ni trop froide, et le fait asseoir sur un siège commode, la tête appuyée. On observe un silence rigoureux, puis l’opérateur se place en face du sujet et l’invite à le regarder fixement, sans effort ; au bout de quelques instants, il lui dit: «Vous ‘allez éprouver de l’engourdissement, un besoin impérieux de sommeil s'empare de vous, vos paupières deviennent lourdes, vos yeux se ferment, vous allez dormir, dormez ! » Puis il exerce une légère pression sur les globes oculaires et il renouvelle au besoin la suggestion. «On peut même y ajouter des passes, dit-il. »

Beaunis recommande plutôt la fixation du regard: «Je dis

u sujet. Regardez-moi bien fixement, et au bout de quelque temps, ses paupières se ferment: le sujet dort (').»

Nous savons du reste que Beaunis admet dans l’hypnotisme autre chose que la suggestion.

Réveil

Pour réveiller son sujet, Bernheim lui ordonne, lui suggère le réveil. Dans la première édition de son livre, cet auteur

(1) Beaunis. Le somnambulisme provoqué, 1887, p. 26.

conseille, si la suggestion ne réussit pas, d'employer linsuf- [lation sur les yeux: « Si cela ne suffit pas, dit-il, en parlant de l’injonction, l’action de soufffer une ou plusieurs fois sur les yeux provoque le réveil. »

Dans l'édition de 1891, si la suggestion pure et simple ne réussit pas, il conseille d’accentuer ou bien de dire: © suffit que je touche ce point pour qu'inmmédiatement les yeux s'ouvrent. » «Je n’emploie jamais, dit-il (*), ni frictions, ni insuflation sur les yeux. Le réveil est on ne peut plus facile quand on est bien pénétré de cette vérité que tout est dans la suggestion. »

Par son procédé, Liébault prétend endormir plus des 9/10 «des malades.

Voici la statistique de cet auteur en/1880 (2):

SomnampbulisME rer Sn tie 15:92 SOMMELTTÉS DTOIONA TEST EE CEE 22,017 SOIN ME PTOIOR ET EN EACPRTERESE 45,3 ‘jo Sommeil 16707 ERA ee Le JE Somnolencé,. 72, LCA EMRNEER Se 3.2 °/o

LOTALA TS MSIE 96:87

Voici une autre statistique comprenant une année entière, depuis le mois d’août 1884 jusqu’au mois de juillet 1885 (*) :

Somnambulisme........... PAPA ie 18,7 °/ Sommeil très profond.......... NAS DZ SOMMEIL {DrOION UPS RE eee 35,9 °/, Sommell léger. +70 HAN PRES ; 18,9% Somnolence. APE CRETE SA TE 10 PE

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