‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 30 sur 140 · A. — ÉTAT DE LA SENSIBILITÉ EN DEHORS DE TOUTE SUGGESTION · texte numérisé non relu

A. — ÉTAT DE LA SENSIBILITÉ EN DEHORS DE TOUTE SUGGESTION

A. Sensibilité générale. — 11 faut distinguer la sensibilité cutanée à la douleur, au contact et à la température.

Les modifications de la sensibilité à la douleur pendant l'hypnose, étudiées chez des sujets vierges de toute expérience, m ont paru, en général, suivre une marche assez constante ; le plus souvent la diminution de la sensibilité à la douleur est en rapport direct avec la profondeur du sommeil. C’est ce qui m’a autorisé à considérer l’état de la sensibilité cutanée comme un des caractères prineipaux des différents états hypnotiques. Lorsque le sommeil est léger, lorsqu'il ne se manifeste que par un engourdissement plus ou moins profond, le sujet sent la piqûre ou le pincement, il se réveille, ou bien sa figure se contracte, elle prend l'expression de la douleur et la partie du corps lésée tend à s’écarter de la main qui pique ou qui pince. C’est ce que l’on rencontre dans les états que j'ai appelés «somnambuloïdes ».

Ilest certain que la sensibilité à la douleur dans les états somnambuloïdes, n’est pas toujours aussi nette qu’à l’état de veille, ïl existe des transitions insensibles, formant une liaison ininterrompue aux états somnambuliques, dans lesquels cette sensibilité est généralement abolie. Ainsi, dans les deux premiers degrés des états somnambuloïdes, la sensibilité est presque toujours intacte, tandis que, dans les deux derniers degrés, elle s'émousse d'habitude de plus en plus, à mesure que le sommeil devient plus profond.

C’est pourquoi, lorsqu'on hypnotise pour la première fois une personne, et qu’elle n’atteint qu’un des deux premiers degrés de

TA

sommeil, sa sensibilité est normale ; lorsqu’au contraire on répète les séances d’hypnotisation, et que l’hypnose devient de plus en plus profonde, la sensibilité à la douleur diminue graduellement jusqu’à être complètement abolie, et cela sans suggestion aucune. Dans les états profonds, somnambuliques véritables, l’anesthésie spontanée est la règle presque absolue ; on peut presque toujours alors piquer, pincer le sujet sans réveiller aucune réaction; on peut couper impunément ainsi que l’attestent les opérations chirurgi-

. Cales que l’on pratique en somnambulisme profond, sans provo-

quer la moindre douleur. Iei encore, des transitions insensibles

‘existent depuis la simple hypoesthésie, propre aux derniers degrés

des états somnambuloïdes, jusqu’à l’anesthésie complète, caractéristique du sommeil le plus profond.

Ces données relatives à l’état de la sensibilité cutanée m'ont été suggérées par de très nombreuses expériences ; elles représentent la règle.

Mais il n’y pas de règle sans exception, aussi ai-je toujours eu soin de restreindre mes affirmations par les mots : généralement, le plus souvent, d'habitude, etc.

C’est que, dans quelques cas, j'ai observé des états de sensibilité

qui n'étaient nullement en rapport avec la profondeur du sommeil; j'ai vu des sujets profondément endormis, suggestibles au dernier

point, automates parfaits, jusqu’à réaliser les suggestions les plus criminelles, chez lesquels la sensibilité cutanée était intacte. Dans d’autres cas, des sujets peu suggestibles, en états somnambuloïdes, étaient complètement anesthésiques. Ces cas existent, ils doivent être signalés; mais étant exceptionnels, ils ne peuvent justifier l'opinion que rien n’est constant dans l’état de la sensibilité des hypnotisés.

La sensibilité au contact et à la température paraît suivre les

mêmes règles que la sensibilité à la douleur; il m'a cependant

semblé que les exceptions à la règle sont plus nombreuses pour la sensibilité thermique, c’est-à-dire que les sujets réagissent plus

souvent pour ce genre de sensibilité,que pour les deux autres.

Chez tous mes sujets, j'ai étudié les trois genres de sensibilité

‘(la première en perçant d’outre en outre la peau du sujet avec une

épingle, la seconde en produisant un contact quelconque, la troi-

sième en plaçant subitement un cigare allumé contre le bras) et j'ai remarqué que certains sujets, insensibles à la piqüre, réagissaient à la brûlure; au contraire, tous les sujets insensibles à la brûlure l’étaient également à la piqûre. 0

B. Sensibilités spéciales. — Icï encore nous devons d’abord étudier l’état de la sensibilité en dehors de toute suggestion. Généralement, lorsqu'on endort un sujet, ses yeux se ferment. Il n’y a que le premier degré des états somnambuloïdes dans lequel les yeux soient ouverts ; et encore, dans cet état, les yeux -sont immobiles, fixes, absorbés dans la contemplatiôn soit du regard de l’hypnotiseur, soit du miroir, soit des doigts, soit d’un point de repère extérieur quelconque, ils ne voient pas.

On peut donc dire que, normalement, chez les sujets vierges de toute expérience, le sommeil hypnotique s’accompagne d’abolition ou de diminution notable du sens de la vue. Si l’on soulève les paupières, le sujet voit, répondra-t-on ! Oui, mais l’acte de découvrir l'œil, n'est-il pas une suggestion involontaire ? Nous ne devons envisager ici que l’état de la sensibilité, sans l'intervention

d'aucune suggestion, c'est pourquoi je conclus à l’abolition pres-

que constante de la vision. Il faut même remarquer que la sensibilité visuelle disparaît beaucoup plus rapidement que la sensibilité cutanée, puisque ia plupart des sujets qui conservent cette dernière sensibilité, ont les yeux fermés.

Pour ce qui concerne la sensibilité auditive, on peut dire, qu'en général, elle ne s’éteint jamais ; j’ai bien observé des sujets qui.ne me répondaient pas, qui ne m'’obéissaient pas, qui semblaient étrangers à tout ce qui se disait autour d’eux, ne se réveillant même pas par suggestion verbale, mais je dois reconnaître que

ce sont là des cas tout à fait exceptionneis, je dirai pathologiques :

les malades qui ont présenté ce phénomène, ont aussi très souvent manifesté les symptômes hystériques de catalepsie et de léthargie de Charcot. | | TT La sensibilité olfactive et gustative m'a paru se modifier en raison des altérations de la sensibilité cutanée à la douleur : les sujets en états somnambuloïdes sentaient plus ou moins fortement l’ammoniaque, ceux qui atteignaient les états somnambuliques

restaient insensibles à ce produit. Des résultats analogues ont été obtenus pour la sensibilité gustative explorée à l’aide de sels, d’acides, etc. 11 est bien évident, comme c’est du reste le cas pour la sensibilité cutanée à la douleur, qu il existe des transitions insensibles entre l’intégrité complète de ces sens et leur anesthésie complète. On peut aussi rencontrer des cas exceptionnels, dans lesquels ces sens sont normaux alors que la sensibilité cutanée est abolie.

Le sens musculaire parait suivre les mêmes règles ; en général, dans les états superficiels de l'hypnose, le sujet a conscience des attitudes que l’on imprime à ses membres; dans les états profonds. au contraire, il ignore absolument la position qu’on leur donne, ce qui peut faciliter singulièrement la perpétration du viol et des toutate à la pudeur.

Cependant, objectera-t-on, peut-être dans ces cas, le sens musculaire paraît exalté, puisqu'on peut produire des suggestions par attitudes communiquées ! On peut certes produire des suggestions par le sens musculaire, mais encore une fois, nous ne devons étudier ici que l’état de la sensibilité en dehors de toute suggestion ; en donnant à un sujet une attitude particulière, celle de la prière, par exemple, on lui suggère l’idée de la prière, on réveille le sens musculaire en manipulant le sujet. Si l’on place tout simplement un membre dans une attitude quelconque et que l’on interroge le sujet sur la position qu'éccupe ce membre, il répondra généralement : « Je ne sais pas », à condition bien entendu que l'hypnose soit suffisamment profonde.

Les sensations viscérales subissent-elles des modifications spon-

tanées pendant l'hypnose ? Certainement, et la preuve en est dans la possibilité de pratiquer sans douleur des opérations chirurgicales pendant le somnambulisme.

En résumé donc, on peut dire que sans suggestion, spontanément, par le seul fait de l'hypnose, les sensibilités, tant générales que spéciales, subissent des modifications d'autant plus intenses que le sommeil est plus profond ; de toutes les sensibilités, celle qui s'émousse le plus rapidement, c’est la vision, celle qui s'émousse le moins rapidement, c’est l’ouie.

Comment se fait-il que l’ouïe seule ne subit pas l'influence

hypoesthésiante du sommeil hypnotique ? C’est que l’hypnotiseur, restant en communication avec son sujet par ce sens, lui suggère involontairement d'entendre.

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