‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 54 sur 140 · L. L ta . r à y 5 À ; à · texte numérisé non relu

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faire tourner au gré de tous les vents de l'esprit. IL possède une personnalité, réduite, il est vrai, dans ses termes géné- Taux, mais qui, dans certains cas, persiste entière et s'affir-

me nettement par la résistance qu’il oppose aux idées suggestives.

L'hypnotisé reste toujours quelqu'un, et il peut manifester sa volonté en résistant aux suggestions. »

Au point de vue médico-légal, Gilles de la Tourrette estime

que les crimes, dont les tribunaux auront à s'occuper seront

presque toujours des attentats à la pudeur, des viols commis par des endormeurs sur les personnes hypnotisées ; il croit que ces crimes seront presque toujours commis pendant Ja léthargie complète ou lucide, fe

« Pendant l’état léthargique ou cataleptique, dit-il, le sujet est une pâte molle, un chiffon inconscient à la merci du

__ premier venu... »

« En thèse générale, dit-il. encore ({‘}, celui qui, lors d'une

. première hypnotisation, voudra violer une femme, devra plu-

tôt profiter de la léthargie où elle est inerte, que du som-

- nambulisme, où elle peut opposer la plus vive résistance.

» À moins d’hypnotiser pendant longtemps la même personne, de’ s’en faire aimer comme dans le cas de Bellanger, nous admettons en principe, assuré d'avance que l’expérimen-

tation nous donnera raison, qu'un individu qui plonge une femme en somnambulisme ne la possèdera que si celle-ci veut bien, comme dans la vie normale, céder à ses désirs, »

Gilles de la Tourette admet la possibilité expérimentale de tous les crimes par suggestion ; mais il croit leur réalisation pra-

“tique difficile, à l'exception cependant des attentats à la pudeur et du viol. Il s’élève contre l’exagération des dangers mé-

dico-légaux imputés à l'hypnotisme ; on peut certainement

faire signer des billets, faire faire des testaments, faire com-

mettre un crime par un sujet hypnotisé, mais l’hypnotiseur

. criminel cst presque’ certain d’être découvert.

« M. X..., dit-il (*}, veut se venger de M. Y...; il a sous la

(4) GizLEs DE LA TOURETTE. LOC. Cil., p. 368. (A) Gigces DE LA TOURETTE. LOC. Cil., p. 374.

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main un sujet parfaitement dressé ; il le met en somnambulisme, lui fait accepter la suggestion d'aller tuer, empoisonner, etc., l’objet de sa vengeance, lui ordonnant même de ne se souvenir de rien dans une deuxième hypnotisation. On voit que nous supposons le cas extrêmement compliqué. Expérimentalement, d’ailleurs, il est parfaitement réalisable. Il n'en est plus de même toutefois dans la vie réelle, parce que le magnétiseur serait absolument sûr d'être arrêté...

» Que va faire l'hypnotisé ?

» À beure fixe, tout à coup, une pensée jusqu'alors inconnue de lui, germe dans son cerveau : il doit tuer M. Y... Il s’arme d'un poignard, et, sans hésitation, l’assassine n'importe où il se trouve. [l ne connaît que l’ordre qui lui a été donné.

» Naturellement on l’arrête : car il ne faut pas parler ici de précautions suggérées ou prises par l’hypnotisé lui-même. Il en prendra peut-être, mais lesquelles! Avant tout, si la suggestion a été acceptée, il faut qu'il poignarde l'individu qu'on lui a désigné, fût-il en pleine rue, entouré de gendarmes ou de gardes. On ne lui sert plus son crime tout préparé, comme dans un laboratoire, où tout est convenu d'avance et où l’on cherche, pour l'étude physiologique, à développer toute la spontanéité dont les hypnotisés sont susceptibles.

» Une fois arrêté, on l'interroge, et que répond-il? Rien, ou.

plutôt il cherche à se disculper: mais de quelle façon ? il faut qu'il invente une fable de toutes pièces; et, sans exalter la

perspicacité des magistrats, nous croyons qu'ils ne s'en laisse-"

ront pas longtemps imposer dans ces circonstances.

» Naturellement on commence une enquête ; on fouille dans le passé de l’assassin : on recherche ses relations, et, en vertu du vieil axiome, is fecit cui prodest, celui qui a armé la main

du criminel ne tarde pas à être découvert. Et quel criminel! un névropathe, un hystérique dans l'immense majorité des.

cas, hypnotisé déjà un grand nombre de fois ; car, nous ne saurions trop le répéter, ce n’est pas, comme semble le croire M. Liégeois « en regardant fixement quelqu'un à table, dans un salon, au théâtre, dans un compartiment de chemin de fer ), qu’on lui suggèrera de se faire l’exécuteur fidèle des rancunes

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d'autrui... Ce n’est pas de but en blanc que le magnétiseur

ourdira son crime ; il devra soigneusement prendre ses pré-

cautions et s'arranger de telle sorte qu’un fil de sa trame ne soit pas rompu. À la grande rigueur concçoit-on, dans les très grandes villes où tant de crimes indépendants de la suggestion restent impunis, la possibilité de tels actes et l'impunité pour le suggestionneur. Mais en province, à la campagne, cela nous

. semble parfaitement impossible, »

Gilles de la Tourette reconnaît que l’on peut suggérer un

faux témoignage à plusieurs individus, il avoue que ces indi-

vidus seront certains d’avoir vu ou entendu telle chose, mais

il croit que la position de l'accusé ne serait pas bien dange-

…reuse. « Nous croyons, dit-il, que la position de l’accusé serait

beaucoup moins dangereuse que celle du suggestionneur. En

admettant même quil ne puisse invoquer un alibi, il pourra,

par exemple, facilement prouver, si cette première erreur n'avait été relevée par l'enquête, que X, Y, Z n'étaient pas, au moment du crime, à tel endroit, ensemble, à la même heure.

On pourra se demander alors dans quel but tous ces névro- … pathes viennent faire une déposition — qui tout entière se res-

tr forcément de son origine — et accuser M. A. d’un crime que celui-ci nie énergiquement avoir commis, et que

rien dans ses antécédents, dans sa manière d’être, ne saurait

… justifier. )

Cet auteur admet aussi la possibilité d'obtenir des somnam- “ bules des révélations, des confidences que ceux-ci n’eussent . certainement pas faites pendant la veille; toutefois, il insiste

sur ce fait, que même à l’aide des suggestions les plus appro- : Bi on ne peut obtenir une réponse à toutes les questions ;

bien plus, dans certains cas, les sujets n'hésitent pas à mentir

… pour cacher leurs sentiments intimes.

En 1836, Delbœuf se déclara partisan de la théorie de Lié-

| geois, il admit que le somnambule est, entre les mains de son

. hypnotiseur, plus que le cadavre auquel doit ressembler le … parfait disciple d'Ignace : « En théorie, ajoutait-il, une pareille

puissance est tout ce qu’il y a au monde de dangereux.

… Je crois qu’en pratique, cependant, sauf en ce qui concerne

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en plus éloigné de la thèse de Liégeois, ‘il fut porté plutôt

peau d’un criminel idéal, qu’ils en sont devenus presque dan-

bule, vous aurez soin de lui dire ceci, et encore cela! Une fois

‘fille remonta.

les abus corporels et les testaments, elle ne l’est pas ou l’est | peu. » v Mais en multipliant ses expériences, Delbœuf sest de plus

à donner raison à Brouardel ; en 1889, dans la relation de sa visite à Nancy, notre savant compatriote s'élève contre l’exagé-. ration des dangers de l’hypnotisme : « Les journalistes, les. romanciers, les jJurisconsultes sont entrés tellement bien dans la

gereux.

» Ils se sont faits les éducateurs de la haute pègre et des chourineurs : « Ne recourez plus, mes amis, au vol où au meurtre direct. Nous avons mieux que cela. C'est le somnam-" bulisme. Mais attention ! Quand vous aurez formé un somnam-

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que vous l'aurez stylé de la bonne façon, le diable lui-même“ ne découvrira pas d’où vient le coup. ».. Mais que la société se rassure ! » À

» Les crimes savants n’aboutissent pas, ou se découvrent aisé- 1 ment par les artifices mêmes qui devaient servir à les cacher. A-t-on jamais vu un assassinat mieux combiné que celui de’ l’avocat Bernays, ou celui de Fougniès ? Néanmoins la justice a mis promptement la main sur les coupables. Les crimes incessamment répétés et toujours impunis d’un Jack the Rip= per montrent qu’il est bien plus sûr d’assommer son homme le soir au coin d’une rue ou de le jeter à l’eau, que de faire appel, en supposant que cet appel puisse se faire, à la complicité d’un somnambule (‘}. » ‘oi

Voici un fait rapporté par Delbœuf à l’appui de sa thèse :"

J... forte fille, se trouvait avec Mme Delbœuf pendant quel ques jours à la campagne; au chevet de son lit pendait un. revolver armé. Une nuit, un rôdeur essaya d'entrer dans là maison ; les chiens aboyèrent, J... réveillée, prit le revolver et

descendit, déterminée à se défendre ; le voleur s’éloigna et la.

(1) DezBœur. Le magnélisme animal, 1889, p. 87.

Quelque temps après, Delbœuf, ayant déchargé le revolver, endormit J... et lui dit en montrant deux personnes qui rangeaient des journaux :

« Des malfaiteurs ont forcé le secrétaire et volent mes papiers |

— Non, Monsieur, ils jouent avec. »

Elle leur arrache les journaux et avec un geste impérieux :

« N’y touchez plus!

— Vous n'allez pas laisser ces canaïlles dans la maison, dit

Delbœuîf ; courez prendre votre revolver et envoyez-leur une - balle. »

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