V. — SUGGESTIONS VERBALES
Richer divise l'étude des suggestions verbales en quatre chapitres : illusions et hallucinations, phénomènes d’amnésie provoquée, paralysies psychiques et idées fixes, impulsions irrésistibles. |
a. On peut produire des hallucinations verbales pendant la catalepsie, on voit alors se produire de véritables scènes mimées et parlées : on dit à une cataleptique qu’elle est dans un jardin rempli de fleurs, elle s'anime a Qu'elles sont belles, dits elle, » en se baissant pour en cueillir. |
On peut produire des hallucinations de tous les sens chez les cataleptiques ; au moment de l'hallucination, létat cata-
leptique cesse, laissant toute liberté aux mouvements, mais aussitôt l'hallucination dissipée, l’immobilité reparaît.
Pendant le somnambulisme, on peut produire absolument les mêmes hallucinations, mais, d’après Richer, elles sont moins fatales que pendant la catalepsie:; le sujet les raisonne, les discute.
Les hallucinations suggérées entraînent des modifications … dans l’état des organes des sens ; si l'on suggère à un sujet - de regarder un oiseau au sommet d’un elocher, la pupille se dilate ; si l’on fait approcher l'oiseau, elle se rétrécit, ce qui montre jusqu'à quel point ces hallucinations prennent un caractère réel (FÉRÉ). (‘).
Inversement, certaines modifications des organes des sens entraînent des perversions dans les hallucinations suggérées : un œil achromatopsique ne peut plus voir une hallucination colorée, alors que l’autre œil distingue parfaitement les * couleurs suggérées ; si l’on suggère l'hallucination d’un arlequin, en fermant l’œil normal, le sujet le dépeint couvert de carreaux gris, blancs ou noirs.
Rien n’est cependant constant ; il n’est pas toujours nécessaire qu'un sens soit normal pour pouvoir provoquer des hallucinations ; certains sujets dont l’odorat, le goût, sont insensibles, peuvent présenter des hallucinations de ces sens.
Les hallucinations peuvent être unilatérales : un bruit, une odeur, une vision peuvent exister d’un seul côté du corps.
Le mélange des couleurs imaginaires produit le même résultat que le mélange des couleurs réelles ; ainsi le rouge et le vert donnent du blanc.
Si l’on attire l’attention d’un somnambule sur un sujet quelconque, un livre par exemple, et qu'on place un écran devant cet objet, le sujet affirme quelquefois voir encore le livre ; si l’on place un prisme devant un œil du sujet, l’autre œil étant fermé, le somnambule déclare voir deux objets, conformément aux lois de la physique.
(4) Féré. Mouvements de la pupille et propriétés des prismes dans Les hallucinations provoquées chez les hystériques. (Soc. de Biologie, décembre 1881).
Les mêmes phénomènes se rencontrent pour l’hallucination :
si l’on interpose un corps opaque entre l'endroit de l’halluci-
nation et les yeux du somnambule, ce dernier continue quelquefois à voir l’hallucination. : # |
Si l’on suggère à un somnambule qu’il voit un portrait sur uné carte blanche et qu'on place un prisme devant un de ses yeux, l’autre étant fermé, le sujet déclare voir deux images (‘) ; une lorgnette rapproche ou éloigne l'objet imaginaire, suivant qu'on place directement, devant l’œil du sujet, l’oculaire ou l'objectif, et
à condition que la mise au point ait été faite (?) ; un miroir
réfléchit l’objet imaginaire, il suffit, pour produire ce phéno-
mène, de réfléchir le point de l'espace qui est le siège de
l’hallucination ; de plus, l’image réfléchie est symétrique de
l'image hallucinatoire primitive. Si l’on approche une loupe
d’un portrait imaginaire, le sujet déclare qu'il s'agrandit; Si.
l’on place le portrait à une distance double de la distance focale, il est vu renversé; si l’on crée l’hallucination d’un portrait sur une photographie quelconque, et qu'on présente au sujet une seconde épreuve de cette photographie, il y verra
le même portrait, sans suggestion nouvelle ; et même, si l’on.
photographie un carton blanc sur lequel on a suggéré un
portrait, le sujet pourra quelquefois y reconnaitre l’image
suggérée sur le carton blanc (BINET et FER).
Tous ces phénomènes, qui paraissent si étranges, peuvent s'expliquer facilement par cette supposition que l’hypnotique associe l’image hallucinatoire née de la suggestion, à une im-
pression venue de l'extérieur, et que c’est en agissant sur le. point de repaire sensoriel quon produit consécutivement des
modifications correspondantes dans l’image : ainsi le prisme dédouble et dévie ce point de repère, la lorgnette le rapproche, l'éloigne, le miroir le réfléchit (BRÉMAUD, BINET). L'hallucination peut aussi développer des phénomènes de contraste chromatique, tout comme la vision réelle : un carton moitié vert, et moitié blanc d'un côté, complètement blanc de
(1) Féné. Société de Biologie, octobre 1881.
(2) Bixer. L’Hallucination (Revue-philosophique, avril 1884).