LE VIOL
Le viol peut non seulement être pratiqué sur des somnambules —… passives, inconscientes, il peut encore être commis sur des sujets — qui savent ce qu'on leur fait, qui se livrent parce qu'on le leur 4 suggère et qui peuvent même prendre une part active à l’acte % du coïit. Voici un procès qui se rapporte à cette variété de viol :
Affaire Castellan. — Le docteur Tardieu rapporte, dans son
… Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, la communication
suivante, qu’il doit au docteur J. Roux. Le 31 mai 1855, vers
… 6 heures du soir, un homme de vingt-cinq ans, laid, mal vêtu:
—. portant de longs cheveux noirs et une barbe inculte, affligé en outre
d’un pied bot, se présentait à la porte d’une maison du hameau
des Gonilo, commune de Sollies-[arlide (Var), habitée par un vieil-
4 lard, le sieur Hughes, et deux de ses enfants, un Jeune garçon
d’une quinzaine d'années et une fille de vingt-six ans, appelée
- Joséphine. Cet homme, qu’on a su depuis se nommer Castellan
Trinothée, était un ancien ouvrier bouchonnier qui, à la suite
- d’une blessure à la main, avait abandonné son travail pour con-
| tracter des habitudes de vagabondage et se donnait à l’occasion
pour guérisseur, pour magnétiseur et même quelque peu pour
. sorcier. Du reste, il était inconnu dans le hameau et ne s’ex- 1 primait que par gestes, feignant d'être sourd et muet.
- Onapitié de sa misère, on le laisse prendre place à table et
. l'on remarque qu’il affecte certaines pratiques étranges. Le len-
. demain Castellan reste seul avec Joséphine ; quelques voisins se
- montrent dans la matinée, l’un d’eux remarque en entrant que
Castellan traçait avec la main des signes circulaires derrière la jeune fille, celle-ci paraissait en éprouver du malaise. De midi à 4 heures, le mendiant reste seul avec la jeune fille ; ce qui s’est
passé pendant ce temps, n’est connu que par la déposition de cette
dernière. «A midi, poussée, dit-elle, par un sentiment de compassion, elle invita Castellan à partager son diner. Il accepta et s’assit en face. d'elle. Elle prit d’abord une cuillerée de haricots ; au moment où elle allait porter la deuxième à sa bouche, Castellan, rapprochant le pouce et l'index, fit geste de projeter quelque chose dans la cuiller, sans qu’elle y vit rien tomber toutefois. Tout d’un coup, avant d’avoir pu avaler cette deuxième cuillerée, elle se sentit défaillir.» A partir de ce moment, ses souvenirs deviennent plus confus. Revenue à elle sous l’influence de quelques aspersions d’eau froide que lui aurait faites Castellan, elle se serait
dirigée vers la porte et se serait évanouie de nouveau avant dy.
arriver. Alors il l’aurait prise dans ses bras, l’aurait emportée
dans sa chambre, couchée sur un lit, et aurait assouvi sur elle sa
brutale passion. Elle prétend qu’elle a eu conscience de ce qui se passait, mais sans pouvoir s’y opposer en aucune manière. Elle n’a pas eu la force seulement de frapper contre le mur, ce qui aurait suffi pour attirer les voisins. Elle ne se souvient pas si Castellan a renouvelé sur elle plusieurs fois les mêmes actes. Elle croit avoir reçu des coups, mais elle ne peut dire pourquoi. Elle ne sait, enfin, s’il lui a commandé de sortir avec lui ; mais elle est convaincue qu'elle y a été poussée par une force irrésistible.
Quoi qu’il en soit, vers 4 heures, on les voit sortir ensemble et s'éloigner, au grand étonnement des voisins, que l’air égaré de Joséphine Hughes remplit de compassion, et qui ne peuvent comprendre qu'une jeune fille, dont la réputation est restée intacte jusque-là, puisse suivre ainsi un mendiant, bien fait pour inspirer la répulsion, Elle part avec de grossiers vêtements de travail, jetant aux gens qu’elle rencontre des paroles incohérentes, leur disant qu’elle suit le bon Dieu, etc. Castellan affirme que, sur la
route, elle prit, suivant un usage en vigueur dans le pays, deux témoins de son départ volontaire; mais les témoias n’ont pas été retrouvés. | | 45100 Ils errent pendant deux jours :. le troisième jour, ils arrivent au
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hameau de la Capelude; ils entrent dans la maison du sieur Condrozer, les voisins accourent en foule. La journée se passe pour la jeune fille, dans des alternatives d’exaltation et de calme relatif. Tantôt elle prodigue à Castellan les marques d’une aftection passionnée, mêlant à ses caresses des phrases incohérentes dans lesquelles les mots de fleurs, âme, bon Dieu, etc., reviennent à Chaque instant ; tantôt, au contraire, elle le repousse et manifeste pour lui la plus profonde horreur. Le soir, elle exprime la volonté d'aller coucher avec une jeune fille, dans la maison voisine. Castellan refuse de la laisser partir. Pour vaincre sa résistance, il fait quelques signes étranges ; d’autres témoins affirment qu’il la touche légèrement au-dessus de la hanche et au front. Elle tombe aussitôt évanouie dans ses bras et reste ainsi près de trois quarts d'heure sans mouvement. Alors, sans qu’elle puisse sortir de cet état, il lui fait monter les quinze marches de l’escalier en la soutenant par les aisselles et lui soulevant les jambes à l’aide de ses genoux. Pendant ce temps, il lui faisait compter à haute voix les marches qu’elle franchissait. « Voulezvous que je la fassse rire ? » dit-ilà un des assistants, et aussitôt elle pousse un éclat de rire insensé. Un voisin aide à la déshabiller, lui retire ses bas, et, surpris de son état d’insensibilité, lui chatouille fortement la plante des pieds sans produire sur elle la moindre impression. Pour la rappeler à elle, Castellan lui applique trois vigoureux soufflets. Le lendemain, Joséphine présente le même état que les jours précédents : tantôt la jeune fille tombe dans ses idées extravagantes, tantôt elle déplore vivement sa position, prie les gens qui l'entourent de ne pas l’abandonner et repousse Castellan avec horreur.
. Le surlendemain matin ils rencontrent des chasseurs quiinterpellent Castellan ; pendant que le mendiant s'arrête, la jeune fille continue sa route, et, se trouvant masquée par un pli de terrain, elle fait un détour et arrive en courant à la maison d’où elle venait de sortir, exprimant toute sa joie d’avoir échappé à son ennemi et demandant avec instance qu’on la dérobe à ses recherches. Castellan ayant été arrêté sous l’inculpation de vagabondage et de mendicité, le magistrat souleva subsidiairement la question de savoir si, dans ses relations intimes avec la fille Hughes, le
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prévenu avait pu, par l’influenee des manœuvres magnétiques, abolir sa liberté morale au point que les relations prissent le. caractère du viol.
Les docteurs Auban et J. Roux furent chargés de donner leur opinion au sujet de cette affaire ; avec MM. Tardieu, Devergie, Coste et de Braquier, ils sont arrivés aux conclusions suivantes:
10 Que, par des manœuvres dites magnétiques, on peut exercer, sur la volonté de toute personne exceptionnellement disposée par son tempérament nerveux, une influence telle que sa liberté morale soit pervertie, ou plus ou moins complètement anéantie ;
2 Qu'en plongeant une jeune fille dans le sommeil magnétique, on peut avoir avec elle des relations intimes dont elle na pas conscience au moment où elles s’accomplissent ;
3° Qu'il est possible que, par l’effet magnétique, la sensibilité soit assez émoussée et la volonté suffisamment annihilée chez. une jeune fille, pour qu’en dehors du sommeil magnétique complet, elle n'ait plus la liberté morale nécessaire pour s’opposer à des relations intimes ou pour y donner un consentement intelligent.
Ces conclusions furent confirmées par les docteurs Hérart, Paulet et Theus appelés à éclairer le jury sur cette affaire mystérieuse ; Castellan fut condamné à douze ans de travaux forcés.
L'affaire Castellan est la seule que l’on puisse rapporter au viol d’une somnambule active, maïs l’expérimentation prouve que ce crime pourrait être commis dans bien des cas, par un hypnotiseur malhonnête. (Expériences de Liégeois).
J'ai pu, avec plusieurs de mes sujets, me convaincre de la. possibilité de ce genre de viol, il suffisait de leur dire: « Voici votre amant, » pour qu’elles étreignent avec passion le premier élève venu qu'il me plaisait de désigner.
Il est certain que l’on pourrait, par ce subterfuge, violer une jeune fille, à plus forte raison une jeune femme, en dui faisant prendre une part active à l’acte du coît.
Toutelois, la résistance doit être grande chez les sujets dont le sens moral est très développé ; il est certain qu’une jeune
fille qui désire ardemment se marier, qui se représente l’état d'épouse, pourra accepter l'illusion du mariage, mais une jeune fille innocente, qui n'a jamais songé au mariage que par hasard, n’acceptera, je crois, pas cette illusion (Expérience de Delbœuf).
Le criminel ne sera du reste jamais certain de l'impunité, les circonstances énoncées précédemment, à propos du viol des somnambules passives, peuvent mettre la justice sur la voie de la vérité : l’hypnotiseur malhonnèête court toujours de grands dangers. 5