‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 58 sur 140 · PANNE. MN OS · texte numérisé non relu

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M. Liégeois dit à Mlle P... qu’elle a, dans un moment de colère, tué l’amie qui l'avait, quelques jours auparavant, accompagnée chez M. Liébault. Le juge d'instruction près le tribunal de L.., se trouvait là par hasard, M. Liégeois prévint Mike P.. qu'il allait l’interroger, que ses réponses devaient être exactes.

— «Pourquoi avez-vous tué votre amie ?

—. J'étais fâchée contre elle, à la suite d’une querelle.

— Avec quel instrument avez-vous commis le meurtre ©

— Avec un couteau.

— Où est le corps de la victime ?

— on le trouvera chez elle.

RES Vous savez ce qui vous attend, après un pareil crime ?

— Parfaitement, mais cela m'est égal. »

On peut donc, tant par suggestion directe, que par hallucination rétroactive, faire faire un faux témoignage.

« Je suppose, dit Liégeois, un crime effectivement commis ; un homme a été assassiné, par exemple. Je me renseigne exactement sur toutes les circonstances du fait, et je donne à quelques-uns. des somnambules que fournit chaque jour la clinique du docteur Liébault, une hallucination identique. Je leur fais voir, à tous successivement, les différents actes du drame ; ils votent l'assassin guettant sa victime ; ils assistent à la lutte ; ils entendent les cris, les appels désespérés, les exclamations suprêmes ; ils sont terrifiés par le spectacle qui se passe devant eux ; mais surtout je leur montre le criminel dans l’accomplissement même de son forfait, et ce criminel sera pour eux la personne qu'il me plaira de désigner ! Et tous iront déposer devant la justice, feront des récits concordants, pré:

teront serment de dire la vérité, et en leur âme et cons-

cience, ils la diront, puisqu'ils ne raconteront que ce qu'ils auront vu et entendu.

Quelle situation que celle qui serait faite à un homme contre qui de pareilles charges seraient accumulées, et qui serait, pour une raison ou une autre, dans l'impossibilité d'invoquer un alibi !!! »

Liégiois admet également la possibilité du faux témoignage par hallucination rétroactive ; il s’est efforcé de diminuer la

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difficulté que présente, dans le cas d’amnésie suggérée, la recherche du coupable. Il croit avoir trouvé le moyen de faire dénoncer le coupable par le somnambule ; il a réussi si souvent dans ses expériences, qu'il croit tenir un moyen presque assuré de déjouer la suggestion de l’amnésie. Ce procédé consiste à faire dénoncer l’auteur de la suggestion, non pas directement, mais indirectement, par des actes dont il ne com-

prendra pas la signification, ou même par des démarches

auxquelles on donne une apparence de protection et de défense :

pour le criminel lui-même.

On lui dira : quand vous verrez entrer «l'auteur, quel qu'il soit, de la suggestion », vous ne pourrez vous empêcher de dormir pendant deux minutes.

On lui inspirera l'idée de se rendre chez l’auteur de la sug-

gestion, pour le protéger contre les agents de la force publique et de le prendre dans ses bras, de le couvrir de son corps ou bien de le prévenir par lettre que des soupçons s'élèvent contre lui, qu’il doit prendre des précautions.

« Je ne sais si je me fais illusion, dit Liégeois (‘)}, mais, je crois qu'il y a là un moyen presque assuré de déjouer la suggestion de l’amnésie, faite par celui qui aura suggéré à

un hypnotisé l’accomplissement d’un crime. Et je formulerai

ainsi ma pensée

» On pourra faire à un sujet hypnotique relativement à « l'auteur quel qu'il soit »y de la suggestion du crime, « toutes les Suggestions qui ne seront pas directement et expresstment contraires à l'amnésie suggérée ».…. On voit que le véritable coupable tombera ainsi entre les mains de la Justice, parce qu’il

lui aura été impossible de tout prévoir et d’écarter tous les dan-

gers par une suggestion d’amnésie, si large et si compréhensive qu’on la suppose. »

Peut-on obtenir d’un prévenu, plongé en somnambulisme, l’aveu de son crime ou la dénonciation de ses complices ?

€ Il y aurait là, dit Liégeois, une sorte de piège tendu au malheureux qui se débat sous le poids des charges acca-

(1) LréGeois. De la Suggestion et du somnamb. 1889. p. 693.

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blantes contre lui ; sa situation est déjà assez terrible, elle doit trop affaiblir les moyens de défense auxquels il pourrait . recourir, pour qu'on y ajoute une sorte de torture morale. Je ne puis reconnaître à la justice le droit d’annihiler la volonté du prévenu en supprimant son libre arbitre. »

On ne doit cependant pas rejeter absolument le somnambulisme pour éclairer la justice ; si, par exemple, un prévenu réclame, pour prouver son innocence, l’interrogatoire en somnambulisme, on pourra et on devra même recourir à ce moyen.

Mais, dans le cas où l’on pratiquerait cet interrogatoire, les réponses de l’accusé pourraient-elles être considérées comme infaillibles ?

Non, on ne devra jamais les considérer que comme des présomptions, le récit du somnambule pouvant être mensonger :

1° Les hypnotisés peuvent, à part même la question de mau- :vaise foi, prendre leurs rêves pour des faits réels ;

20 Leurs réponses peuvent souvent dépendre de la façon dont on les a interrogés et des suggestions involontaires qu’on leur a faites.

Je terminerai l'exposé de l’œuvre de Liégeois en mentionnant quelques-unes de ses conclusions

…. « L’hypnotisation permet de donner aux hypnotisés qui arrivent au somnambulisme profond, des suggestions d’actes qu’ils “réalisent fatalement, sans en avoir conscience.

à » Des crimes et des délits peuvent être ainsi suggérés quand “le patient est arrivé à un degré de sommeil assez profond, et que la suggestion a été faite avec une insistance suffisante, la réalisation en est absolument certaine ; l’hypnotisé, aussitôt le fait accompli, a, en général tout oublié.

» Les suggestions peuvent, notamment chez certains sujets “déjà antérieurement hypnotisés, être faites même en état de » veille apparente.

- » En pareil cas, l’auteur du fait matériel doit être considéré Comme irresponsable, et doit être acquitté ; seul, l’auteur de la suggestion doit être recherché et puni,

» On peut produire, par suggestion, une insensibilité telle que certaines femmes pourraient être violées sans le savoir et sans en conserver aucun souvenir ; que d’autres pourraient accoucher dans lies mêmes conditions, ce qui faciliterait, de la part des tiers, l’accomplissement des crimes de suppression d'enfant, de substitution d’un enfant à un autre, etc. |

» L'auteur de la suggestion d’un fait criminel, délictueux ou simplement dommageable, peut suggérer au patient qu’il oubliera tout ce qui lui a été dit ; ce dernier croira avoir agi spontanément et ne dénoncera pas celui qui lui a fait la suggestion ; mais, dans ce cas, il sera presque toujours possible d’arriver à faire dénoncer indirectement l’auteur de la suggestion que le sujet hypnotisé se refuse à dénoncer directement. | ‘4

» De fausses accusations peuvent être iormulées, de faux témoignages portés par des hypnotisés en vertu d’une sugges- k tion précédemment donnée, à laquelle ils seraient contraints d’obéir, tout en restant parfaitement sincères. Re

» La plupart des contrats ou des actes régis par le droit civil peuvent, à l’occasion, subir l'influence soit des états hypnotiques dans lesquels ils seraient intervenus, soit des suggestions en vertu desquelles ils auraient été faits.

» La justice n’a pas le droit de faire hypnotiser un prévenu pour obtenir de lui, par ce moyen, les aveux ou les dénonciations auxquels il se refuse dans son état normal, c’est-àdire quand il jouit de son libre arbitre. 3 » Si un accusé ou la victime d’un crime le demande, il y aurait lieu, au contraire, de recourir à ce procédé, pour en ; tirer des indications que les requérants prétendraient devoir leur être favorables. 3

» Mais ces indications elles-mêmes ne devraient être accep-« tées qu'avec beaucoup de prudence et sous réserve de vérifiM cation et de contrôles ultérieurs. 1)

» Dans les cas de rapts d'enfants ou de mineures, il pour=" rait y avoir lieu de rechercher si le somnambulisme provoqué, M la suggestion, et, notamment, l’amnésie suggérée, n’y aurait pas joué un rôle qui pourrait être ‘parfois prépondérant. »

Vers la même époque, Bottey publia le résultat de ses expériences sur les suggestions criminelles.

A certains sujets, Bottey a fait tirer des coups -de révolver sur des amis, soit aussitôt après le réveil, soit plusieurs heures ou plusieurs jours après la suggestion. Quand l'acte doit

être accompli peu de temps après le réveil, il n'y a, d’après

l'auteur, pas de lutte : le sujet exécute alors le crime avec la fatalité d’un automate. Mais si l’acte suggérè ne doit être

- accompli que plusieurs heures ou plusieurs jours après, le su-

Ed

FPE RENE

jet se rend parfaitement compte de la gravité de l'acte qu’il

“va commettre ; il essaie de résister, mais, le plus souvent, il

succombe.

Voici l’opinion de Bernheim, basée sur un grand nombre d'expériences :

«Il n’est pas douteux pour moi, dit-il à la Société d’'Hypnologie en 1891, que certains somnambules — je ne dis pas

tous, — puissent accepter des suggestions criminelles, et cela

par deux procédés ; tantôt directement, en les transformant en véritables automates, qui iront droit au but et tueront impulsivement, en faisant abnégation entière de leur personnalité ; tantôt par une voie détournée en leur suggérant un délire de persécution, à la faveur duquel ils commettront un crime.

» Mais, je le répète, tous les somnambules ne sont pas ac-

“cessibles à ces suggestions, et je crois, à ce point de vue,

quil faut diviser les hypnotisés en plusieurs catégories :

» 40 Des sujets qu'on transforme en véritables impulsifs ; ceux-là exécuteront une suggestion criminelle sans hésiter ; ils agiront comme un épileptique impulsif.

» 20 Ceux qui, antérieurement n'ont pas de sens moral ; à ces sujets vous pourrez faire des suggestions criminelles ; chez eux elles ne trouveront aucune résistance.

» 3° Restent les honnêtes gens ; chez ces derniers vous n'obtiendrez pas la mise en œuvre de suggestions criminelles. Toute leur éducation antérieure, toute leur vie, ont créé dans leur cerveau une force de résistance qui rendra vaines les suggestions criminelles. »

Bernheim rapporte l'expérience suivante : il montre à un

de ces somnambules C.., un personnage imaginaire contre une porte, en lui disant que cette personne l’a insulté, il lui donne un pseudo-poignard (coupe-papier en métal) et lui ordonne d'aller la tuer. Le sujet s’élance, enfonce le poignard dans la porte, puis reste tremblant, l’œil fixe.

» Qu'avez-vous fait, malheureux ? lui dit Bernheim. le voici mort. Le sang coule. La police vient, )

On l’emmène devant un juge or fictif.

» Pourquoi avez-vous tué cet homme ?

— I] m'a insulté. |

— On ne tue pas un homme qui vous insulte. Il fallait vous plaindre à la police. Est-ce que quelqu'un vous à dit de le tuer ?

— C'est M. Bernheim ». |

Bernheim lui dit alors : « On va vous mener devant M. le procureur. C'est vous qui avez tué cet homme. Je ne vous ai rien dit, vous avez agi de votre propre chef.

On le mène devant un faux procureur.

» Pourquoi avez-vous tué cet homme ?

— Il m'a insulté.

— C’est étrange ! On ne répond pas à une insulte par un

coup de poignard ! Etiez-vous dans la plénitude de vos facul-

tés? On dit que vous avez le cerveau dérangé parfois.

— Non, Monsieur !

— On dit que vous êtes sujet à des accès de somnambulisme. Est-ce que vous n’auriez pas obéi à une impulsion étrangère, à l'influence d’une autre personne qui vous aurait fait agir ? F

— Non, Monsieur, c'est moi seul qui ai agi de ma propre initiative, parce qu’il m’a insulté.

— Songez-y, Monsieur, il y va de votre vie. Dites franchement,

dans votre intérêt, ce qui est. Devant le juge d'instruction vous avez affirmé que l’idée de tuer cet homme vous avait été suggérée par M. Bernheim.

— Non, Monsieur, j'ai agi tout seul !

— Vous connaissez bien M. Bernheim, vous allez à lhôpi-

tal où il vous endort.

— Je connais M. Bernheim, seulement parce que je suis en traitement à l'hôpital où il m'électrise pour guérir une maladie uerveuse, mais je ne le connais pas autrement. Je ne puis pas vous dire qu'il m'a dit de tuer cet homme, parce qu’il ne m'a rien dit. »

Réveillé, C... ne se souvient de rien, il croit avoir dormi

tranquillemont sur sa chaise.

© La verité, dit Bernheim (‘)}, est que la suggestion joue un rôle dans beaucoup de crimes. On n’a pas compris ce fait parce qu'on a cru que la suggestion ne s’accomplit qu’à la faveur de l'hypnose et que l'hypnose est un sommeil qui ne s'obtient qu'à l’aide de manœuvres prolongées, passes, fixation d’un objet brillant. Nous avons vu que l'hypnose existe sans le sommeil, que la suggestion peut se faire à l’état de veille, que certaines personnes sont normalement très suggestibles. »

Bernheim rapporte à la suggestion les crimes de Gabrielle Fenayrou, de Gabrielle Bompard, de Chambige ; il croit que certains criminels sont irresponsables parce qu'ils agissent par auto-suggestion : « Troppmann n’était peut-être que la victime irresponsable d’une auto-suggestion (?}. » |

Bonjean, avocat à Verviers, s’est spécialement occupé de lhypnotisme dans ses rapports avec ie droit ; il se range à Vavis de Liégeois pour ce qui concerne le péril hypnotique : « Non, dit-il (‘), les dangers de l’hypnotisme ne résident pas seulement dans les états directs sur les personnes plongées dans le sommeil nerveux et mises en léthargie ou catalepsie ; non ïl n'y a pas que les viols et les attentats à la pudeur dont il faille seffrayer à juste titre dans le magnétisme; il y a plus que cela, il y a les crimes possibles par suggestion, par cette suggestion dont nous avons constaté précédemment le terrifiant pouvoir ; il ya des innocents et, chose plus grave encore, des innocents convaincus eux-mêmes d’une faute non commise qui pourraient être frappés par une justice maladroite et en tous

(1) BERNHEIM. LOC. cit., p. 146.

(2) In., 2bid.. p. 162.

(1) BonsEAN. L’hypnotisme, 1890, p. 133.

210 CHAPITPE XIV

cas perfectible; il y a des coupables doublement coupables par leur cynisme et la faiblesse de leurs victimes, et qui, avec un peu d'adresse, jouiraient d’une sécurité d'autant plus étendue M que la science officielle est moins accessible aux sollicitations du progrès. » | À

Bonjean divise le sujet en deux chapitres, suivant qu'il envi- ] sage le magnétisme dans le droit civil, administratif, etc., ou 3 dans le droit pénal. |

Le chapitre traitant du magnétisme dans le droit civil, admi= nistratif, etc., est divisé en trois paragraphes :

1° Les obligations contractuelles ;

20 Les donations à cause de mort ;

3° Le magnétisme dans le droit administratif, politique, ete.

L'auteur a pu faire faire à ses sujets toute espèce d’obbliga= « tions contractuelles, des reconnaissances écrites, des quittances, etc. 4 Il réfute l’opinion de Gilles de la Tourette, d’après laquelles { le faux débiteur refuserait de payer. Bonjean croit, au contraire, … que le sujet s’est créé une réalité objective à laquelle on tenterait vainement d’opposer tous les raisonnements et toute la logique du monde. «Tout dépend de l'habileté du magnétiseur, dit-il | (‘)}, un maladroit qui voudrait s'enrichir aux dépens d'autrui arrangerait son affaire juste comme l’imagine M. le docteur … Gilles de la Tourette. Il se bornerait à faire signer une recon-« naissance, n’entourerait sa suggestion d’aucune précaution et rencontrerait tout naturellement chez son débiteur, alors à l’état de veille, la stupéfaction d’une personne qui ne doit rien et à 14 qui on réclame quelque chose. » | 4

Et encore ne voit-on pas tous les jours des débiteurs authentiques, nier audacieusement une obligation. “à

Bonjean réfute ensuite l’opinion de Delbœuf qui taxe de lé- À sgende, l'obéissance passive des hypnotisés et l'oubli au réveil. Cette obéissance et cet oubli peuvent exister, maïs dans certains cas on ne les observe pas: le défaut de Delbœuf, c’est d'avoir M généralisé. |

(4) BonJEAN. Loc. cût., p. 140.

- Bonjean a fait faire aussi facilement par ses sujets des donations à cause de mort que des obligations contractuelles, il est persuadé, à l’encontre de l'avis de Gilles de la Tourette, que ces faux testaments présentent de grands dangers.

Un premier point se pose ;: Y a-t-il des parents intéressés à contester le titre invoqué ? S'il n’y a que des parents éloignés ou s’il n° y en a pas du tout, aucune réclamation ne se produira et le faussaire jouira impunément de son crime.

S'il y a des parents, ils hésiteront peut-être devant un procès, surtout si la succession est peu importante, et alors le coupable jouira encore de l’impunité.

Si les parents tentent l’annulation du testament; que de difficultés vont s'élever ; il faudra que la famille réclamante établisse des preuves que la pièce produite, tout en étant écrite par le défunt, n’en est pas la pensée consciente !

Gilles de la Tourette déclare qu'uné fois qu’il aura été établi

“que le défunt se faisait hypnotiser par la personne avantagée,

P\é FOR C PARA.

les juges assimileront le magnétiseur au médecin qui ne peut hériter de son malade. Mais, répond Bonjean, { faut, pour que les juges prennént cette décision, que le médecin ait traité le de cujus pendant la maladie dont cette personne est morte.

Il se peut que le défunt n'ait parlé à personne de son hypnotisation, il se peut encore qu’il ait manifesté à diverses reprises sa sympathie pour son hypnotiseur, enfin une seule séance peut suffire pour confectionner le faux testament.

Gilles de la Tourette parle encore de la réputation détestable

… dont ne manquera pas de jonir le magnétiseur. « Ne rencontre-

t-on pas tous les jours, répond Bonjean (‘), des gens qui jouissent d’une bonne réputation, ou, si vous le préférez, d’une excellente réputation, et qui, tout à coup, se trouvent convaincus d’une faute grave, d’un délit, d’une malversation. » L'auteur conclut que, dans le domaine du droit civil, lé magnétisme peut jouer un rôle très important, depuis le consentement forcé

à jusqu’à n’importe quelle hypothèse de l’activité du droit posi-

tif. |

(4) BonsEan. Loc. cit., p. 165.

Dans le droit administratif, le magnétisme peut aussi avoir de l'importance ; des miliciens peuvent se faire exempter en se créant des maladies artificielles ; en droit politique, on pourra transiormer un paisible bourgeois conservateur en radical intransigeant, etc. |

Le chapitre traitant du droit pénal est divisé en cinq para- °À

graphes :

1° Les parties contraires; 2° La résistance aux suggestions immorales ;

3° La simulation et la complaisance des sujets dans l’accom-

plissement des suggestions; 4 La découverte du coupable ; 9° Le magnétisme et la médecine légale.

Bonjean ne met pas en doute la possibilité des attentats 4

directs sur les hypnotisés, tels que les attentats à la pudeur et

le viol. Il a hâte d'aborder l’examen des suggestions criminel- «

les proprement dites, il rapporte quelques expériences à l’appui de la doctrine Liégeois.

Pour ce qui concerne la résistance aux suggestions immora-

les, Bonjean s’efforce de réfuter la thèse de Delbœuf et de Gillles. de la Tourette. Il accuse Delbœuf de se contredire; d’une part DelbœuÏï n’admet pas que l’on puisse faire accepter au sujet des idées immorales ou contraires à ses instincts, il croit que« l'on peut parfaitement lui suggérer de jouer à la poupée; et

d'autre part, il déclare que les seuls dangers sérieux du magnétisme résident dans les abus corporels et les testamenis : « Mais, dit Bonjean (‘), est-ce jouer à la poupée que de faire son testament ? Est-il quelqu'un au monde, aussi peu intelli-

gent que vous le choisissiez, qui ne puisse comprendre la portée.

et les conséquences d’un pareil acte ? »

Cependant, les adversaires de la théorie de l’obéissance passive

des somnambules ont plusieurs cordes à leur arc; ils préten-

dent que si même on démontrait que la résistance aux sugges… tions n'existe pas, ce ne serait qu’une véritable comédie, de la” simulation, de la complaisance. Rien ne prouve cette opinion

(4) Bon3Ean. Loc. cit., p. 207.

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on en comprend l’inanité, quand on connaît ce que peut faire la suggestion. D'ailleurs, certains sujets résistent au début, puis exécutent les suggestions criminelles ; que signifient ces résis-

tances, sinon la croyance sincère à l’immoralité du fait à exécuter ?

Enfin, les partisans des doctrines de l’Ecole de Paris soulèvent une dernière objection : en admettant même la possibilité

des suggestions criminelles, la découverte du coupable serait

toujours facile. Bonjean croit qu'en réalité la tâche sera rude,

l’hypnotiseur aura prévu les alibi, tenu compte du passé des

sujets, multiplié les: mesures de prudence.

Quant à la découverte du coupable par la suggestion indi-

« recte, Bonjean croit qu’elle ne réussira pas souvent si la sug- … gestion est solidement charpentée; il a fait des expériences à

ce sujet et il a pu se convaincre que, si l’hypnotiseur est habile,

on ne pourra pas lui faire dénoncer le coupable.

… D'ailleurs, les magistrats croient peu au magétisme, les tra- . ditions doctrinales leur suffisent.

Bérillon se déclare partisan de l'Ecole de Nançy en ce qui

… concerne les suggestions criminelles : « Ces expériences, dit-il (‘), nous ont permis de constater que la suggestibilité de certains … individus était normalement si développée et que l’accomplissement de l'acte suggéré, quel qu'il fût, s’imposait à leur esprit «avec une telle impulsivité et une telle irrésistibilité, que, js nous, la possibilité des suggestions n’était pas douteuse. ) =. Bérillon a particulièrement étudié les faux témoignages es les enfants : il conclut de ses expériences que, chez les enfants Æde 6 à 15 ans, il est facile, par simple affirmation, soit à l'état È de meille, soit à l’état de sommeil, de provoquer des illusions, des amnésies, des déformations, des souvenirs ; de ces sugges- “tions peuvent résulter de faux témoignages. Les magistrats de- —vront tenir compte de cette extrème suggestibilité des enfants + se mettre en garde contre la possibilité de suggérer les # réponses à ces témoins. L'article du Code pénal qui vise le “délit de subornation de témoins constitue un moyen de ré- … pression suffisant contre les suggestions de faux témoignages (th:

FE en Le PET

# .{1) Bérizuon, Des suggestions criminelles (Société d'hypnologie, 22 juillet...}

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