‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 75 sur 140 · partie de la nuit sans faire de résistance · texte numérisé non relu

partie de la nuit sans faire de résistance

Endormie, voici ce qu’elle déclara : € Qu’un jeune bomme, M. X..., la suivait chaque jour, quand elle allait à son atelier ou qu’elle en revenait ; qu'elle ne lui parlait jamais et cherchait même à l’éviter. |

» Que le 25 avril, à 10 heures du soir, étant entrée dans un bureau d’omnibus, M. X..., la voyant seule, était venu près d’elle,

lui avait pris les mains ; qu'elle avait voulu fuir, qu'il lavaitm

retenue et l’avait endormie en la regardant fixement. » Qu'aussitôt endormie, elle avait cessé de s’appartenir et qu’elle

l'avait suivi pas à pas, machinalement ; qu’elle était montée

avec lui dans une voiture ; qu’arrivée place de la Bastille, il était entré dans un hôtel où elle l'avait suivi.

» Qu’arrivée là, dans une chambre du premier étage, il lui avait dit de se coucher ; qu'elle avait résisté, qu’il lui avait pris de

nouveau Îles mains, en la regardant fixement, et qu'alors, n’ayant

plus ni force ni résistance, il avait fait d’elle ce qu’il avait voulu » Qu'il était descendu vers minuit, qu'elle l’avait suivi enCOre, et que, vers 1 heure du matin, elle s’était éveillée dans une rue;

près du Panthéon.

» Que, rentrée chez elle, elle avait trouvé sa sœur et sa mère

très inquiètes de ne point la voir revenir ; qu’elle avait été elle-même étonnée de leur entendre dire qu’il était À heure et demie du matin, alors qu’elle croyait rentrer à 10 heures.

- » Elle perdait bien un peu de sang, mais elle n’en eut aucun f souci, se sachant à peu près à l’époque de ses règles. Les deux Ë jours suivants, elle éprouva un peu de fatigue, quelques légers “ malaises dont elle ne se préoccupa pas. Le troisième jour, vers 2 heures, étant chez elle, occupée à travailler près de sa mère et de sa sœur, elle s'était levée brusquement, avait pris à la — hâte son chapeau et son châle et avait voulu sortir. A » Sa mère et sa sœur, lui trouvant une physionomie singulière, ë le regard fixe, le geste brusque et saccadé, voulurent s'opposer ; à sa sortie. Elle ne répondit pas aux questions qu’elles lui ô adressaient.

…. » Elle les bouscula, franchit la porte, descendit l'escalier en - 1 courant et échappa à la concierge qui essayait de lui barrer le passage.

» Elle se dirigea rapidement sur telle rue, tel numéro, mar- - chant tantôt sur le trottoir, tantôt sur la chaussée, suivant que la voie était libre, évitant les passants, comme on évite des obs- É tacles ; et, arrivée à son but, elle entra dans une maison et dit — à M. X. qui l’attendait : « Me voilà. » — Mesnet demanda alors à la jeune fille pourquoi elle était allée trouver M. X.

… « Je ne pouvais faire autrement, c'était indépendant de ma volonté ! Il m'avait dit, trois jours avant : Tel jour, à 2 heures, je serai dans tel endroit, et tu viendras m'y retrouver. » Je pose donc en fait que l’on peut violer une femme, non … seulement pendant la léthargie et la catalepsie qui sont excesjyement rares et de nature pathologique, mais encore pendant — le somnambulisme véritable.

Cette opinion, confirmée par les très intéressantes expériences - de Mesnet, est, pour moi, absolument certaine ; au cours des La cliniques d'hypnologie que j'ai données, il m'est arrivé, à difléà ; rentes reprises, de pouvoir prouver expérimentalement la possi- — bilité du viol des somnambules. Une de mes malades, entre % autres, avait toujours refusé obstinément de se laisser exami-

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et jintroduis le spéculum à plusieurs reprises sans qu'elle paraisse s’en apercevoir et sans qu’elle fasse la moindre résistance ; cette malade était cependant bien en somnambulisme véritable. Chaque fois qu’il m’a plu de répéter cette expérience, elle a réussi, à condition que le sujet soit assez profondément endormi ; chez les sujets dont le sommeil n’atteignait que les états somnambuloïdes, il m'était impossible d’écarter les jambes; ces sujets résistaient absolument comme ils l’auraient fait à l’état # de veille. Il est certain que si je m'étais adressé à des femmes sans pudeur, ou habituées à l'examen au spéculum, j’aurais pu facilement pratiquer le viol expérimental bien qu’elles s’en rendissent compte, mais j'avais soin de choisir mes sujets de manière à pouvoir comparer les résultats d’après la profondeur du sommeil: Je considère donc comme démontré que le viol est possible en somnambulisme. | | er | Comme pour les faits précédemment étudiés, j'ai voulu con naître l'opinion de quelques auteurs sur ce point ; voici la question qui leur fut posée : | À

Le viol est-il possible pendant l'hypnose ; dans quelle phase est-il réalisable (*} ? |

DumonTPaLLIEeR (de Paris). (« Dans l’état léthargique surtout. »

Sancuez HerRERo (de Madrid). « Oui, dans le somnambulisme et dans les degrés post-somnambuliques. » |

Maror (de Paris). « Je le crois possible, même dans la phase de somnambulisme. »

JotRe (de Lille). « Oui, pendant la léthargie et pendant le som nambulisme. » |

BEaAUNIS (de Paris). (Oui, dans la phase somnambulique du sommeil profond. ». |

AzaAM (de Bordeaux). « Parfaitement, pendant la période cata: leptique. » : 13

A. Voisin (de Paris). « Le viol est possible pendant l'hypnose, la léthargie et la catalepsie. »

BréMauD»D (de Brest). « Le viol est possible, je dirai même facile ; tout dépend de l'habileté du misérable qui chercherait à

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(4) Réponse à mon questionnaire.

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(| î | DES SUGGESTIONS HYPNOTIQUES 325

— abuser d’une femme endormie. — Il est possible à toutes les pério-

des de l'hypnose ou dans tous les états.

—. » Si le sujet est cataleptique, léthargique, c’est une masse inerte,

qu’on peut manier en tous sens ; si la femme est en état de som-

” nambulisme, le criminel peut se faire passer pour le mari, pour

4 l'amant, et agir avec un consentement qui se trompe d'adresse, ce

— n’en est pas moins un viol. » |

—. Prrres (de Bordeaux). « Oui. »

— Luys (de Paris). « Oui. »

Layoï (de Nashua-New-Hampsire). « Oui, sommeil très profond.» Le MenanT Des CHesnais (de Ville-d’Avray). « Il n’est pas dou-

— feux, pour moi, que certaines femmes peuvent avoir, dans le som- … meil hypnotique, leur libre arbitre et leur sens moral assez dimi-

| nués pour se laisser violer. »

…—. Davin (de Narbonne). «Oui, dans la phase somnambulique, mais

“la règle n’est pas sans exception. »

Henrick PETERSEN (de Boston). « Je crois des crimes possibles

- dans toutes les phases avancées de l’hypnose profonde, aidée par

des hallucinations suggérées. »

—. DÉJERINE (de Paris). « Quant à la question du viol pendant

— l'hypnose, je le crois possible. »

G. Bazcer (de Paris). « Oui dans la léthargié, »

Masoin.(de Louvain). « Oui. »

PEersac (de Paris). « Oui. »

Buror (de Rochefort). « Possible, mais très difficile. »

DE JonGx (de Ja Haye). « Si le viol est possible en état, hypno-

tique, c'est en état de somnambulisme, chez quelques sujets, et

“ dans l'état de léthargie. » |

“ Ocaorowicz (de Varsovie). « Il n’est guère possible qu'exception-

nellement, mais alors indépendamment de la phase du sommeil. » BARON VON SCHRENCK NOTzING (de Munich}. « Qui, dans certai-

mes circonstances. |

$ Tous ces auteurs admettent donc la possibilité du viol; il ny La guère que G. Ballet, Azam et A. Voisin qui semblent croire que la catalepsie et la LAS peuvent seules en DÉRNLS l'accomplissement.

SL NL RTS RE : on

Lorsqu'une femme se plaint d’avoir été violée par un étran-.

ger ou un inconnu, le juge pourrait s'étonner que cette personne se ‘soit laissée endormir sans avoir sur l’hypnotiseur les garanties de moralité nécessaires ; 1l faut que le magistrat sache qu’on peut endormir une femme sans son consentement et malgré elle, par la compression des zônes hypnogènes ; nous avons, en effet, vu précédemment que lon peut, par la simple compression de certaines zônes, provoquer le sommeil hypnotique sans que le sujet le sache et sans qu'il le veuille.

L’hypnotiseur peut-il violer une femme avec la certitude de n'être pas découvert ?

Il est certain qu’un criminel habile pourra réduire de beau: coup les chances d’être puni; il aura soin de suggérer l’amnésie avant de réveiller la somnambule, il pourra même lui ordonner de ne se laisser endormir par personne d’autre que lui-même. Ces précautions suffiront peut-être quelquefois pour assurer l'impunité au criminel, mais quelquefois aussi elles: échoueront ; un indice quelconque, tel que le désordre de la toilette, une tache sur la chemise, une douleur aux orga= nes génitaux, pourra appeler l'attention de la femme et faire naître dans son esprit un soupçon. Si c’est une jeune fille, rentrée chez elle, elle racontera tout à sa mère; si c’est une jeune femme, elle confiera ses soupçons à son mari; la mère

ou le mari iront trouver l’hypnotiseur qui se troublera, on por-,

tera plainte, et le criminel ne tardera pas à tomber entre les mains de la justice.

L’hypnotiseur habile, ai-je dit, suggère à son sujet de ne se laisser hypnotiser par personne; mais cette interdiction ne se réalise pas toujours. Souvent on parvient à endormir des sujets après qu’un expérimentateur leur a défendu de se laisser influen= cer par un autre que par lui-même. Enfin le violateur habile

suggère l'amnésie au réveil, mais ici encore il peut arriver que

la suggestion ne se réalise pas et que le sujet se souvienne tôt ou tard de ce qui s’est passé pendant son sommeil, surtout si on l’interroge en ce sens.

. On le voit, si le viol des somnambules est souvent Dos TES il faut cependant convenir que le criminel qui commet cet acte

pendant le sommeil hypnotique, ne peut toujours se mettre . complètement et sûrement à l'abri des poursuites. Tout ce que

je viens de dire se rapporte au viol commis sur un sujet passif,

J'aurai l’occasion de parler plus loin des cas où le viol peut.se

commettre sur un sujet actif, qui prend part à l’accomplissement derl'acte,

IT. — LE vor.

Le vol peut aussi se commettre au détriment d’une personne

hypnotisée, passive, ne prenant aucune part au délit, Je ne con-

nais pas de procès se rapportant au vol commis de cette façon,

… mais il faut cependant que je signale la possibilité de tels actes.

Je suppose une personne allant trouver un hypnotiseur malhonnête ; celui-ci, après l’avoir mise en somnambulisme, peut la dévaliser à son aise, lui suggérer qu’elle n'avait pas pris avec

… elle les objets qu’il enlève, lui ordonner l’amnésie au réveil, et la

personne s’en va sans se douter du vol dont elle a été l’objet. Si, au lieu d’aller consulter l’hypnotiseur malhonnèête, la per-

… sonne le fait venir chez elle, les conséquences peuvent être plus

—… craves encore; la malade étant endormie, le voleur peut opérer

à son aise, il peut prendre les clefs de la patiente, enlever ce

—… qui lui convient, puis, après avoir suggéré comme précédem- — ment qu’elle ne se souviendra pas de l'existence des objets déro-

bés, il la réveillera et s’en ira la tête haute.

Ce sont là des crimes que l’on réalise très facilement, expérimentalement, chez la plupart des sujets.

Mais ici encore, comme pour le viol, le criminel n’est pas à l'abri de toute accusation; le somnambule peut se souvenir

…— malgré l’amnésie suggérée, les personnes de son entourage peu-

vent. s'apercevoir de la disparition de certains objets coïncidant

avec la visite du magnétiseur; le plus petit indice peut alors

faire éclore des soupçons. C’est pourquoi, celui qui emploierait Vhypnotisme pour voler, ne serait certes pas plus à l'abri des

poursuites que celui qui userait du même moyen pour violer.

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