‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 36 sur 140 · C. — ÉTAT DES FACULTÉS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

C. — ÉTAT DES FACULTÉS INTELLECTUELLES

En opérant sur des sujets neufs, il m'a semblé que l'opinion de Beaunis, au sujet de l’état mental des hypnotisés, est exacte : il y à repos de la pensée, tant que des suggestions ne viennent

— pas réveiller les facultés intellectuelles. Je ne dirai pas repos

absolu, parce qu’une foule d’états intermédiaires existent depuis lPétat de veille jusqu'au somnanbulisme profond : en général, le repos intellectuel s’accentue à mesure que le sommeil de-

- vient plus intense, il suit une marche analogue à celle de l’anes- “thésie. Comme le fait remarquer Beaunis, cette inertie n’est que - conditionnelle, il suffit de la moindre suggestion pour que le cer-

veau fonctionne et s’exalte même : ainsi s'explique le cas du malade de Brémaud, qui résolvait en somnambulisme des pro:

blèmes qu'il ne pouvait démêler à l'état de veille.

Les hypnotisés peuvent-ils mentir, selon l'opinion de Pitres, ou ne le peuvent-ils pas, selon l'avis de Beaunis ?

Il est certain que tous les sujets ne mentent pas, mais quelques-uns d’entre eux cependant, pour cacher des choses qu'à l’état de veille ils ne voudraient pas divulguer, nient, étant

endormis, des faits parfaitement exacts ; en voici un exemple :

La mère d’une somnambule m'’apprit un jour que sa fille était la maîtresse de M. X., elle ne le lui avait jamais avoué,

mais des preuves irrécusables existaient, paraît-il. J'endors la

jeune fille en présence de sa mère et je lui demande :

« Avez-vous un amant ?

— Non.

— Vous n'avez jamais eu d’amant ?

— Non. ,

— Cependant on m'a dit que M. X. est votre amant.

— Cela n’est pas vrai, je n’ai jamais eu d’amant. »

Cette jeune fille était enceinte de M. X. ; elle niait, endormie, comme elle avait coutume de nier éveillée. Il y a là un

phénomène analogue à celui que nous étudierons à propos des

suggestibilités ; bien que la résistance aux suggestions soit

fonction du centre psychique supérieur et conscient, certains sujets, foncièrement honnêtes, résistent aux suggestions criminelles, quoiqu’une hypnose proforde annihilie complètement l’action de leur centre supérieur de contrôle. La resistance dans ces cas, primitivement dévolue au centre supérieur, devient par l'habitude, par l’éducation, fonction des centres automatiques qui finissent par contenir un centre secondaire de résistance dont l’action peut, au besoin, remplacer celle du centre supérieur. De même ici les sujets habitués à nier certains faits à l’état de veille, cela grâce à l'intervention de leur centre volontaire et conscient peuvent, par la suite, continuer à nier ces mêmes faits, malgré l’hannihilation de leur centre supérieur ; ces mensonges, volontaires au début, deviennent ensuite véritablement automatiques, ;

Je pourrais citer d’autres exemples encore, se rapportant tous à des questions que le sujet est habitué à nier ou qu'il tient fort à ne pas avouer.

Je conclus que certains sujets hypnotisés peuvent mentir, ils ne constituent peut-être pas la majorité, maïs ils existent ; c’est là le fait important au point de vue médico-légal.

D. — SENSIBILITÉ ÉLECTIVE Nous avons vu Binet, Féré, Liébault, Beaunis admettre

l'existence d’un certain rapport entre l’hypnotiseur et le sujet, rapport grâce auquel certains somnambules n’entendraient que

leur hypnotisme et n’obéiraient qu’à lui, ne conserveraient même que les attitudes que ce dernier seul leur communique : Braïd et. Bernheim n’admettent pas ce rapport.

Il est incontestable que, lorsqu'on ne suggère pas, ni volontairement, ni inconsciemment, au sujet de se mettre en rapport avec les personnes présentes, l’hypnotisé n’est, très souvent, en rapport qu'avec l’hypnotiseur. J’ai vu bien souvent de ces sujets auxquels je pouvais seul suggérer un acte ou imprimer une attitude ; il suffisait alors du moindre indice pouvant faire deviner au sujet qu'il pouvait se mettre en rapport avec les Donne présentes pour qu’aussitôt il obéît à tout le monde.

Le phénomène ne s’observe certes pas chez tous les somnambules, mais on le rencontre cependant chez beaucoup d’entre eux ;: il s'explique facilement lorsqu'on songe que le sujet qui s'endort, concentre toute son attention, devient de plus en plus étranger au monde extérieur et ne reste attentif qu'aux faits et gestes de son hypnotiseur.

Les suggestions faites pour endormir suffisent généralement

- pour faire croire et par conséquent pour suggérer au sujet qu’il

n'est plus en communication qu'avec son hypnotiseur.

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| MODIFICATIONS DE LA RESPIRATION ET DE LA CIRCULATION CHEZ LES HYPNOTISÉS

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136 CRAPITRE VII

b. La catalepsie est le plus souvent caractérisée par un arrêt complet de la respiration, cet arrêt peut durer Jusqu'à une minute ; la courbe respiratoire est tout à coup interrompue. La respiration se rétablit petit à petit, mais elle est lente; si l’on transforme l'état cataleptique en somnambulisme, la courbe respiratoire reprend le type décrit pour ce dernier état (Fig. 11.)

c. Pendant la léthargie, les mouvements respiratoires sont profonds, ils sont rapides au début, puis ils se ralentissent peu à peu. “

En somme, la catalepsie seule s’accompagnerait de variations bien nettes de la respiration ; pendant la léthargie et pendant le somnambulisme, le rythme respiratoire présenterait des caractères très différents suivant les sujets. |

Pour ce qui concerne les variations de la circulation, Tamburini et Seppilli ont constaté que, pendant la léthargie, le tracé graphique, pris au moyen du plétismographe de Mosso, tend continuellement à monter, alors qu’il tend au contraire à descendre dans la catalepsie ; ce qui veut dire que le volume du bras augmente pendant la léthargie et que par conséquent les vaisseaux se dilatent, tandis que le bras diminue de volume pendant la catalepsie, ce qui indique un rétrécissement des vaisseaux. |

Quant à la fréquence du pouls, Richer n’a pu trouver aucune modification entre la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme et l’état de veille.

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D’après Liébault, dans le sommeil profond, l'attention, en se concentrant au cerveau. entraîne une diminution des fonctions de la vie nutritive ; les mouvements respiratoires deviennent moins fréquents, la circulation se ralentit et la température du corps s’abaisse ; cette sédation générale du système nerveux est précédée parfois d’une période d’excitation, pendant laquelle la respiration est accélérée ou gênée.

-Bernheim n’insiste pas sur les troubles de 1à respiration et de la circulation chez les hypnotisés ; il semble ne pas admettre leur existence : « La respiration, dit-il, est calme et régulière, le pouls est normal. Lorsque vous constaterez, chez une personne hypnotisée pour la première fois, une respiration anxieuse ou haletante, un pouls accéléré, une face injectée et des secousses musculaires où des tressaillements, soyez assuré que ces phénomènes n'appartiennent pas au fait même de l'hypnose, mais à l'émotion du sujet, impressionné par l’expérience. »

On peut, en effet, modifier la are et la circulation en sugoérant à un sujet soit une frayeur, soit une émotion vi0-

lente.

On pourrait même, d’après Beaunis, ralentir ou accélérer les battements du cœur par simple suggestion.

Il semblerait, d’après certaines recherches, que la volonté à une action directe sur les battements du cœur : Preyer dit avoir vu des personnes qui avaient la faculté d'arrêter volontairement leur pouls, et le physiologiste Weber prétendait pouvoir, à volonté, interrompre les battements de son cœur en arrêtant sa respiration

par la compression de la poitrine : «Un jour, dit-il, que j'avais retenu ma respiration un peu plus qu’à l'ordinaire (certainement

pas une minute entière), je perdis connaissance. Pendant que

j'étais en cet état, les assistants remarquèrent chez moi quelques convulsions de la face; lorsque je revins à moi, j'avais perdu la mémoire de ce qui s'était passé, et au premier moment, bien que mon pouls fût redevenu sensible, je ne pouvais me rappeler où j'étais. Je me suis souvenu ensuite que, lorsque je sentis venir la syncope, Je cessai de comprimer ma poitrine, et il est probable que si je ne l’avais pas fait, cela aurait eu des suites fâcheuses pour moi, et que ma vie aurait peut-être été mise en danger. »

Un étudiant de Strasbourg, nommé Ed. Weber, possédait aussi la faculté d'arrêter son cœur en faisant une aspiration profonde, suivie de l’occlusion de la glotte, et de la contraction énergique des muscles expirateurs.

De même, certains individus peuvent accélérer volontairement les battements de leur cœur. Tarchanoff cite le cas d’un étudiant, Eugène Salomé, qui pouvait accélérer à volonté les battements de son cœur; le même auteur rapporte encore quelques cas semblables.

Ces faits font comprendre la possibilité des résultats obtenus par Beaunis, sous l'influence de la suggestion. Elisa F... étant éveillée, l’auteur lui applique sur l'artère radiale gauche le sphyg-

mographe à transmission de Marey ; il recueille le tracé des pul-

sations, puis il endort la malade par suggestion : le pouls est à 98.5. Il dit à Elisa : « Faites attention, votre cœur bat moins vite, moins vite, encore moins vite, etc. »

Les résultats sont consignés dans les tableaux suivants: les

chiffres indiquent le nombre des pulsations pour des périodes de 10 secondes. /

A. — Avant le sommeil hypnotique.

= 19,7. r En moyenne :

— 45,7. .. 16 pulsations pour 10 se- — 15,8. condes.

"+ S'OPVX AIPIT

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