VIE. — ASSASSINATS. — SUICIDES. — EMPOISONNEMENTS
- Le crime suggéré est-il possible pratiquement ()? DumoxrPaALLier (de Paris). « Oui, oui. »
Sancuez HERRERO (de Madrid). « Oui. »
(1) Réponses à mon questionnaire.
Luys (de Paris). « Probablement. » KresE I PS RS ASS
Lagoïe (de Nashua-New-Hamspire). « dE certaines conditions, oui. »
. Le MENANT DES CHESNAIS (de Ville-d’Avray}). CI1 n’est pas SA teux pour moi que certains sujets peuyent accepter et exécuter des crimes. Ces sujets, néanmoins, ne doivent se rencontrer que dans la classe des dégénérés, des malhonnètes, que l’on aurait pu entraîner par la suggestion à l’état de veille et chez lesquels le: sommeil hypnotique n’a été qu’un seul moyen secondaire pour les amener. plus rapidement à obéir. Bien des faits relatés par Bernheim et d’autres paraissent le bien prouver. » | :
De JonG (de la Haye). « Le crime suggéré est possible, je crois, chez quelques sujets. »
Davin (de Narbonne). ( Oui. »
Henricx PETERSEN (de Boston). (Oui. »
DÉJERINE (de Paris). «Je le crois possible, mais chez certains individus seulement. » | ut
Buror (de Rochefort). « Un rien imprévu peut l’empécher. »
Mason (de Louvain). « Oui. »
Persac (de Paris). «Oui. »
Beaunis (de Paris). « Oui. »
. Ocaorowicz {de Varsovie). «© Probablement, lement chez des sujets dont la conscience n’est pas difficile.
Pirres (de Bordeaux). «°? » |
Maror {de Paris). « Je ne connais que l’expérience de Charcot avec un couteau à papier. Il faudrait, je crois, des sujets encore plus exceptionnels que pour le vol, c’est-à-dire que, pratiquement, il ne faut pas s’en inquiéter beaucoup. »
BrémauD (de Brest). « Le crime de laboratoire est facile. Je ne crois pas au crime réel accompli par un hypnotisé en état ” de sommeil, dans les occupations ordinaires de la vie de jour, devant témoins; l'attitude de l'auteur du crime indiquerait immédiatement son état. |
« Dans certaines circonstances difficilement réalisables, le crime est possible ; je crois à la possibilité d’un meurtre commis
de nuit, dans sa maison, sur un individu, sans défiance, endormi, par un hypnotisé. ;
.» Je crois surtout à la dépravation facilitée par les pratiques hypnotiques, par les suggestions sur des êtres faibles, qu’on peut transformer en criminels. L'habileté de l’hypnotiseur dans les cas de ce genre est tout, le sujet rien ou peu de chose. »
G. Bazrer (de Paris), « Rien ne le prouve jusqu’à présent. »
JoiRe (de Lille). « Non. »
BARON vON ScHRENCK NorziNG (de Munich}. « Un crime peut sans dôute être suggéré, et dans des circonstances particulièrement favorables, exécuté si l’hypnotisé s’y prête et s'il est devenu un automate somnambule. Mais il n’a pas une plus grande signification pratique que tentative, et tout au plus peut-il être mis plus facilement en évidence. »
Aux expériences décrites plus haut, ajoutons celle que rapporta en 1888 M. le professeur Masoin à l’Académie de médecine : &« À quelques jours de distance, le même impresario (on ne dit pas de qui il s’agit) hypnotisait le même sujet et
lui disait : « Demain, à midi, vous irez rue Bosquet, 80, vous.
entrerez; vous pénétrerez dans une chambre, dans cette chambre il y a un lit, dans ce lit un homme, c’est le roi d'Angleterre; à côté de ce lit une table de nuit, sur celle-ci un
revolver, vous vous en saisirez et vous tirerez trois coups sur l’homme du lit. » A l'heure dite, l’homme arriva; toute la
scène se déroula ainsi qu’elle vient d’être indiquée; puis l’assassin figuré prit possession de ses esprits; vingt personnes assistèrent à ce réveil et à la stupéfaction du sujet, s'éveillant au milieu d’un cabinet de travail et d’une assemblée dont aucun visage ne lui était connu. »
Auguste Voisin, dans une leçon faite à la Salpêtrière, en 1891, a rapporté quelques exemples de suggestions criminelles. Une de ses expériences, faite devant trois magistrats, consistait àa-ordonner à un sujet, d’aller après son réveil, frapper d'un coup de couteau une malade dormant dans son lit. Les magistrats se cachèrent derrière un rideau et le sujet alla frapper un grand coup de couteau sur un mannequin représentant une femme couchée. Voisin avait suggéré l’amnésie et les ma-
gistrats ne purent obtenir de lui l’ayeu de l'acte, ni le nom
de l’'hypnotiseur. Depuis, Voisin a ordonné à ce même sujet d'aller à Passy, dans un hôtel particulier, à une distance très éloignée de sa propre demeure, mettre lé feu à un tas de copeaux placés contre la maison; la suggestion se réalisa au moment indiqué.
Le jour de la dinar Voisin suggéra à ce sujet d'aller mettre le feu à l’une des petites cabanes qui avaient été construites à cette intention dans le jardin de la Salpêtrière ; immédiatement après son réveil, il se leva comme müû par un ressort, se rendit dans le jardin et mit le feu à des copeaux qui remplissaient l’intérieur de la cabane.
A la suite de ces expériences, Voisin conclut que ces tail méritent d'appeler l'attention des criminalogistes et des médecins légistes.
Gilles de la Tourette admet parfaitement les crimes expérimentaux réalisés par suggestion, mais il pense que, pratiquement, ces crimes sont difficilement réalisables.
Les divergences d'opinions ne sont donc pas aussi grandes
que l’on veut bien le dire entre les partisans de l’Ecole de
Nancy et ceux de l'Ecole de Paris; tous admettent la possibilité des crimes suggérés expérimentalement, mais tandis que
les uns déduisent de ces expériences la possibilité de faire commettre un véritable crime par suggestion, les autres croient que, pratiquement, les crimes suggérés ne peuvent se réaliser, soit qu'ils admettent avec Gilles de la Tourette, que le coupable serait immédiatewent découvert, soit qu’ils se rangent à l'avis de Delbœuf et qu'ils croient que le somnambule auquel on suggère un crime sait parfaitement qu’on lui demande de jouer la comédie.
Je ne m'arrêterai pas à relater des expériences qui né feraient que confirmer les vues des auteurs précédemment :
cités; qu'il me suffise de dire que la résistance aux sugges: tions d’assassinats, de suicides, d’empoisonnements, de coups et blessures, obéit aux mêmes lois que les autres suggestions :
peut rencontrer des somnambules comme Mr° X., Léonie
et. Léon T., qui obéissent aveuglément à tous les ordres, on.
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peut avoir affaire à des sujets, comme Adrienne C., qui obéissent à toute suggestion dans l’exposition verbale de laquelle rien ne révolte le sens moral; on peut encore observer des persoñnes qui, comme Joséphine D., ne réalisent que les suggestions qui leur sont agréables.
Il ne doit persister aucun doute sur la possibilité de réaliser expérimentalement un crime par suggestion ; mais ce qu’il est plus important de discuter, c’est de savoir si, pratiquement, ces crimes sont réalisables. Il est certain que l’on ne peut, sous prétexte d’expérimenter, faire assassiner quelqu'un pour savoir si l’on peut convertir un somnambule en assassin; d’'autre part, aucun crime suggéré n’est connu jusqu'à présent, il faudra donc que nous nous basions sur les expériences pour trancher la question.
a. Crimes intra-hypnotiques. — Il est aisé de comprendre que l’on peut réaliser bien plus facilement une suggestion criminelle pendant le sommeil hypnotique, qu'après le réveil ; c’est là un fait sur lequel j'ai attiré l'attention dans l'étude des
suggestions en général et qui dépend de l’état d’automatisme
inhérent à l’état hypnotique. Nous avons vu à quel point certains somnambules sont automates et agissent sans contrôle, sans
se rendre compte de leurs actes; il me parait certain que ces sujets pourraient réaliser, pendant leur sommeil, un crime
véritable, tel qu’un assassinat, un empoisonnement, etc.
Mais un crime commis dans cet état ne pourrait être exécuté sans faire courir de grands risques à l’hypnotiseur coupable : le somnambule, en eflet, n’a généralement pas l'allure d’une personne éveillée; on remarquerait bien vile l’aspect étrange du criminel, on le verrait aller automatiquement à son but, comme la pierre qui roule.
L'hypaotiseur, pouvant choisir entre la suggestion criminelle intra-hypnotique et la suggestion criminelle post hypnotique, n'aura garde d'utiliser la première, il sait trop -bien que la seconde lui offre de plus grandes garanties.
Cependant, pour le suicide, il pourrait arriver que l’on se serve de la suggestion intra-hypnotique ; grâce aux expériences de
Bottey, nous savons que l’on peut parfaitement amener les somnambules à se tirer des coups de revolver, à s’empoisonner. On pourrait ainsi se débarrasser facilement de quelqu'un, on peut même faire écrire à la victime une lettre indiquant les ‘motifs qui l’ont déterminée à se donner la mort.
Ici, l’expérimentation prouve la possibilité pratique du crime ; les sujets, ignorant que le revolver qu’on leur donne n’est chargé qu'à poudre, n’hésitent pas à en diriger le canon vers leur tête et à tirer.
Le sujet sait qu’on lui demande de jouer la comédie, dirait Delbœuf ; mais si, à brüle-pourpoint, un monsieur nous tendait un révolver en nous disant : « Tirez-vous une balle dans la tête, » oserions-nous faire feu sans hésitation ? Non, nous songerions au danger possible d’une erreur ; nous nous dirions que l'arme peut être chargée. La somnambule n'hésite pas, elle tire ;
on lui tend un verre contenant un breuvage verdâtre en lui.
disant : « C’est du poison, buvez-le. » Elle boit sans réfféchir ; en ferions-nous autant”? Non. Je crois donc.qu'’il faut admettre la possibilité des crimes intra-hypaotiques. D'ailleurs, le vol.commis par Pitt au détriment de Mn° de Rothschild prouve jusqu’à quel point un sujet endormi peut être inconscient ; une femme qui donne par suggestion sa cassette de bijoux à laquelle elle tient énormément, doit être apte à exécuter une suggestion Cri-
minelle intra-hypnotique, c'est qu’elle ne présente aucune résistance et qu’elle réalise le type Liégeois : elle est comme le bâton
dans la main du voyageur.
On comprend qu'il ne sera pas toujours facile de découvrir
celui qui a suggéré le suicide à un somnambule ; si le sujet est
mort, la justice trouvera, dans sa lettre, l'explication de son suicide, les médecins déclareront que le coup a pu être tiré par
la victime et tous les indices confirmeront cette hypothèse. Mais.
si le sujet se manque, s’il est blessé, il peut se rappeler, malgré la défense que n'aura pas manqué de faire l’hypnotiseur. Si le criminel emploie le revolver, il arrivera souvent que le sujet ne sera pas mort; mais s'il emploie le poison, s’il a bien calculé la dose. le résultat sera assuré.
En résumé, en ce qui concerne le suicide suggéré, on ne peut
Lai
Ar
se dissimuler un danger réel : suivant l’habileté de l’hypnotiseur, le criminel sera plus ou moins facilement découvert.
b. Crimes post-hypnotiques. — Le crime post-hypnotique est-il réalisable pratiquement, ou n'est-il qu’un crime de laboratoire ? Afin de répondre à cette question, il est nécessaire de rappeler les lois qui régissent la résistance des somnambules aux suggestions post-hypnotiques.
1° Le sujet est un automate parfait, il réalise toutes 1x suggestions.
2° Le sujet ne réalise que les suggestions COERUEE à son sens moral où à ses instincts.
3° Le sujet ne réalise que les suggestions qui lui sont agréabies. |
&° Le sujet ne réalise aucune suggestion post-hypnotique.
Ces quatre types, qui représentent bien les différentes résistances des somnambules à réaliser les suggestions post-hypnotiques ordinaires, peuvent aussi servir à schématiser la résistance des sujets à l'égard des suggestions criminelles.
L’automate parfait, celui qui est comme le bâton dans la main du voyageur, celui qui va à son but comme la pierre qui roule, nous le croyons parfaitement capable de commettre un crime réel : les suicides dont parle Bottey sont concluants à cet égard. Il est évident que si ces sujets avaient pu résister, ils ne se seraient pas tiré des coups de revolver, ils n’auraient pas avalé les breuvages noirâtres ou verdâtres qu'on leur présentait comme étant du poison. L'expérience rapportée par notre compatriote Masoin n'est pas moins concluante ; celles de Voisin et des autres expérimentateurs sont également probantes.
Pour ma part, j'ai souvent obtenu des résultats analogues.
H ressort d’ailleurs clairement de tout ce que j'ai dit jusqu'ici que l’automatisme de certains somnambules est complet ; en étudiant le viol, le vol, les faux, les faux témoignages, les viols de la conscience, toujours les faits, tant expérimentaux que pratiques, m'ont autorisé à admettre l’obéissance absolue de certains sujets. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les crimes proprement dits ? Une femme, ayant le sentiment de la pudeur,
se donne malgré elle, par suggestion, à un homme qu’elle n’aime pas ; une autre, dont le sens moral est normal, vole sans hésiter ; une autre encore fait un faux billet ou un faux témoignage ; et ces sujets ne seraient pas capables, sur l’ordre de leur hypnotiseur, de commettre un assassinat ou un crime ?
Il faut se rendre à l'évidence des faits, il faut admettre la possibilité du crime suggéré et cela dans des circonstances bien définies : il peut se faire que le somnambule soit une machine inconsciente, ne se rendant pas compte de la gravité de l’acte qu’on lui fait commettre, il peut avoir un sens moral normal, il ne résiste pas, parce qu'il agit inconsciemment ; il peut encore arriver que le sujet soit conscient, qu'il se rende compte des actes qu’il doit exécuter, mais qu’il soit incapable de résister à la suggestion ; enfin, il est possible que le somnambule, capable de résister à la suggestion criminelle, exécute l'acte, parce que ce dernier est en harmonie avec son sens moral dépravé. C'est ainsi que si l’on suggère à un voleur ou à un assassin de voler ou d'assassiner, cet ordre ne fera naître chez ces sujets aucune résistance, puisqu'il est conforme à leurs sentiments instinctifs.
Je viens de prouver que le crime, tant intra-hypnotique que post-hypnotique, est réalisable pratiquement, j'ai insisté sur ce fait que tous les auteurs, sauf Delbœuî, admettent la possibilité du crime suggéré. Mais il ne suffit pas pour que la suggestion
puisse devenir un moyen d'assassiner et d'empoisonner, que le
criminel puisse se servir du somnambule pour perpétrer son forfait, 1l faut encore et surtout que ce criminel puisse se mettre
l'abri des poursuites judiciaires. Pourquoi l'assassin aurait-il recours à l’hypnotisme pour accomplir son forfait, s’il ne croit pas pouvoir, par ce moyen, échapper plus facilement à la justice ?
Eh bien, je crois que le criminel a beaucoup plus de chances
de ne pas être découvert en frappant lui-même sa victime ; je crois que s’il voulait avoir recours à l'hypnotisme, il ne tarderait pas à tomber aux mains de la justice, |
Cetle opinion est celle de plusieurs auteurs : « Le magnétiseur, dit Gilles de la Tourette, serait sûr d’être arrêté.
C Que va faire l'hypnotisé ? A heure fixe, tout à coup, une